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La Reine de Naples' est peu regrettée. Sa mort parait avoir mis M. de Metternich plus à son aise.

Rien n'est déterminé à l'égard de la marche et de la conduite des affaires au Congrès. Les Anglais mêmes, que je croyais plus méthodiques que les autres, n'ont fait aucun travail préparatoire sur cet objet.

Je suis porté à croire que l'on se réunira à l'idée d'avoir deux commissions : l'une composée des six grandes puissances 2 et devant s'occuper des affaires générales de l'Europe; l'autre devant préparer les affaires d'Allemagne et devant être de même composée des six premières puissances allemandes ? ; j'aurais désiré qu'il y en eût sept*. L'idée d'une commission pour l'Italie déplaît prodigieusement à l'Autriche.

La marche que Votre Majesté a tracée à ses ministres est si noble, qu'elle doit nécessairement, si toute raison n'a pas disparu de dessus la terre, finir par leur donner quelque influence.

Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur et sujet,

Le prince de TALLEYRAND.

Vienne, 25 septembre 1814.

2

| Marie-Caroline d'Autriche.

Russie, Autriche, Prusse, Angleterre, France, Espagne. 3 Autriche, Prusse, Bavière, Wurtemberg et Hanovre; la sisième aurait dû être la Saxe, qui par le fait était exclue.

* Sans doute par l'adjonction du grand-duché de Bade.

P. S. - L'Empereur de Russie et le Roi de Prusse viennent d'arriver. Leur entrée a été fort belle. Ils étaient à cheval, l'Empereur d'Autriche au milieu. Un petit désordre occasionné par les chevaux a fait que pendant une partie considérable du chemin le Roi de Prusse était à la droite de l'Empereur François ?. Les choses ne sont rentrées dans l'ordre que peu de temps avant d'arriver au palais.

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Nous avons enfin presque achevé le cours de nos visites à tous les membres de la nombreuse famille impériale. Il a

1 Frédéric-Guillaume III. 2 François Jer.

3 On peut lire dans le Moniteur universel du 9 octobre le récit de l'entrée des Souverains à Vienne, le 26 septembre 1814. « La marche dura plus d'une heure; plus de mille coups de canon furent tirés des remparts. »

Une caricature du temps représente l'Empereur Alexandre conduisant une grande berline, le Roi de Prusse faisant l'office de chasseur, l'Empereur Napoléon suivant la voiture à pied et criant à l'Empereur François : • Beau-père, beau-père, ils m'ont mis dehors ! , L'Empereur d'Autriche, qui occupe l'intérieur de la voiture, met la tête à la portière et lui répond : - Et moi dedans. ,

été bien doux pour moi de trouver partout des témoignages de la haute considération dont on est rempli pour la personne de Votre Majesté, de l'intérêt qu'on lui porte, des veux qu'on fait pour Elle; tout cela exprimé avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec une sincérité qu'on ne pouvait soupçonner d'être feinte. L'Impératrice', qui depuis notre arrivée avait dù s'occuper exclusivement de l'Impératrice de Russie’, nous avait fait assigner une heure pour aujourd'hui. Elle s'est trouvée indisposée; et quoiqu'elle ait fait recevoir pour elle plusieurs personnes par Madame l’Archiduchesse sa mère, elle a voulu recevoir elle-même l'ambassade de Votre Majesté. Elle m'a ques-tionné, avec un intérêt qui n'était pas de simple politesse, sur votre santé. «Je me souviens, m'a-t-elle dit, d'avoir vu le Roi à Milan; j'étais alors bien jeune ; il avait tout plein de bontés pour moi; je ne l'ai oublié dans aucune circonstance.» Elle a parlé dans des termes analogues de Madame la Duchesse d'Angoulême, de ses vertus, de l'amour qu'on lui portait à Vienne, et des souvenirs qu'elle y a laissés. Elle a aussi daigné dire des choses obligeantes pour le ministre de Votre Majesté. Deux fois elle a placé dans sa conversation le nom de l'Archiduchesse MarieLouise, la seconde fois avec une sorte d'affectation ; elle l'appelle « ma fille Louise» . Malgré la toux qui la forçait souvent à s'interrompre, et malgré sa maigreur, cette Princesse a un don de plaire et des graces que j'appellerais.

