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RÉVOLUTIONS

DE PAR:15; DÉDIÉES A LÁDAT ION

Et au District des Petits-Augustins.
Avec gravures analogues aux différens événemens,

et les cartes des départemens.
S E C O N D E Α Ν Ν Ε Ε

E LA LIBERTÉ FRANÇAIS B.
SIX I È ME TRIMESTR E.

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DÉ T A I L S Do 27. NOVEMBRE AU 4 DéceMBRE 1790. Résistance du clergé aux décrets concernant la

constitution civile. Oi sommes-nous, citoyens ? .....gSous quelles loix vivons-nous ? Quels sont donc ces hommes assez insensés pour opposer les vains préjugés

, .

А

d'une puissance chimérique, à l'autorité des décrets rendus par les représentans de la nation ? Que veulent-ils ? que prétendent-ils ? Croient ils pouvoir encore soulever les peuples , ariner des mains innocentes du.gláive du fanatisme ? Tel est leur: espole sans doute ; mais il sera déçu : le siècle est trop éclairé:pour qu'on songe à se battre pour les intérêts di sacerdoce ? Le règne des prêtres est passé; et plus:ils

feront d'efforts pour soutenir les débais faiscelans de la puissance ecclésiastiques plus tôt aussi ils précipiteront sa ruine.

L'assemblée nationale, délibérant sur la constitution civile du clergé, a décrété que chaque département formeroit un seul diocèse. Elle a formé dix métropoles dont elle a marqué l'arrondissement. En réduisant le nombre des évêchés, elle leur a donné une nouvelle circonscription, elle en a supprimé plusieurs. Elle a défendu de reconnoitre l'autorité d'un évêque dont le siège seroit établi sous la domination d'une puissance étran. gère. Elle a établi l'élection des évêques et des curés, elle a commis cette élection aux mêmes corps électoraux qui nomment les membres des départemens et des districts.

Tels sont en abrégé les décrets de l'assemblée nationale sur la constitution civile du clergé; et ces décrets sont constitutionnels.

Si le clergé regrettvit moins sa grandeur et ses richesses passées, s'il ne vouloit pas, à quelque prix que ce soit , fonienter une guerre civile, il ne résisteroit plus à la volonté légale de la nation. On ne verroit pas la plupart des évêques de France, d'accord avec les curés, crier que la religion catholique est perdue, parce qu'on les dépouille des moyens d'étaler un luxe insolent et absolument contraire aux principes et à l'esprit de l'évangile.

C'est l'évêque de Tréguier qui a donné le signal de cette insurrection enclésiastique qui agite en ce moment le royaume. Après avoir déclaré qu'il

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regardera personnelleinent comme intrus les évê.
ques et curés qui seront nommés suivant la nou-
velle forme, il proteste qu'il ne communiquera
pas avec eux in divinis. Dans une lettre aux curés
de son diocèse , après avoir débité sa doctrine
anti-patriotique, il ajoute : Il est nécessaire que
nous soyons unis, et que notre conduite soit uni-
forme,

Plusieurs évêques se sont joints à cette sainte
ligue. Ceux de Soissons , de Dijon, de Verdun,
de Nantes et de Vienne ont protesté contre les
décrets, en déclarant qu'ils attendroient pour se
décider la réponse du pontife romain à la lettre
du roi. L'évêque de Beauvais a nommé à une cure
dans son diocèse ; il refuse de concourir à la for-
mation de sa cathédrale en paroisse. Le ci-devaat
archevêque de Lyon est dans le même cas. Plu-
sieurs chapitres ont également protesté. Celui de
Lyon a épuisé toutes les ressources de la vieille
diplomatie, pour prouver que la souveraineté de
Lyon lui ayant appartenu, 'il avoit le droit de ré-
sister à celle de l'assemblée nationale. Il a poussé
la démence jusqu'à publier le serment qui ter-
mine sa protestation; celui de ne recevoir parmi
ses membres que ceux qui auroient fait preuve de
noblesse.

Quelques curés fapatiques ont imité leurs évêques et leurs chapitres, ils prêchent ouvertement à leurs paroissiens la résistance aux décrets du corps législatif.

