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qu'il m'a adressée, oubliant ce qu'il devait au sang qui nous nnit et au respect qu'il me doit, donnant le nom d'alliance à ce qui n'est en effet que

l'abas indécent de l'ascendant que l'Angleterre s'est arrogé sur lui.

Ayant ainsi épuisé tous les moyens de concilation, après avoir entièrement satisfait aux droits du sang, et de mon attachement pour le prince de Portugal; convaincu de l'inutilité de mes efforts, voyant que le Prince-régent trahissait la parole royale qu'il avait donnée dans plusieurs circonstances pour la paix , et par conséquent abusait de mes promesses envers la France, pour complaire à l'Angleterre mon ennemie , j'ai cru qu'une tolérance plus longue de ma part serait contraire à la félicité de mes peuples et sujets, attaqués dans leurs propriétés par un agresseur injuste; que ce serait un oubli de la dignité de mon rang, pour un prince qui a voulu rompre les liens du sang qui l'attachaient à moi, un manque de fidélité envers mon alliée la République française qui, par égard pour moi , suspendait sa vengeance ; et enfin, une opposition aux principes de la saine politique qui dirige mes opérations comme souverain. Cependant, avant de prendre la résolution pénible de la guerre, j'ai voulu renouveler pour la dernière fois, mes propositions à la reine très-fidèle ; j'ai ordonné à mon ainbassadeur, le duc de Frias, que, tranchant tous les délais de négociations, il lui fit voir l'inconvenance et l'injustice de sa conduite, l'abîme qui la menaçait, et l'unique moyen de l'éviter par un traité, que la France consentait encore à conclure par égard pour ma médiation. La cour de Portugal a répondu dans les mêmes termes que de coutume, a envoyé un négociateur sans pouvoirs convenables, en même temps qu'elle rejetait mes dernières propositions. Ainsi, comme il importe à la tranquillité de l'Europe de contraindre cette puissance à la paix avec la France, et d'assurer à mes chers vassaux les dédommagemens auxquels ils ont des droits, j'ai ordonné à mon ambassadeur de quitter Lisbonne ; j'ai donné des passeports à celui de Portugal à ma cour, décidé, quoique à regret, à attaquer cette puissance par l'union de mes forces avec celles de la République, dont la cause est devenue la mienne, par la médiation imprudente dans laquelle je me suis engagé par nos rapports d'intérêts, et pour me venger de mes insultes particulières. A cet effet, je déclare la guerre à la reine très-fidèle , à ses royaumes et sujets, voulant que cette résolution soit connue dans tous mes États, pour que toutes les mesures convenables soient prises pour la défense de mes États et de mes vassaux, ainsi que pour attaquer mes ennemis.

Adresse du gouvernement portugais au clergé, å

la noblesse et au peuple, pour les exciter à fendre le Portugal menacé d'une invasion par les Espagnols.

Lislonne, 26 avril 1801. CLERGÉ , noblesse et peuple, vous savez tous que le prince qui nous gouverne, et dont nous sommes redevables à la Providence, cherche sans cesse à procurer par tous les moyens de justice et de loyauté, à ses vassaux qu'il chérit comme ses propres enfans, le calme et la tranquillité nécessaires à leur bonheur. Au milieu de toutes les agitations dont l'Europe a été la proie , une vigilance active, une justice aussi ferme qu'imposante, ont assuré aux Portugais le repos qu'ils goûtent depuis 1790. Cet état, demeuré libre, lorsque tant de contrées étaient subjuguées, offrit à l'Europe l'exemple d'une fidélité scrupuleuse dans l'accomplissement de toutes ses promesses envers les nations étrangères. Il a donné à l'Espagne un exemple plus récent de sa bonne foi dans l'observation des traités : une armée portugaise marcha en 1793 pour la secourir; et l'appui qu'elle reçut de notre auguste souveraine , fut plutôt déterminé par les besoins de cette puissance, que par toute autre circonstance. Quiconque a fait ce qu'il a dû, n'a rien à craindre , et ne fonde que sur une justice rigoureuse ses droits à la reconnaissance. Cependant, quoique l'Espagne dût être dans tous les cas, la première puissance qui se montrât sensible aux sentimens et à la conduite généreuse du Portugal, c'est elle qui, en terminant sa guerre contre la France, non-seulement laissa compromise la nation qui l'avait secourue,

mais lui déclara la guerre pour être restée fidèle à ses traités. Elle prétend que ceux qui furent jurés en présence de Dieu et des hommes, soient rompus tout à coup, et que le prince et la nation deviennent parjures : cela suffirait pour exciter votre patriotisme; mais d'autres puissans motifs doivent encore vous animer. On veut vous dégrader, vous avilir, en vous réduisant à ne plus être que les simples courtiers de votre commerce : l'Espagne exige « que >> nos ports soient gardés par ses troupes, pour avoir » une garantie de notre fidélité ». Une nation qui sut résister aux Romains , conquérir l’Asie, enseigner une route sur les mers, secouer, lorsqu'elle était encore affaiblie, le joug héréditaire d'un sceptre étranger, recouvrer et maintenir son indépendance ; cette nation, dis-je, doit maintenant rappeler les fastes honorables de son histoire..... Portugais ! nous conserverons encore le courage et les sentimens d'honneur que nous ont transmis nos ancêtres.

La justice est de notre côté : ainsi le vrai Dieu favorable à notre cause , punira par nos bras les in

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jures de nos ennemis ; il comblera de gloire notre généreux et légitime souverain. Notre dévouement, l'équité de notre cause, le souvenir de nos exploits nous garantissent la victoire. Après cela , comment douter de l'empressement des troupes, milices , corps francs, etc., à se rassembler sous leurs chefs, ei que leur attachement au prince qui nous gouverne, animé par l'honneur national, le zèle et l'ardeur qu'inspire une défense légitime, n'opposent à nos ennemis un rempart invincible!

Traité de paix entre l'Espagne et le Portugal, conclu

à Badajoz, le 6 juin 1801.

S. M. Catholique ayant atteint le but qu'elle s'était proposé, pour le bien de l'Europe, en déclarant la guerre au Portugal ; et les puissances belligérantes des deux côtés, en étant convenues avec sadite majesté royale ; celles-ci ont résolu de renouer et renforcer le lien de l'amitié et de la bonne intelligence par un traité de paix. Et, les plénipotentiaires des trois puissances s'étant entendus ensemble à ce sujet, ils résolurent de dresser deux traités de paix qui, néanmoins, ne font en réalité qu'un seul traité; la garantie est mutuelle, et aucun des deux traités ne sera valable , si quelque article de l'un ou de l'autre vient à être rompu.

Pour l'accomplissement d'un dessein aussi impor

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