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rature, et accueilli par Linguet, il se trouve bientôt en contact avec les chefs des divers partis, qui se divisaient la société : avec Linguet et d’Alembert; avec la Barre et Palissot. Il peint en passant les beaux esprits, les philosophes, les conteurs de salons, les critiques des journaux. Son goût pour les sciences le jeta dans l'étude de la physique, et ce fut avec Marat qu'il s'associa pendant plusieurs années pour se livrer à cette étude. Qui mieux que Brissot peut nous faire connaître Marat? C'est peut-être le seul homme qui ait eu des relations intimes avec cet être qu'on croyait insociable. Plus tard il se lie avec Mirabeau , Clavières, d’Espremenil, Bergasse, et il nous montre comment, réuni à eux, il a préparé par des écrits politiques, composés en commun et répandus secrètement par les soins de Kommast, la grande insurrection de la nation française. Secrétaire de la chancellerie du duc d'Orléans, Brissot révèle aussi, sur l'intérieur du Palais-Royal, plus d'un détail que madame de Genlis a oubliés, et qui ne doivent pourtant pas être perdus pour l'histoire.

Telle est l'esquisse rapide mais incomplète de la première partie des Mémoires de Brissot. La seconde partie commence en 1788, et demanderait trop d'espace et de temps pour être analysée. Rédacteur du Patriote Français, depuis cette époque jusqu'au 31 mai 1793, membre de l'assemblée législative et de la convention nationale, long-temps l'un des principaux chefs du club des Jacobins , lié de la plus tendre amitié avec madame Rolland et avec presque tous les Girondins, après avoir marché avec Danton, Camille Desmoulins et Roberspierre, comme précédemment avec Lafayette et Dumouriez , il a vu de près toutes les célébrités du temps. Témoin des événemens les plus mémorables, et souvent acteur dans ces événemens, depuis la prise de la Bastille jusqu'au 31 mai, depuis le procès du roi jusqu'au procès des Girondins, qui mieux que lui a pu peindre les hommes et retracer les événemens ? Ce qu'il a écrit n’a ni l'ordre, ni le style de l'histoire; il a souvent jeté au hasard, et à mesure qu'elles se présentaient à son esprit, les pages qui forment cette seconde partie de ses Mémoires, mais ces pages, écrites jusqu'au matin du jour où il mourut, et comme au pied de l'échafaud, sont pleines d'intérêt , de vérité, et souvent de la plus pénétrante éloquence.

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Le prix de chacun des ouvrages est de 15 francs la livraison de deux volumes et 18 francs par la poste.

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Premier temps de mon établissement à Hambourg. - Abo

lition du calendrier républicain.- Armemens en Autriche. Communication d'une note diplomatique. Griefs de Napoléon contre l'empereur d'Autriche.- Apologie de la conduite de Bonaparte faite par lui-même. — L'empereur au sénat. - Projet d'organisation de la garde nationale. - Napoléon à Strasbourg. Mot de Bonaparte sur Mack.

Proclamation de l'empereur. — Prétention de Napoléon d'être toujours attaqué. – Reconnaissance sous les murs de Vienne. Un plan de campagne. Colère feinte et satisfaction réelle de l'empereur. - Le capitaine Bernard en Illyrie. – Long oubli.

Besoin de connaître Raguse. Le colonel Bernard aide-de-camp de Napoléon. - Avancement rapide et mérité.-- Le premier officier du génie et niaiserie de Clarke.

J'étais déjà depuis trois mois à Hambourg, lorsque j'appris qu'enfin l'empereur venait d'en finir

avec la seule chose qui rappelait encore la république, c'est-à-dire le calendrier républicain. Ce calendrier avait été une des plus niaises inventions de la révolution, car la désignation des mois ne pouvait jamais s'appliquerpartout, mêmeen sebornant à la France; et, en effet, les grains de la Provence n'attendaient pas pour être mûrs le soleil du mois de messidor. Ce fut le 9 septembre qu'un sénatusconsulte décida qu'au premier janvier suivant les mois et les jours reprendraient leurs anciens poms. Je me rappelle avoir lu avec intérêt le rapport de Laplace au sévat, et j'avoue que pour ma part je fus très-satisfait de voir le calendrier grégorien remis en vigueur de droit, comme il l'était déjà de fait. C'était surtout en pays étranger que nous sentions les inconvéniens d'un système différent de celui qui était usité par tout le monde.

Ce fut peu de jours après la réhabilitation de l'ancien calendrier que l'empereur partit pour l'armée. A Hambourg, j'étais, comme on peut le croire, très-avide de nouvelles; j'en recevais beaucoup de l'intérieur de l'Allemagne et de quelques amis de Paris ; et c'est au dépouillement de cette correspondance que je dois la possibilité de présenter à mes lecteurs un tableau abrégé et vrai de la situation des affaires publiques au moment de

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l'entrée en campagne de Napoléon. J'ai dit dans les volumes précédens quelle avait été sa constante tactique pour se faire déclarer la guerre, afin de se conserver l'apparence d'un sincère amour pour la paix : sa carrière en offre peu d'exemples aussi frappans que tout ce qui précède la première conquête de Vienne. Il était bien évident que la transformation de la république Cisalpine en royaume d'Italie, que la réunion de Gênes à la France, étaient des actes contraires aux traités, cependant l'empereur n'en prétendit pas moins que c'était l'Autriche qui leur portait atteinte. La vérité est que l'Autriche armait le plus secrètement possible et réunissait ses troupes sur les frontières de la Bavière ; un corps autrichien pénétra même dans quelques provinces de l'électorat : dès lors Napoléon put prendre pour prétexte la nécessité de venir au secours des alliés de la France.

Je reçus à Hambourg une copie d'une note fort curieuse, dans laquelle l'empereur énumérait ses griefs contre l'Autriche; il y vantait beaucoup sa modération, se faisait valoir d'avoir souffert sans opposition l'acquisition de Lindau, acquisition faite par l'Autriche, postérieurement au traité de Lunéville. La note dont je parle avait été destinée à la diète , alors assemblée à Ratisbonne. « L'empereur, y disait-on, avait feint d'ignorer que

la dette de Venise, non-seulement n'était point acquittée, mais était demeurée anéantie, nonobstant la lettre et l'esprit du traité de CampoFormio et du traité de Lunéville : il s'est tû sur les dénis de justice que ses sujets de Milan et de Mantoue éprouvaient à Vienne, où , malgré les stipulations formelles, aucun d'eux n'a été payé, et sur la partialité avec laquelle l’Autriche a reconnu par le fait ce droit si monstrueux de blocusqu'a voulu s'arroger l'Angleterre; et lorsque la neutralité du pavillon autrichien, tant de fois violée au détriment de la France, n'a provoqué de la part de la cour de Vienne aucune plainte, il a fait encore à l'amour de la paix un sacrifice, en gardant le silence.»

Les faits articulés dans la note étaient vrais, mais Napoléon ne disait pas que sa complaisance à fermer les yeux sur quelques-uns de ces faits venait seulement du désir qu'il avait de voir l'Autriche en faire assez pour légitimer une attaque, en mettant en apparence le bon droit du côté du gouvernement français ; aussi, à ces plaintes, opposait-il le tableau très-opposé de sa conduite envers l'Autriche. « L'empereur des Fran

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