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que la personne qui s'engage à s'acquitter de cette cérémonie, s'oblige de danser tant qu'elle peut se soutenir sur ses jambes. Quand elles commencent à manquer, elle se tient à un morceau de linge qui pend au plancher pour ce sujet, et continue de danser jusqu'à ce qu'elle soit entièrement épuisée et tombe à terre comme morte : alors la musique redouble, et chacun envie son bonheur, parce qu'on suppose que, pendant son évanouissement, elle converse avec l'idole. Cet exercice se recommence tant que le festin dure. Mais si la foiblesse de la personne ne lui permet pas de le faire si long-temps, le plus proche parent est obligé de prendre sa place. Quand, après cette cérémonie...., le malade vient à guérir, on le porte aux pagodes, et on l'oint d'huile et de parfums depuis les pieds jusqu'à la tête. Mais si, malgré tout cela, le malade meurt, le prêtre ne manque pas de dire que tous ces sacrifices et cérémonies ont été agréables aux dieux; et que, s'ils n'ont pas accordé au mort une plus longue vie, c'est par un effet de leur bonté, et pour le récompenser dans l'autre monde.

TALAPOINS : sorte de moines ou prêtres fort accrédités dans plusieurs royaumes de l'Asie. On en distingue de deux sortes à Siam, ceux des bois et ceux des villes. On leur donne en siamois le nom de tchaoucou, qui signifie seigneur ou monseigneur. On estime plus les talapoins des bois que ceux des villes. Les premiers n'habitent point dans des couvens; ils sont dispersés çà et là dans des forêts pleines de bêtes féroces. Le peuple ne peut comprendre qu'ils ne soient pas tous dévorés. Il pense que les tigres, les éléphaps et les rhinocéros respectent la sainteté de ces talapoins, qui sans doute ont quelque moyen d'écarter ces animaux, soit en allumant de grands feux pendant la nuit, soit de quelqu'autre manière : d'ailleurs, ils ne sont pas les seuls qui vivent dans ces fo, rêts; plusieurs familles siamoises, fuyant la tyrano du prince, s'y retirent souvent, comme dans un asi assuré. Il est permis indifféremment à toul Siamo d'embrasser la profession de talapoin. Celui qui sent du goût pour cet état, va trouver le supérieg de quelque couvent, et lui demande s'il veut le rece voir. Lorsqu'il a obtenu son consentement, il sa dresse à un sancrat, espèce d'évêque talapoin, you lui donne l'habit. Si le supérieur qui l'admet da son couvent est lui-même revêtu de la dignité u sancrat, le postulant reçoit de ses mains l'habit d l'ordre.

Cette prise d'habit est accompagnée de plusieurs cérémonies. Les parens et les amis du postulant i conduisent au temple, comme en triomphe, au su des instrumens de musique. On s'arrête plusieurs fiu en chemin pour chanter et pour danser; mais tout us cortege profane reste à la porte du temple : le cand dat entre seul. Là, on lui rase les sourcils, les cheveus et la barbe. Ensuite, s'étant dépouillé de ses habii. séculiers, il prend, des mains du sancrat, le vêtemel de sa nouvelle profession, et le met lui-même. Peodar. qu'il endosse le saint habit, le sancrat prononce quel ques paroles mystérieuses en langue balie ; après qua le nouveau moine se rend au couvent qu'il doit ka biter. Il y est conduit par le même cortége qui l'ac compagnoit en venant au temple. Quelques jours après, les parens du nouveau talapoin donnent u grand festin à tout le couvent. Ce festin est accompa gné de chants, que le nouveau moine ne doit pe' entendre, de danses et de spectacles, qu'il ne doit point regarder.

Les talapoins ont toujours les pieds nus, ainsi que la tête : mais ce n'est pas une austérité qui leur sou particulière; ils ne font qu'imiter en cela le reste peuple. Ils sont habillés de jaune. Cette couleur

plus noble dans ce pays : c'est celle des rois de m. Quatre pièces différentes composent leur halement. Ils portent sur l'épaule gauche une bandoute de toile jaune, qu'ils attachent sur la banche bite avec un bouton, et qu'ils nomment angsa. Ils t par-dessus une espèce de scapulaire, qui traine esque jusqu'à terre par devant et par derrière, et 'ils appellent pa-shivou. Il ne leur couvre que l'éule gauche, et revient à la hanche droite ; de maère qu'ils ont les deux bras et l'épaule droite entièment libres. Ils se couvrent encore l'épaule gauche une autre toile en forme de chaperon, qui descend qu'au nombril, par devant comme par derrière, qu'on nomme pa-pat. Les supérieurs et les anciens apoins portent quelquefois le pd-pat d'une couleur age. Une écharpe, nommée rappacod, qui leur enonne le corps, sert à assujettir ces diverses bandes toile, et forme la quatrième pièce de l'habillement s talapoins. Le premier jour de la nouvelle et de la pleine lune, ont coutume de se raser la tête, le visage et les ircils, avec des rasoirs de cuivre. Personne ne rase supérieur; ce seroit outrager sa dignité, que d'oser

