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pédié depuis midi au capitaine Troude la goélette la Magpie, et le brick le Nisus l'avait été dès la hauteur des Glenans pour le même objet, qui était d'annoncer mon approche à la division de Lorient, dans le cas où les sémaphores n'auraient pas transmis les signaux. Je plaçai l'Indienne intermédiaire entre le Nisus et l'escadre, et je me tins sur Groix, attendant des nouvelles du capitaine Troude. . J'es pérais vainement que la marée du soir ou celle du matin favoriseraient la sortie de sa division. La frégate que j'avais chargée de passer dans le coureau, ne reparut que vers midi en doublant la pointe de l'est de Groix.

Depuis dix heures que la mer était pleine, le calmne seul m'avait retenu. Pendant tout le reste de la journée du 22, il n'y eut que petite fraîcheur du Sud-Est ou calme. J'avais des ennemis à vue de tous côtés; tous étaient sous voiles et paraissaient avertis de mon mouvement. Je ne pensais qu'à profiter du premier vent pour faire route sur le Pertuis d'Antioche. Avant de la marquer, je fis un petit bord sur la pointe Ouest de Groix; et à la nuit l'escadre étant bien ralliée, je me dirigeai pour passer en dedans de Belle-Isle, de là vers l'ile d'Yeu et sur la Baleine où j'arrivai, le 28 à minuit, par un très petit frais de Nord. Le vent manqua pendant la nuit, et je ne pus pénétrer dans le Pertuis qu'à la pointe du jour. L'ennemi avait quitté ces parages dès la veille, et je vis avec douleur qu'il devait être trop au large pour que je pusse espérer de l'atteindre. L'escadre sous mon commandement se réunit à celle de l'Isle-d'Aix, où l'une et l'autre mouilleront dans peu d'instants.

Dans cette courte navigation, j'ai eu infiniment à me louer des officiers et équipages sous mes ordres., Je suis, &c. !

(Signe) WILLAUMBZ.

A bord de la frégate L'ITALIENNE,

le 25 Février, 1809. Monseigneur, J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que le 22 Février, M. Troude, commandant la division de Lorient, me donna l'ordre d'être prêt à mettre sous voile avec les frégates, pour me rallier à l'escadre française qui était à vue dans le coureau de Groix, et que si cette escadre avait fait voile, j'eusse à diriger ma route pour le port de Rochefort. Vol. XXIV.

4 R

Le 23 au matin, les vents étaient faibles de la partie du N. O, Le signal d'appareiller fut fait; le commandant Troude me répéta à la voix ce qu'il m'avait déjà écrit, et ajouta que si à neuf heures il n'était pas sous voile, je devais faire route. A neuf heures et demie j'étais dans le coureau de Groix avec les frégates la Calypso et la Cy. bele, lorsque le commandant me fit signal de faire route au S. S. E.

A mon arrivée dans le coureau de Belle-Isle, je distinguai deux corvettes dans la baie de Quiberon, qui mirent sous voiles; une d'elles vint prendre mes eaux et me suivit. J'étais près de la pointe de Lomaria de Belle Isle, lorsque j'ordonnai à la frégate la Calypso de questionner la vigie sur la position de l'ennemi : elle signala cing vaisseaux et une frégate; cette derniere, quoique fort éloignée, semblait pous observer. Les vaisseaux se dirigeaient sur Lorient.

Toute la nuit la frégate et la corvette qui étaient à petite dise tance nous observerent; elles avaient sur nous un avantage de marche très-considérable.

Au jour j'étais à vue de la tour de la Baleine, lorsque j'aperçus plusieurs vaisseaux au vent. Je fis des signaux de reconnaissance auxquels ils ne répondirent pas. Je fis signal de virer de bord, la frégate et la corvette qui nous observaient laisserent arriver, pour venir passer à poupe de la frégate la Cybele, qui était un peu sous le vent. Je virai de bord de suite pour soutenir cette frégate, qui était déjà engagée et qui lui envoya plusieurs volées.

On voyait des vaisseaux sous le vent, et ceux du vent qui nous chassaient, nous avaient considérablement approchés. La certitude d'être bientôt atteint me décida de mouiller aux Sables d'Olonne. A neuf heures un quart, nous laissâmes tomber l'ancre, en faisant embossure; à neuf heures et demie, trois vaisseaux, deux frégates et une corvette vinrent nous y attaquer. Un vaisseau de 80 vint mouiller par mon bossoir de tribord à demie-portée de pistolet, et les autres bâtiments se tinrent sous voiles à petite portée de fusil. Le combat alors devint terrible. Les cables de l'Italienne et de la Cyo bele furent coupés, le feu avait été communiqué aux trégates par les valets de l'ennemi. La frégate la Calypso, qui pour ne pas couvrir mon feu avait filé du cable, était aussi échouée; mais cet événement de retarda pas notre feu. Le vaisseau qui était mouillé fut obligé de couper son cable, après avoir reçu en poupe pendant plus d'une demie-heure le feu des frégates; il était touché et avait cessé son feu, Les cris de vire l'Empereur! que répéterent les équipages des frtgates, annoncerent que ce vaisseau devait succomber ; mais par un bonheur inconcevable, il parvint, à l'aide de ses voiles, à s'éloigner en faisant feu de ses canons de retraite. Les autres bâtiments qui étaient en panne à petite portée de fusil, recevaient le feu des frégates et des forts. Ce combat, Monseigneur, qui a duré trois heures, n'a eu malheureusement d'autre avantage que de ne pas laisser ces trois frégates au pouvoir d'un ennemi aussi supérieur.

