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» villes, dans des jardins et des lieux retirés, recherchant la soli>>tude... Cette classe de personnes se rencontre en plusieurs lieux » de la terre; car il était juste que la Grèce, et même les autres >> contrées eussent part à ce bien si parfait. Cependant ils sont » plus nombreux en Égypte, où ils sont répandus dans tous les » nomes, et principalement aux environs d'Alexandrie... Ils ont >> chacun sa sainte case, appelée semnie ou monastère, où ils se » livrent isolément aux saints exercices de la vie intérieure (σεμνοῦ » βίου μυστήρια)... La contemplation n'est pas leur occupation ex»clusive, ils composent aussi des cantiques et des hymnes à la » louange de Dieu, sur toutes sortes de mesures et de mouve>>ments, qu'ils adaptent, comme de raison, à des mélodies graves, » religieuses... Le septième jour de la semaine (le sabbat), ils se » réunissent en assemblée générale... Alors le plus ancien et le plus » versé dans la science divine s'avance et prêche... Ce semnie > commun où ils se réunissent le septième jour, est partagé en » deux compartiments, l'un réservé aux hommes, l'autre aux » femmes; car il est d'usage que les femmes assistent aussi au » sermon, celles qui, animées du même esprit, ont embrassé leur » genre de vie 1.

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1 ὅταν οὖν ἐκστῶσι τῶν οὐσιῶν, ὑπ ̓ οὐδενὸς ἔτι δελεαζόμενοι, φεύγουσιν ἀμε ταστρεπτί καταλιπόντες ἀδελφοὺς, τέκνα, γυναῖκας, γονεῖς, πολυανθρώπους συγγενείας, φιλικὰς ἑταιρείας, τὰς πατρίδας, ἐν αἷς ἐγεννήθησαν καὶ ἐτράφησαν.... Μετοικίζονται δὲ οὐκ εἰς ἑτέραν πόλιν... πᾶσα γὰρ πόλις καὶ ἡ εὐνομωτάτη γέμει θορύβων καί ταραχῶν ἀμυθήτων, ὃς οὐκ ἂν ὑπομείναι τὶς ἀπαξ ὑπὸ σοφίας ἀχθείς· Ἀλλὰ τειχῶν ἔξω ποιοῦνται τὰς διατριβὰς ἐν κήποις ἢ μοναγρίοις, ἐρημίαν μεταδιώκοντες... Πολλαχοῦ μὲν οὖν τῆς οἰκουμένης ἐστὶ τὸ γένος. Εδει γὰρ ἀγαθοῦ τελείου μετασχεῖν ἑλλάδα, καὶ τὴν βάρβαρον· πλεονάζει δὲ ἐν Αἰγύπτῳ καθ' ἕκαστον ῶν ἐπικαλουμένων νομῶν, καὶ μάλιστα περὶ τὴν Ἀλεξάνδρειαν... Εκάστῳ δέ ἐστιν οἴκημα ἱερὸν, ὃ καλεῖται σεμνεῖον καὶ μοναστήριον, ἐν ᾧ μονούμενοι τὰ τοῦ σεμνοῦ βίου μυστήρια τελοῦνται... Οὐ θεωροῦσι μόνον, ἀλλὰ καὶ ποιεῦσιν ἄσματα καὶ ὕμνους εἰς Θεὸν, διὰ παντοίων μέτρων καὶ μελῶν, ἃ ῥυθμοῖς σεμνοτέροις ἀναγκαίως χαράττουσι... Ταῖς δὲ ἑβδόμαις συνέρχονται κατάπερ εἰς κοινὸν σύλλογον... Παρελθὼν δὲ ὁ πρεσβύτατος καὶ τῶν δογμάτων ἐμπειρότατος, διαλέγεται... Τὸ δὲ κοινὸν τοῦτο σεμνεῖον εἰς ὃ ταῖς ἑβδόμαις συνέρχονται, διπλοῦς ἐστι περίβολος· ὁ μὲν εἰς ἀνδρῶνα, ὁ δὲ εἰς γυναικωνίτιν ἀποκριθείς; καὶ γὰρ καὶ γυναῖκες ἐξ ἔθους συνακροῶνται, τὸν αὐτὸν ζῆλον καὶ τὴν αὐτὴν προαίρεσιν ἔχουσαι. (Philon, de la vie contemplative, p. 892 à 894.)

Qu'il y'eût des femmes qui suivaient la règle de ces solitaires, c'est ce que Philon dit ici et au commencement de son traité, p. 889 : « Le nom que portent ces personnes fait connaître d'abord leur >> institut: car ils s'appellent (les hommes) Thérapeutes, et (les » femmes) Thérapeutrides1. » Et il explique le sens de ce nom.

Votre Paternité révérendissime voit donc que Philon ne décrit qu'un ordre d'hermites, vivant dans des lieux solitaires, le plus grand nombre en Egypte. On n'en pouvait sûrement pas rencontrer au temple de Jérusalem, ni hommes, ni femmes, puisqu'ils avaient pour règle de fuir le séjour des villes et de rechercher les lieux les plus déserts.