Marie-Louise-Béatrix d'Autriche. 2 Élisabeth de Bade (1779-1826).

toutes françaises, s'il ne s'y mêlait peut-être, pour un wil très - difficile, un tant soit peu d'apprêt.

M. de Metternich est fort poli pour moi; M. de Stadion me montre plus de confiance. Il est vrai que celui-ci, mécontent de ce que fait l'autre, s'est retranché dans les affaires de finances, dont on lui a donné la direction et auxquelles je doute fort qu'il s'entende, et a laissé les affaires du Cabinet; ce qui le rend peut-être plus communicatif. J'ai toujours à me louer de la franchise de lord Castlereagh'. Il eut, il y a quelques jours, avec l'Empereur Alexandre une conversation d'une heure et demie, dont il vint aussitôt après me faire part. Il prétend que dans cette conversation l’Empereur de Russie a déployé toutes les ressources de l'esprit le plus subtil, mais que lui lord Castlereagh a parlé dans des termes très-positifs et même assez durs pour être inconvenants, s'il n'y eût pas mêlé pour leur servir de passe-port des protestations de zèle pour la gloire de l'Empereur. Malgré tout cela, je crains que lord Castlereagh n'ait pas l'esprit de décision qui nous

Rendant compte d'une audience du Roi, Jaucourt écrit le 18 octobre 1814 :

« Je me suis laissé aller à quelques réflexions sur ce qu'il me semblait que le lord Castlereagh n'offrait pas une union de principes et de vues bien franche et bien positive. Le Roi a défendu son caractère personnel, comme très-courageux, mais il n'a pas placé à la même hauteur son caractère politique. ,

2 Le 15 octobre, M. de Jaucourt écrit à M. de Talleyrand Lord Wellington est venu me voir, sa visite a été amicale.....; nous avons causé avec assez de confiance, il m'a que dans sa première visite lord Castlereagh avait trouvé l'Empereur Alexandre monté à un état de violence tel, que tout ce qu'il avait pu obtenir, c'est qu'en le congédiant l'Empereur lui ait dit : « Je penserai à ce que vous m'avez objecté, et nous en repar- Jerons. ,

:

serait si nécessaire qu'il eût, et que l'idée du Parlement, qui ne l'abandonne jamais, ne le rende timide. Je ferai tout ce qui sera en moi pour lui inspirer de la fermeté.

Le comte de Nesselrode m'avait dit que l'Empereur Alexandre désirait de me voir, et m'avait engagé à lui écrire pour avoir une audience particulière. Je l'ai fait il y a plusieurs jours, et je n'ai pas encore de réponse. Nos principes, dont nous ne faisons pas mystère, sont-ils connus de l'Empereur Alexandre, et lui ont-ils donné vis-à-vis de moi une sorte d'embarras?

S'il me fait, comme je dois le croire d'après tout ce qui me revient, l'honneur de m'entretenir sur les affaires de Pologne et de Saxe, je serai doux, conciliant, mais positif, ne parlant que principes et ne m'en écartant jamais.

Je me persuade que la Russie et la Prusse ne font tant de bruit et ne parlent avec tant de hauteur que pour savoir

l'on
pense,

et
que

si elles se voient seules de leur parti, elles y regarderont à deux fois avant de porter les choses à l'extrême. Cet enthousiasme polonais dont l'Empereur Alexandre s'était enflammé à Paris, s'est refroidi à Pétersbourg; il s'est ranimé à Pulauy'et peut s'éteindre de nouveau, quoique nous ayons ici M. de La Harpe et que l'on y attende les Czartoryski. J'ai peine à croire qu'une décla

ce que

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L'Empercur de Russie ne passera point, comme on l'avait cru d'abord, par Zytomicrez et Lemberg pour se rendre à Vienne, mais

par Wilna, Brzesc, Lublin, Pulawy et Cracovie. Le prince Adam Czartoryski est parti pour Pulawy, afin d'y recevoir Sa Majesté Impériale. »

(Aloniteur unirersel du 5 octobre 1814. Correspondance de Vienne.)

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