Après le combat et que l'ennemi se fut éloigné, je suis entré dans le port des Sables.

Je vous le répete, Monseigneur, il est impossible de voir des frégates combattre avec autant de constance, des forces aussi supé. rieures.

La frégate l'Italienne a eu six hommes tués et dix-huit blessés. La frégate la Calypso, dix tués et dix-huit blessés. La frégate la Cybele, huit tués et seize blessés.

J'ai beaucoup à me louer des capitaines Jacob et Caucolt; ces deux officiers, comme moi, se louent beaucoup de leur état-major et de leur équipage.

Tel est, Monseigneur, le résultat de ce combat qui, j'ose le croire,
honore le pavillon de S. M.
Je suis avec respect,
Monseigneur,

Votre très-humble et très-
obéissant serviteur,

JURIEN.

P.S. Le vaisseau de 80 qui avait mouillé, et qui s'est si heutreusement sauvé, a été obligé de demander du secours aux autres båtiments, et après avoir changé ses mâts et vergues d’hune, on l'a vu laisser arriver escorté par un autre bâtiment.

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Entre Sa Majesté Britannique, et Sa Majesté Ca

tholique Ferdinand VII, signé à Londres le 14 Janvier, 1809.

Au nom de la Très-Sainte et indivisible Trinité.

Les événements qui ont eu lieu en Espagne ayant mis fin à l'état d'hostilité qui subsistait malheureuse ment entre les couronnes de la Grande-Bretagne et de l'Espagne, et réuni les armes de l'une et de l'autre contre l'ennemi commun, il parait convenable et utile que les nouvelles relations qu'ils ont fait naitre entre deux nations, unies maintenant par un intérêt commun, soient établies d'une maniere réguliere, et confirmées par un traité formel de paix, amitié et alliance :

C'est pourquoi, Sa Majesté le Roi du Royaume Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et la Junte Su.' prême et Centrale d'Espagne et des Indes, agissant au nom et pour les intérêts de Sa Majesté Catholique Fer, dinand VII, ont constitué et nommé, savoir :

Sa Majesté le Roi du Royaume Uni de la GrandeBretagne et de l'Irlande, le très-honorable George Canning, membre du conseil privé de Sa Majesté, et son principal secrétaire d'état au département des affaires étrangerés; et la Junte Supreme et Centrale du gouvernement d'Espagne et des Indes, agissant au nom et pour les intérêts de Sa Majesté Catholique Ferdinand VII, Don Juan Ruiz de A podaca, commandeur de Vallaga et Algarga dans l'ordre militaire de Calatrava, contr'amiral de la marine royale, nommé par la Junte Suprême et Centrale du gouvernement d'Espagne et des Indes, comme envoyé extraordinaire, et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Catholique Ferdinand VII auprès de Sa Majesté Britannique : leurs plénipotentiaires, à l'effet de conclure et de signer un Traité de Paix, Amitié et Alliance; lesquels s'étant communiqué

leurs pouvoirs respectifs, sont convenus et ont conclu les articles suivants :

Art. Ier. Il y aura entre Sa Majesté le Roi du Royaume Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, et Sa Majesté Catholique Ferdinand VII, Roi d'Es pagne et des Indes y appartenant, et entre tous leurs royaumes, états, domaines et sujets, une paix chré. tienne, stable et inviolable, une amitié sincere et perpétuelle, et une stricte alliance pendant la guerre contre la France; ainsi qu'un oubli total et permanent de tous actes d'hostilités qui ont eu lieu des deux côtés, dans le cours des guerres où ils ont été dernierement engagés l'un contre l'autre.

Art. II. Afin de prévenir tout sujet de plaintes et disputes qui pourrait naitre au sujet des prises, faites postérieurement à la déclaration publiée par Sa Majesté Britannique le 4 de Juillet de l'an dernier, il a été convenu mutuellement, que les bâtiments et propriétés qui auraient été capturés postérieurement à la date de ladite déclaration, dans quelques mers ou ports dụ monde que ce soit, sans exception quelconque et sans égard de temps ni de lieu, seraient rendus par les deux parties.Et comme l'occupation accidentelle de quelques-uns des ports de la péninsule par l'ennemi commun, pourrait occasionner des disputes par rapport aux bâtiments, qui, ignorant cette occupation, pourraient diriger leur course sur quelqu'un de ces ports, soit en partant de quelque autre port d’Es. pagne, soit des colonies espagnoles; et comnie il peut arriver des cas où des habitants Espagnols desdits ports ou provinces, ainsi occupés par l'ennemi, pourraient essayer d'échapper, avec leurs propriétés, à ses atteintes ; les hautes parties contractantes sont convenues que les bâtiments Espagnols, ignorant que l'ennemi occupe les ports où ils voudraient entrer, ainsi que ceux qui parviendraient à s'échapper des ports ainsi occupés, ne seront pas capturés, et que ni eux ni leurs cargaisons ne seront considérés de bonne prise; mais qu'au con. traire, ils recevront toute sorte d'aide et d'assistance de la part des forces navales de Sa Majesté Britannique.

ART. III. Sa Majesté Britannique s'engage à con, tinuer d'aider de tout son pouvoir, la nation espagnole dans sa lutte contre la tyrannie et l'usurpation de la

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