D'après ce qui précède, la discussion de la seconde assertion de M. Brentano, qui restaient vierges, devient sans objet. Cependant ce point n'est affirmé ni par Philon, ni par le rabbin dont l'écrivain allemand invoque le témoignage. Azarias les compare aux religieuses chrétiennes; or, celles-ci ne sont pas nécessairement vierges. Plusieurs d'entre elles que l'Eglise honore même comme saintes ne l'ont pas été. Philon n'est pas plus concluant à cet égard. Voici comment il s'exprime à l'occasion du sobre repas des thérapeutes, p. 899:

« Les femmes aussi sont admises à cette table; la plupart âgées » et vierges2, qui ont gardé leur innocence, non pas forcément

1 ᾗ δὲ προαίρεσις τῶν φιλοσόφων εὐθὺς ἐμφαίνεται διὰ τῆς προσρήσεως· Θερα πευταὶ γὰρ καὶ Θεραπευτρίδες ἐτύμως καλοῦνται. (Ibid., p. 889.)

2 Tel est le sens du grec, dont je donnerai le texte après la note suivante; πλεῖσται se rapporte naturellement aussi bien à παρθένοι qu'à γηραιαί. Μontfaucon, dans sa traduction française de ce traité de Philon, rend ainsi le grec : la plupart âgées et vierges. Mais dans une note faite après coup, il propose de changer la ponctuation du grec, et au moyen d'une virgule toutes les thérapeutes deviennent vierges. Il voulait ainsi favoriser le système qu'il défend, savoir, que les thérapeutes n'étaient autre chose que des chrétiens. Cependant Eusèbe, qui le premier a mis en ava at ce système, et à qui on ne refusera pas une connaissance exacte du grec, sa propre langue, et dans laquelle il rédigeait ses savants ouvrages, Eusèbe, dis-je, a laissé à la phrase de Philon son sens véritable, naturel. En parlant de ces femmes dans ses extraits du livre de la Vie contemplative, il dit: dont la plupart sont des vierges vieilles : ὧν αἱ πλεῖσται γηραλέαι τυγχάνουσι παρθένοι (p. 56). Version de Henri Valois quarum plurimæ ad extremam usque senectutem virgines manent.

>> comme certaines prêtresses des Grecs, mais de leur plein gré, >> par zèle et par désir de la sagesse, à laquelle ayant voué toute » leur vie, elles ont méprisé les plaisirs de la chair. Elles » n'ont pas désiré des enfants mortels, mais des enfants immortels » que produisent d'elles-mêmes les seules âmes qui sont amou» reuses de Dieu 1, le Père céleste semant en elles les rayons d'in»telligence qui rendent propres à approfondir les préceptes de la » sagesse 2. »

Si la plupart des femmes admises à ce repas étaient vierges, il y en avait donc un certain nombre dans ces réunions mêmes qui ne l'étaient pas. Il y a plus, l'état de mariage lui-même n'était pas incompatible avec la vie contemplative. Nous avons vu que des thérapeutes avaient abandonné leurs enfants et leurs femmes pour embrasser l'institut. Au reste, je le répète, la question de virginité est indifférente à notre sujet, attendu qu'il est prouvé que les communautés de femmes mentionnées dans Azarias d'après Philon ne pouvaient pas être employées au temple.

Le fait de la présentation de la très-sainte et immaculée Vierge au temple a, grâce à Dieu, des motifs de crédibilité plus solides. Outre qu'il nous est enseigné par la voix infaillible de notre sainte mère l'Eglise, il est aussi fondé sur ce qui se pratiquait sous la loi ancienne, d'après le texte de l'Ecriture et certaines données du Talmud et d'autres livres anciens de la Synagogue. Permettez, mon très-révérend Père, que je transcrive ici ma note sur l'Exode xxxviu, 8, dans la Bible de Vence, note qui sert de fondement à ma dissertation sur la présentation de Notre-Dame, objet de la fête du 21 novembre.

« Mulierum quæ excubabant in ostio tabernaculi. L'hébreu porte », lesquelles se réunissaient ou s'étaient réunies: Chal

1

Ou, aimées de Dieu. L'adjectif 0ɛopiλnç est susceptible des deux sens. 2 Συνεστιῶνται δὲ καὶ γυναῖκες, ὧν πλεῖσται γεραιαὶ παρθένοι, τὴν ἁγνείαν, οὐκ ἀνάγκῃ, καθάπερ ἔνιαι τῶν παρ' ἔλλησιν ἱερειῶν, διαφυλάξασαι μᾶλλον ἢ καθ' ἑκούσιον γνώμην, διὰ δὲ ζῆλον καὶ πόθον σοφίας, ᾗ συμβιοῦν σπουδάσασαι, τῶν περὶ σῶμα ἡδονῶν ἠλόγησαν, οὐ θνητῶν ἐκγόνων, ἀλλ ̓ ἀθανάτων ὀρεχθεῖσαι, ἃ μόνη τίκτειν ἀφ' ἑαυτῆς οἷα τέ ἐστὶν ἡ θεοφιλὴς ψυχὴ, σπείραντος εἰς αὐτὴν ἀκτῖνας νοητὰς τοῦ πατρὸς, αἷς δυνήσεται θεωρεῖν τὰ σοφίας δόγματα. (Ibid., p. 899.)