toucher la tête : ainsi il est obligé de se rendre à -même cet office. Il en est de même des vieux talains, qui sont réduits à se raser eux-mêmes, parce a les jeunes se feroient un scrupule de les toucher; is rien n'empêche les vieux de raser les jeunes. Ces rs de barbe sont pour les talapoins des jours ennels sanctifiés par le jeûne. Les Siamois sont 'suadés qu'il n'y a que les talapoins qui puissent venir à la sainteté et à la perfection. Ils les regarit comme des gens faits pour expier les péchés des res, et qui n'en commettent jamais eux-mêmes. Si talapoins ne pèchent pas par eux-mêmes, ils ne se t aucun scrupule de faire pécher les laïques, sans

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penser que les péchés qu'ils font commettre par d'autres doivent leur être impu' és. Il leur est défendu de faire bouillir du riz, parce que ce seroit détruire une femme. S'abstiennent ils pour cela de manger du riz? non. Ils ordonnent à leurs domestiques ou aux jeunes gens qu'ils élèvent, de faire bouillir du riz; ensuite ils le mangent. Ils ne peuvent, sans pécher, allumer du feu, parce qu'ils détruiroient la matière dont ils se serviroient

pour

l'allumer': par la même raison, ce seroit pour eux un crime de l'éteindre quand il est allumé; mais ils font faire l'un et l'autre par leurs serviteurs.

La Loubère nous a donné un recueil des principales maximes qui composent la morale des talapoins. En le lisant, on ne peut s'empêcher d'être surpris de la gêne que leur loi leur impose. Il leur est expressément défendu d'uriner, soit sur le feu , soit dans l'eau, soit sur la terre. Ils ne peuvent faire aucun creux dans la terre, ou, s'ils en ont fait un, il faut qu'ils le reinplissent. Ce seroit un crime pour eux d'apostropher d'une manière injurieuse aucun être, même inanimé. Ils ont une extrême vénération pour les élémens et pour toute la nature; mais on remarqué en général, dans toutes leurs maximes, plus de bienséances extérieures que de véritables vertus. Ils négligent le solide pour

s'attacher aux minuties. La modestie est une des vertus qui leur est le plus recommandée. Ils doivent marcher les yeux baissés, éviter les regards des femmes. Il faut qu'il n'y ait rien de recherché dans leur habillement, rien qui ressente la mollesse et l'affectation. L'usage des parfums et des fleurs leur est absolument interdit. Un seul vêtement doit leur suffire, et l'on exige qu'il soit simple et sans aucun ornement.

Ce grand nombre de règles austères, de préceptes gênans, ne rendent peut-être pas les talapoins plus

saints que

les autres hommes; mais, à coup sûr, ils leur inspirent un orgueil pharisaïque, bien éloigné de la véritable vertu. Un talapoin regarde en pitié les laïques; il ne les croit pas formés du même limon que lui. Il ne pense pas qu'il y ait aucune comparaison à faire entre de vils pécheurs et un saint comblé de mérites. Toute sa conduite se ressent de cette fierté : à peine daigne-t-il rendre à un laïqué le salut ordinaire. Il affecte toujours de prendre au-dessus de lui la place d'honneur. Il croiroit profaner sa douleur et ses larmes, s'il pleuroit la mort d'un séculier, quand même il seroit son plus proche parent. Il est étonnant que l'esprit de charité puisse s'allier à tant d'orgueil. Cependant les talapoins sont charitables, et même ne font pas, dans leurs charités, de distinctions odieuses. Tous les hommes, de quelque religion qu'ils soient, leur paroissent dignes d'être soulagés, lorsqu'ils sont malheureux. Les pauvres voyageurs trouvent dans leurs couvens un asile. Il y a deux maisons destinées à cet usage, des deux côtés de la porte de chaque monastère de talapoins. Ils se donnent aussi entr'eux des secours mutuels; cependant il leur est défendu de partager ensemble les aumônes qu'ils reçoivent. Si l'oo vouloit empoisonner la charité des talapoins par quelque motif bas et grossier, on pourroit l'attribuer à l'intérêt, et penser que ces moines, dont l'unique revenu est fondé sur la charité du peuple, veulent eux-mêmes lui donner l'exemple d'une vertu si importante pour eux.

La chasteté peut encore être comptée pour une des vertus des talapoins, au moins du grand nombre; et la crainte a presque autant de part à leur retenue sur cet article, que le désir de la perfection. Un talapoin surpris avec une femme est condamné au feu sans miséricorde. Ce genre de faute ne se pardonne jamais. Ils ont bien des dédommagemens d'une vie si dure;

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