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DE

L'ÉGLISE DE FRANCE

PENDANT LA RÉVOLUTION.

INTRODUCTION.

L'Allemagne et la Toscane avaient failli devenir le premier théâtre de la révolution irréligieuse qui éclata en France. Heureusement les souverains avaient ouvert les yeux, et s'étaient arrêtés devant l'abîme creusé sous leurs pas. Les peuples, dont la conscience avait été blessée et alarmée par de scandaleuses divisions, se calmèrent peu à peu, et finirent

par

rendre à leurs souverains leur première fidélité. Les philosophes, qui se croyaient déjà au comble de leurs vaux, furent obligés de se taire; et la société, raffermie sur ses bases, jouit encore, du moins pendant quelque temps, de son repos et de son bonheur. Il n'en fut pas de même en France, où la philosophie avait pénétré pon-seulement dans la haute classe, mais encore dans les derniers rangs de la société, grâce à cette foule d'écrivains qui avaient su prendre tous les tons pour répandre leurs doctrines empoisonnées, d'où est sortie cette révolution terrible qui, selon le jugement d'un philosophe chrétien, à dépassé bien loin toutes les craintes et toutes les espérances. « Assemblage inouï, dit-il, de faiblesse et de force, d'opprobre et de grandeur, de délire et de raison, de crimes et même de vertus; la tête dans les cieux et les pieds dans les enfers, elle a atteint les deux points extrêmes de la ligne qu'il a été donné à l'homme de parcourir, et elle a offert à l’Europe, dans tous les genres, des scandales ou des modèles qui ne seront jamais surpassés (1).

Ce grand événement était une conséquence nécessaire et inévitable de tant de doctrines perverses prêchées par les philosophes du dix-huitième siècle, à la tête desquels se trouvaient deux hommes d'une puissance colossale, Voltaire et Rousseau. Je ve parlerai pas de leur mérite littéraire, ni de leur

prodigieuse fécondité : ces sortes de sujets ont été épuisés dans les chaires publiques. Je me bornerai à dépeindre leur génie destructeur; car tous deux ont consacré une partie de leur vie à détruire, quoique marchant dans des voies différentes.

Voltaire semblait être né avec la haine du christianisme. Il était encore à l'école des Jésuites, lorsqu'un des pères, remarquant ses dispositions précoces, lui prédit avec douleur qu'il serait un jour l'étendard du déisme en France (2). Le P. Jésuite l'avait bien jugé : Voltaire laissa voir dans ses premiers écrits le mépris qu'il faisait de la religion. Plus tard,

(1) De Bonald, Législat. primitive, t. I, p. 128. (2) Biograph. univers., art. Voltaire.

il devint un de ses ennemis les plus acharnés, et, dans son délire, il se promettait d'anéantir la doctrine chrétienne. — Vous n'en viendrez pas à bout, lui disait un jour le lieutenant de police. — C'est ce que nous verrons , lui répondit fièrement Voltaire. Je suis las d'entendre répéter, disait-il, que douze hommes ont suffi pour établir le Christianisme; j'ai envie de leur prouver qu'il n'en faut qu'un pour le détruire. Sans doute Voltaire, en prononçant ces paroles, présumait trop de ses forces; il ne savait pas que le Christianisme est une cuvre divine et indestructible, qui durera autant que le monde; mais toujours est-il vrai qu'il employa toutes les forces de son génie (et il en avait beaucoup) pour accomplir son funeste dessein. Il est peu de ses ouvrages, dit son biographe, où la religion ne reçoive quelque atteinte; et l'on pourrait dire, de ceux où elle est épargnée, que ce sont des distractions ou des armistices. Sa première attaque se trouve dans ses Lettres philosophiques, ouvrage où, non content de faire connaître à la France la philosophie et la littérature, la religion et le gouvernement de l'Angleterre, il discutait avec une hardiesse peu commune les questions les plus délicates de la métaphysique, de la théologie même, et commençait ses agressions contre Pascal, ce génie incommode à tous les adversaires de la révélation. Mais ce fut surtout après son retour de la Prusse qu'il ne garda plus aucun ménagement. Voltaire avait été fèté par le grand Frédéric, et il revenait en France encore tout fier des honneurs qu'il en avait reçus. Paris, par ordre du gouvernement, lui ferma ses portes; et il est permis de croire que l'épiscopat et le clergé n'y étaient pas étrangers. Il serait difficile de dire si cette mesure était sage et politique. Peut-être, en usant de condescendance, en caressant ce génie par quelques distinctions flatteuses, l'aurait-on renfermé dans certaines bornes de modération. Marmontel prétend que si on l'avait souffert à Versailles, au lieu de l'exiler, le courtisan aurait en lui tué le philosophe. Car Voltaire n'était pas insensible aux caresses du pouvoir : il en avait donné des preuves à la cour de Berlin. Quoi qu'il en soit, Voltaire s'éloigna de Paris et s’établit à Ferney, dont il fit une espèce de place forte pour désoler impunément le pays. C'est là qu'il ourdit sa vaste conspiration contre l'Évangile, et qu'il fit entendre cet horrible blasphème : Écrasez l'infáme! C'est de la que pendant vingt-trois ans, loin du pouvoir dont il redoutait moins les atteintes, et de la société dont il perdait de vue les bienséances, il versa sur le royaume ces flots d'écrits scandaleux qui portèrent le mépris de la religion jusque daus les derniers rangs de la société. Ses attaques étaient de tous les jours et de tous les instants. Les traités et les pamphlets, les dissertations et les facéties, la poésie et la prose, les écrits qu'il livrait à la presse, les lettres qu'il confiait à la poste, tout lui servait d'arme, tout était employé par lui pour avilir et ruiner la religion. Voltaire ne soutint pas seul la guerre qu'il avait entreprise. ll y enrôla tout ce qu'il pouvait trouver d'hommes puissants, sans dédaigner même les talents médiocres, dont les ouvrages étaient prônés par lui dès qu'ils s'attaquaient à la religion. Il serait difficile de citer les noms de tous ceux qui se distinguèrent dans cette guerre. Après Voltaire, les principaux chess étaient d'Alembert, Diderot, le marquis d'Argens, Helvétius, Marmontel, de la Mettrie, d'Holbach, de Prades, etc. L'armée qui combattait sous leurs ordres ou sous leur direction était innombrable. Voltaire, qui en était le commandant général, en réglait la discipline et en indiquait le but. Écrasons l’infáme! tels étaient son mot d'ordre et son unique pensée. Écraser l'infáme, c'est-à-dire la religion chrétienne, qui n'était plus connue que sous ce nom(1). C'est là qu'il dirigeait tous les efforts de ses associés. Il était toujours le premier à l'attaque; c'était lui qui ordinairement donnait le signal, et montrait de quelle manière il fallait battre en brèche. Tous les moyens étaient bons dès qu'ils arrivaient à son but. « Mentez, mes amis, mentez! s'écriait-il : le mensonge est un vice quand il fait du mal; il est une très-grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Après avoir mis en avant ce principe, il montrait comment il fallait s'en servir, « Il faut mentir, dit-il, comme un diable; non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours (2). »

Le principe de la nouvelle morale fut suivi. De là ces mensonges impudents et effrontés; de là cet amas monstrueux d'erreurs, d'ignorances, d'altérations en histoire, en religion, en philosophie, etc., répandues dans quantité de livres qu’on donnait gratis et qu'on

(1) Il est des personnes qui prétendent que par l'infame, Voltaire entendait la superstition : mais il faut savoir que superstition et religion étaient synonymes dans la langue philosophique.

(2) Lettre à M. Thiriot, du 21 octobre 1736.

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