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comment il s'est opposé à une chose que beaucoup de personnes désirent en Angleterre', quand la France ne s'y opposait pas.

Que si l'Empereur Alexandre tient véritablement à l'idée de ce Royaume de Pologne, le consentement de la France sera pour lui une raison d'y persister. L'Autriche, rejetée par là dans l'embarras d’où elle aurait cru se tirer par l'abandon de la Saxe, reviendra forcément sur cet abandon et sera ramenée à nous.

Dans aucune hypothèse, cette déclaration ne peut nous nuire. Ce qui nous importe, c'est que la Russie ait le moins de Pologne qu'il est possible, et que la Saxe soit sauvée. Il nous importe moins, ou même il ne nous importe pas, que la Russie possède d'une manière ou d'une autre ce qui doit être à elle et qu'elle doit posséder. C'est à l'Autriche que cela importe. Or, quand elle sacrifie sans nécessité ce qu'elle sait nous intéresser, et ce qui doit l'intéresser davantage elle-même, pourquoi hésiterions-nous à la replacer dans la situation d'où elle a voulu se tirer, surtout lorsqu'il dépend d'elle de finir à la fois ses embarras et les nôtres, el qu'elle n'a besoin pour

cela
que

de s'unir à nous ? Je suis informé que l'Empereur Alexandre a exprimé ces jours derniers, et à plusieurs reprises, l'intention de me faire appeler; s'il le fait, je tenterai le moyen dont je viens d'avoir l'honneur d'entretenir Votre Majesté.

1 Voir la motion de lord Donoughmore, reprise par lord Grenville à la Chambre des lords, le 1er décembre 1814 ; même proposition à la Chambre des communes, dans la séance du même jour.

Le général Pozzo, qui est ici depuis quelques jours, parle de la France de la manière la plus convenable.

L’Électeur de Hanovre, ne pouvant plus conserver ce titre, puisqu'il ne doit plus y avoir d'Empire germanique ni d'Empereur électif, et ne voulant point être dans un rang inférieur à celui du Souverain du Wurtemberg, sur lequel il l'emportait autrefois de beaucoup, a pris le titre de Roi. Le comte de Munster, qui est à peu près guéri de sa chute, me l'a notifié. J'attends pour lui répondre el reconnaître les nouveaux titres que son maitre a pris, l'autorisation que Votre Majesté jugera sans doute convenable de me donner.

Je suis, etc.

Vienne, 19 octobre 1814.

X

N° 3.

LE ROI AU PRINCE DE TALLEYRAND

Vienne. 21 octobre 1814.

Mon Cousin, j'ai reçu vos numéros 4 et 5.

La preuve la plus certaine que votre note du 1er octobre était bonne, c'est qu'elle a déplu aux plénipotentiaires des

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Cours ci-devant alliées, et qu'en même temps elle les a forcés de revenir sur leurs pas. Mais ne nous endormons pas sur ce succès'. L'existence de la ligue dont vous me parlez dans le numéro 4 est démontrée à mes yeux, et surtout le projet de se venger sur la France, ut sic, des humiliations que le Directoire et bien davantage Bonaparte ont fait subir à l'Europe?

Jamais je ne me laisserai réduire là; aussi j'adopte trèsfort l'idée de la déclaration, et je désire que vous m'envoyiez le projet plus tôt que plus tard ; mais ce n'est pas le tout; il faut prouver qu'il y a quelque chose derrière, et pour cela il me paraît nécessaire de faire des préparatifs pour porter au besoin l'armée sur un pied plus considérable que

celui où elle est maintenant ?.

Je vous ferai incessamment écrire par M. de Jaucourt la lettre que vous désirez ; mais, entre nous, je dépasserai les stipulations du 11 avril, si l'excellente idée d'une des

1 A la suite de cetle phrase, on lit, au manuscrit, le passage suivant, rayé d'un trait : « Des quatre Cabinets, j'en vois trois occupés à s'agrandir ou du moins à se maintenir aux dépens du prochain; mais ce que je remarque dans tous, c'est un projet de haine et de vengeance. »

- Le 12 juin 1799, Sandoz Rollin, ambassadeur de Prusse à Paris, écrivait à sa Cour :

