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conçois pas comment lord Castlereagh, qui a si bien parlé sur la Pologne, peut être d'un avis différent sur la Saxe. Je compterais beaucoup pour le ramener sur les efforts du comte de Munster, si le langage du duc de Wellington à ce même sujet ne me faisait craindre que ce ne fût le système, non du ministre, mais du ministère. Les arguments pour le combattre ne manqueraient assurément

pas;

mais les exemples font quelquefois plus d'effet, et j'en connais un bien frappant, c'est celui de Charles XII : le supplice de Patkul prouve assez combien ce prince était vindicatif et peu scrupuleux à l'égard du droit des gens; et cependant, maître, on peut le dire, de tous les États du Roi Auguste, il se contenta de lui enlever la Pologne; il ne se crut pas permis de toucher à la Saxe. Il me semble qu'en comparant les deux circonstances, l'analogie est évidente du duché de Varsovie avec le Royaume de Pologne, et de la Saxe avec elle-même. Sur quoi, etc.

P. S. — Je reçois le n° 7. Il me confirme dans la résoJution de prendre une attitude militaire capable de me faire respecter.

seulement des sentiments. Le Roi de Saxe n'intéresse guère; on dit que la Prusse puissante est une rivale utile de l'Autriche et plus tard une barrière entre la Russie ; que l'indépendance de la Pologne est une chose nécessaire, vraisemblable, si elle est réunie en corps de nation; que peutêtre les mouvements de guerre, de quelque manière qu'ils s'opèrent, vont mettre l'Allemagne en révolution et l'Europe en feu. Placé sur les lieux, sort de votre expérience, vous sourirez encore, cher prince, de nos réflexions parisiennes. Je les bornerai donc à vous dire que la réunion de nos troupes avec des troupes autrichiennes sera tout à fait contre le sentiment national, contre l'opinion populaire, et surtout contre le goût de nos soldats. »

(Jaucourt à Talleyrand, 25 octobre 1814.)

J'approuve la déclaration que vous vous proposez de faire à l'Empereur de Russie, et je voudrais que votre conférence avec lui eût déjà eu lieu.

Je vous autorise à reconnaître en mon nom au Roi de la Grande-Bretagne le titre de Roi de Hanovre.

XIII

N° 3.

LE ROI AU PRINCE DE TALLEYRAND

Mon Cousin, j'ai reçu votre numéro 8. Je l'ai lu avec grand intérêt, mais avec grande indignation. Le ton et les principes qu'avec tant de raison on a reprochés à Bonaparte, n'étaient pas autres que ceux de l'Empereur de Russie. J'aime à me flatter que l'opinion de l'armée et celle de la famille impériale ramèneront le prince de Metternich à des vues plus saines, que lord Castlereagh entrera plus qu'il n'a fait jusqu'ici dans celles du Prince-Régent, et qu'alors vous pourrez employer avec avantage les armes que je vous ai données. Mais quoi qu'il en puisse être, continuez à mériter les justes éloges que je me plais à vous répéter aujourd'hui, en restant ferme dans la ligne que vous suivez, et soyez bien sûr que jamais mon nom ne se trouvera au bas d'un acte qui consacrerait la plus révoltante immoralité. Sur quoi, etc.

XIV

No 9.

Vienne, 31 octobre 1814.

SIRE,

L'état des choses est en apparence toujours le même; mais quelques symptômes d'un changement ont commencé à se laisser entrevoir, et peuvent acquérir plus d'intensité par la manière d'être et par le langage de l'Empereur Alexandre,

Le matin du jour où il partit pour la Hongrie, il eut avec M. de Metternich un entretien dans lequel il passe pour constant qu'il traita ce ministre avec une hauteur et une violence de langage qui auraient pu paraître extraordinaires même à l'égard d'un de ses serviteurs. M. de Metternich lui ayant dit au sujet de la Pologne que s'il était question d'en faire une, eux aussi le pouvaient, il avait non-seulement qualifié cette observation d'inconvenante et d'indécente, mais encore il s'était emporté jusqu'à dire que M. de Metternich était le seul en Autriche qui pût prendre ainsi un ton de révolte. On ajoute que les choses avaient été poussées si loin, que M. de Metternich lui avait déclaré qu'il allait prier son maître de nommer un autre ministre que lui pour le Congrès. M. de Metternich sortit de cet entretien

dans un état où les personnes de son intimité disent qu'elles ne l'avaient jamais vu. Lui qui, peu de jours auparavant, avait dit au comte de Schulembourg qu'il se retranchait derrière le temps et se faisait une arme de la patience, pourrait fort bien la perdre si elle était mise souvent à pareille épreuve.

S'il ne doit pas être disposé par là à des complaisances pour l'Empereur de Russie, l'opinion des militaires autrichiens que je vois, celle des Archiducs ne doivent

pas

le disposer davantage à l'abandon de la Saxe; j'ai lieu de croire que l'Empereur d'Autriche est maintenant disposé à faire quelque résistance.

Il y a ici un comte de Sickingen qui est admis dans l'intimité de ce prince et que je connais. Après le départ pour la Hongrie, il est allé chez le maréchal de Wrède, et il est venu chez moi pour nous engager, de la part de l'Empereur, à tenir tout en suspens jusqu'à son retour.

On raconte que pendant le voyage l'Empereur Alexandre se plaignant de M. de Metternich, l'Empereur François avait répondu qu'il croyait qu'il était mieux que les affaires fussent traitées par les ministres'; qu'elles l'étaient avec plus de liberté et plus de suite; qu'il ne faisait pas luimême les siennes, mais que ses ministres ne faisaient rien

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« Les Souverains se réunissent tous les jours une heure avant le dîner, et discutent entre eux et familièrement les principaux objets qui ont occupé les ministres plénipotentiaires.

« Ils se communiquent les pièces, raisonnent de leurs intérêts comme des particuliers, et notent définitivement les points dont ils conviennent. »

(Moniteur universel du 21 novembre 1814. Correspondance de Vienne.)

que par ses ordres; qu'ensuite et dans le cours de la conversation, il avait dit entre autres choses que quand les peuples qui ne l'avaient jamais abandonné, qui avaient tout fait pour

lui et lui avaient tant donné, étaient inquiets comme ils l'étaient en ce moment, son devoir était de faire tout ce qui pouvait servir à les tranquilliser; que sur cela l'Empereur Alexandre ayant demandé si son caractère et sa loyauté ne devaient pas prévenir ou ôter toute espèce d'inquiétude, l'Empereur François avait répondu que de bonnes frontières étaient les meilleures gardiennes de la paix. Cette conversation m'est revenue, et à peu près dans les mêmes termes, par M. de Sickingen et par M. de Metternich. Il paraît que l'Empereur, peu accoutumé à montrer de la force, était revenu fort content de lui-même.

Toutes les précautions prises pour me dérober la connaissance de ce qui se fait à la commission de l'organisation politique de l'Allemagne, ont été sans succès.

A la première séance, il fut proposé par la Prusse que tous les princes dont les États se trouvaient en totalité compris dans la Confédération, renoncassent aux droits de guerre et de paix, et à celui de légation; le maréchal de Wrède ayant décliné cette proposition, M. de Humboldt s'écria qu'on voyait bien que la Bavière avait encore au fond du cậur une alliance avec la France, et que

c'était pour eux une raison nouvelle d'insister; mais à la seconde séance, le maréchal, qui avait pris les ordres du Roi, ayant péremptoirement rejeté la proposition, elle a été retirée, et l'on y a substitué celle de placer toutes les forces militaires de la Confédération, moitié sous la direction de

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