» daïque lesquelles venaient prier,

T. Paraphrase

»jérusalemitaine des femmes recluses, NY NW, qui vi» vaient en retraite,, à l'entrée du tabernacle. Le 2o » livre des Machabées, m, 19, parle également de vierges recluses, » (virgines quæ conclusæ erant). Tel fut aussi le genre de vie » qu'avait embrassé Anne la prophétesse. Et hæc vidua, dit saint » Luc, usque ad annos octoginta quatuor, QUE NON DISCEDEBAT DE » TEMPLO, JEJUNIIS ET OBSECRATIONIBUS SERVIENS NOCTE AC DIE. C'est » dans une de ces saintes retraites du temple de Jérusalem que fut » élevée, après sa présentation, la glorieuse vierge, fille de David » et mère de N. S. Jésus-Christ. >>

M. Drach signale, dans l'ouvrage de M. Brentano, d'autres citations des livres rabbiníques, qui ne paraissent pas plus exactes, notamment celles des pages 104 (112 in-18), 347 (370 in-18), mais sans nous y arrêter nous passons à la fin de sa lettre :

« Je n'ai pas à me prononcer sur la valeur des révélations de » la sœur Emmerich, telles qu'elle les faisait connaître elle-même » dans son vulgaire jargon. Il est libre à tout enfant de l'Eglise » d'en penser ce qu'il juge vrai. Mais elle avait pour interprète » feu M. Brentano, et nous venons de voir avec quelle aveugle » confiance il admettait tous les renseignements qui semblaient >> corroborer sa rédaction. C'était, au reste, un fervent catholi» que, mais il avait une imagination exaltée, alimentée par ces rêves » nébuleux qui sont une maladie endémique en Allemagne. » M. Brentano était de plus poëte, et poëte distingué, ce qui me » rappelle malgré moi le pictoribus atque poetis d'Horace, sans >> toutefois suspecter, Dieu m'en garde, la bonne foi de cet écri» vain. D A.

Nouvelles et Mélanges.

ITALIE.

ROME.

Ouvrages mis à l'index. La Sacrée Congrégation de l'Index par décret du 21 mars, approuvé le 26 du même mois, a mis au rang des livres défendus les ouvrages suivants :

Pièces intéressantes, nécessaires à examiner, par Pierre-Augustin Métay.

La Chiesa e lo Stato in Piemonte, etc. (L'Eglise et l'Etat en Piémont. Exposition historique et critique des rapports entre le Saint-Siége et la Cour de Sardaigne, depuis l'an 1000 jusqu'en 1854, par l'avocat P.-C. Boggio).

Storia de' Musulmani di Sicilia, scritta da Michele Amari. (Histoire des Musulmans de Sicile, écrite par Michel Amari).

Relation et Mémoire des opposants au nouveau dogme de l'Immaculée Conception et à la Bulle INEFFABILIS, par M. l'abbé Laborde (de Lectoure)1.

L'auteur de l'ouvrage intitulé: Instituzione di arte poetica, di Francesco Prudenziano, condamné par un décret du 14 décembre 1854 (voir cidessus p. 161), s'est soumis de la manière la plus louable.

Une correspondance de Rome, publiée dans l'Univers du 11 avril courant, dit, au sujet du premier des ouvrages condamnés par le décret qu'on vient de lire :

« On nous assure que M. Pierre-Augustin Métay, le signataire des Pièces intéressantes nécessaires à examiner, est un simple paysan d'un de nos départements de l'Ouest, qui s'est constitué le défenseur du schisme connu dans cette partie de la France sous le nom de Petite Eglise. M. M¿tay aurait fait plusieurs fois le voyage de Rome avec un mandat et aux frais de ses coreligionnaires. Il y serait allé une dernière fois dans le courant de l'hiver. La mise à l'Index des Pièces intéressantes, qu'il avait cru devoir soumettre au Saint-Siége, devrait ouvrir les yeux à ces pauvres aveugles. >>

ETATS SARDES. GÊNES. Séminaire pour les missions étrangères fondé à Gênes par M. le marquis de Brignole Sale. — M. le marquis de Brignole Sale, ancien ambassadeur de Sardaigne près les gouvernements de France et d'Autriche, a fondé il y a quelque tems, dans la ville de Gênes sa patric, un séminaire qui nous paraît destiné à être une succursale du col

1 Nous pouvons annoncer que M. Laborde est mort dans la plus compléte misère, vers la fin du mois d'avril, à l'hopital de la charité. On dit qu'à son lit de mort il s'est soumis à l'église.

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