*... Talleyrand paraît content et raffermi dans sa place, depuis l'arrivéc de Sieyès ; j'en juge au moins d'après sa contenance et sa conversation. - Vous serez satisfait, m'a-t-il dit avant-hier; nous aurons dans l'espace de six semaines un système de politique extérieure qui, à ce que j'espère, nous procurera des alliés. Il ne sera plus question de donner des coups de bâton à l'Europe, pour les voir retomber ensuite sur la France, ,

3. Le comte Dupont a présenté au conseil, hier, un travail tendant à mettre l'armée au complet effectif de pied de paix, à passer en revue les hommes renvoyés, mais susceptibles d'être rappelés aux drapeaus. »

(Jaucourt à Talleyrand, 29 octobre 1814.)

Açores' était mise à exécution. Je serais fort satisfait si on rend Parme, Plaisance et Guastalla au jeune prince; c'est son patrimoine : la Toscane était un bien peu justement acquis.

L'infortuné Gustave IV m'a annoncé son intention de venir ici sous peu de jours. Si l'on en parle à Vienne, vous pouvez hardiment affirmer que ce voyage ne cache aucune spéculation politique, mais que jamais ma porte ne sera fermée à qui m'ouvrit la sienne.

Je ne finirai pas cette lettre sans vous exprimer de nouveau ma satisfaction de votre conduite. Sur quoi, etc.

1 Il s'agissait de déporter Napoléon Ier aux Açores.

Dès le 27 septembre 1814, Jaucourt répondait aux inquiétudes de M. de Talleyrand :

« On a fait des contes de toute espèce sur l'entrevue d'une dame et d'un jeune enfant à l'ile d'Elbe. Le fait est que madame Walewska y a élé et n'y est restée que peu d'heures. Le ministre de la guerre s'obstine à croire qu'il y a dans l'île une garnison de 3,600 à 4,000 hommes. Nous avons ici des détails, et ils ne sont conformes que de 600 à 800 hommes de garde, et autant au plus de Corses ou autres ramassis de côté et d'autre. A la vérité, le comte Dupont est informé par un officier arrivé de ce pays. : Le 8 octobre, le ministre de la guerre

disait : « L'habitant de l'île d'Elbe reçoit des courriers fréquents de Naples et d'ailleurs. Il se lève plusieurs fois la nuit, il écrit des dépêches, et il paraît fort occupé, quoiqu'il parle avec affectation de sa tranquillité et de son oubli des affaires. Il est véritablement important que le consentement des puissances l'éloigne de l'Italie. Il n'y aura pas sans doute de guerre; mais si elle revenait, il est indubitable que Napoléon pourrait réunir des déserteurs italiens et même français, et agiter quelques points du continent.

Chateaubriand, écrivant à Talleyrand à Vienne, donnait les mêmes renseignements et le même conseil.

Le 12 octobre 1814, Talleyrand écrivait à Jaucourt :

« M. Mariotti (consul de Livourne) a bien fait de refuser des passe-porls aux négociants qui lui en ont demandé pour l'île d'Elbe. Il doit, en général, être très-circonspect pour ce genre de passc-ports.

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J'ai été bien heureux de recevoir la lettre dont Votre Majesté a daigné m'honorer en date du 14 octobre; elle m'a soutenu et consolé. Votre Majesté jugera combien j'avais besoin de l'être par le récit que j'ai à lui faire d'un entretien que, deux heures avant l'arrivée du courrier, j'avais eu avec l'Empereur Alexandre. Ainsi que j'ai

que j'ai eu l'honneur de l'écrire à Votre Majesté, j'avais été averti qu'il avait à plusieurs reprises témoigné l'intention de me voir. Cet avis m'ayant été donné par trois d'entre ceux qui l'approchent de plus près, j'avais pu le croire donné par ses ordres ; et j'avais en même temps compris, par ce qui m'avait été dit, qu'il désirait que je lui fisse moi-même demander à le voir. Il n'avait point répondu à lord Castlereagh. Au lieu de cela, il avait fait notifier à l'Autriche qu'il allait retirer ses troupes de la Saxe et remettre l'administration de ce pays à la Prusse. Le bruit courait que l'Autriche y avait consenti, quoiqu'à regret; le bruit de ce consentement était accrédité par les Prussiens ; enfin l'Empereur Alexandre était sur le point de partir pour

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