Enfin, comme pour couronner ce délire sacerdotal, les évêques, membres de l'assemblée nationale, ont répandu , avec la plus grande profusion, une espèce de protestation signée , remplie de sophismes et de principes absurdes sur la prétendue distinction des deux puissances. Cet écrit est terminé par cette phrase : « Nous pensons que notre premier devoir est d'attendre avec confiance la réponse du successeur de Saint-Pierre , qui , placé dans le centre de l'unité catholique et de

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la communion, doit être l'interpréte et l'organe du vou de l'église universelle (1) ».

Il est bien étonnant que les évêques de France regardent aujourd'hui le pontife romaia com nie l'organe de l'église universelle, eux qui, dans tous les temps, ont affecté de lui refuser toute autre qualité que celle d'évêque de Rome, et toute autre suprématie que celle qui seroit purement honorifique.

L'article 4 des libertés de l'église gallicane dit précisément que le pape ne peut rien commander ni ordonner en France de ce qui concerne les choses temporelles. Or, si de l'aveu du ci-devant clergé le pape ne peut rien ordonner ni commander sur les choses temporelles, il ne peut donc se mêler en aucune manière de la circonscription des nouveaux diocèses;, car cette opération est purement temporelle, purement politique ; elle ne touche aucunement à la jurisdiction spirituelle de l'église ; il ne s'agit point de borner les pouvoirs de l'épiscopat, mais seulement l'étendue de la jurisdiction civile de celui qui en est revêtu. Or, les représentans du souverain ont le droit incontestable de régler les relations exté. rieures des ministres du culte, de fixer le nombre de ceux qui seront en fortions, et cela indépendamment de la volonté et de l'intervention d'un prêtre étranger , dont les entreprises et les usurpations n'ont déja éré que trop funestes à la France.

Les évêques nous assourdissent d'une prétendue puissance ecclésiastique, qui, disent-iis , doit concourir avec le pouvoir civil pour l'union et la sup

(1) Le jour de la sanction du décret du 27 novembre, qui bie au clergé sa dernière espérance, les évêques ont fait cerander au roi une audience pour l'engager à retarder jusqu'après la réponse du pape. On jes a remis au lendemain. Aujourd'hui il n'y a plus de remède : le pontife romain meturoii le royaunie en inécrdit, que les choses n'en iroit et pas moins leur train.

pression des bénéfices. Quelle est donc cette puissance ecclésiastique ? C'est sans doute celle d'un concile; mais un concile ne doit se mêler que des questions du dogme et de la morale de l'église. In matière cirile, il ne doit pas avoir plus d'au. torité qu'un olub quelconque, ou toute autre assemblée de citoyens. Si l'état reconnoissoit le pou voir ecclésiastique par rapport au régime extérieur du culte, alors il reconaoitroit une corporation de prêtres indépendans des agens du gouvernement, et qui occasionneroit une division de pouvoirs impraticables dans un état libre.

L'assemblée nationale, en traçant les limites des diocèses du royaume, ne blesse aucunement les droits de l'épiscopat; elle ne met aucune

orne à l'autorité spirituelle de l'évêque, elle déclare seulement ce qui est de sa compétence, c'est-àdire, qu'elle ne reconnoîtra l'exercice extérieur de sa jurisdiction, que lorsqu'il ne passera pas telle et telle limite.

Et n'est-il pas étrange que les évêques chicanent aujourd'hui l'assemblée nationale sur ses opérations par rapport au régime extérieur du culte, eux qui ont souffert si patiemment que les

parlemens les dépouillassent successivement de la plupart de leurs prérogatives jurisdictionnelles ? Les appels comme d'abus, sous l'ancien régime avoient porté un coup mortel aux prétentions épiscopales; et cependant les prélats supportoient en silence la réforme de leurs ordonnances de la part des cours souveraines. Tant qu'on ne les forçoit pas à une résidence incommode, tant qu'on les a laissé jouir tranquillement des usurpations scandaleuses de leurs prédécesseurs , ils toléroient les entreprises les plus hardies ; leur ferveur ne s'est ranimée qu'au moment où on a voulu les rappeler à une vie un peu plus conforme à l'esprit de l'évangile. Laissez aux prêtres leurs riches. ses, ils seront traitables sur les matières du dogmo

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