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passer le mont Cénis avec 3,600 hommes seules ment, et s'était réunie au général Marchand.

Ce général avait été retenu long-temps sous les murs de Genève, par le comte de Bubna. Partie de ses troupes était commandée par le général Dessaix, qui, né en Savoie, se faisait des ressources par-tout, espérant se maintenir dans son pays natal. Cette opiniâtreté faillit lui devenir funeste, ainsi qu'au général Marchand. Les alliés comptant s'en rendre maîtres, tourner en même temps la ligne de l'Isère au-dessus de Grenoble, et fermer ainsi la principale communication avec l'Italie, portèrent de grandes forces sur ces deux points, et firent déployer le comte de Bubna qui reprit Chambéry, pendant que les Echelles et Montmeillan tombèrent au pouvoir du comte Bianchi. Le général Dessaix, toujours fidèle à son plan de résistance, se trouva alors séparé du général Marchand. Celui-ci fit sa retraite en cédant le terrain pied à pied. Elle fut difficile, et ses jeunes soldats se débandèrent quelquefois. Il éprouva des pertes. La désertion vint s'en mêler. Le maréchal eut alors de vives inquiétudes pour Grenoble, qui n'est susceptible, au moins du côté du Graisivodan, que d'une faible et courte défense contre une attaque régulière. Toutefois l'ennemi ne s'en approchait qu'avec circonspection.

Un fait d'armes qui honora cette marche, et dont le souvenir mérite d'ètre conservé, eut lieu

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sous les murs d'Annecy, qui, pour la seconde fois, dans l'espace d'un mois, servit de théâtre à la gloire de nos armes.

Le pont de Brugny avait été évacué contre l'intention du comte Marchand. Le général Serrand, à la tête de 2,000 hommes et trois pièces de canon, fut chargé de le reprendre. Il rencontre en avant d'Annecy, 4,000 hommes d'infanterie, rangés en bataille, 400 chevaux et 8 pièces de canon. Le nombre n'impose point au brave Serrand. Il attaque sans hésiter. Le combat est opiniâtre et sanglant, mais la victoire se déclare pour lui. Il entre dans la ville pêle-mêle avec l'ennemi, le combat recommence, plusieurs maisons, soit hasard, soit intention, deviennent la proie des flammes. Les alliés sont poussés sur une rivière, où plusieurs de leurs soldats se noyent en cherchant à la passer au gué. Bientôt ils se rallient derrière le pont de Brugny, qui est promptement barricadé, et qu'ils défendent avec leurs huit canons en batterie. Cette position, réputée l'une des plus fortes de la Savoie, n'arrête point la petite troupe elle se précipite sur le pont et s'en

empare.

Il est temps de revenir à l'armée du maréchal, et aux dernières opérations de la campagne.

Les alliés, qu'avait d'abord étonnés le passage des 6,000 hommes du général Beurmann sur la rive droite du Rhône, et qui étaient loin de pé

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nétrer les motifs de cette marche, montrèrent quelque incertitude dans leurs desseins, et ne portèrent que peu de troupes sur cette rive, où ils craignaient peut-être quelque surprise. Mieux informés depuis, ils cherchèrent à profiter de l'affaiblissement de l'armée, pour presser leurs opérations et en agrandir le plan.

D'un côté, ils manœuvraient en Dauphiné, de manière à resserrer et cerner le général Marchand dans Grenoble. C'est dans ces vues que le prince de Hesse-Hombourg porta son quartier-général à Rives, quatre lieues en avant de Grenoble, pendant que le général Bianchi menaçait les autres issues de cette place.

De l'autre, ils manœuvraient sur le Rhône, poussant des troupes légères jusqu'à Tournon et St-Peray. Quel que fût leur dessein, ils donnèrent lieu de penser, par l'empressement avec lequel ils avaient recherché à Lyon les cartes de Cassiny et toutes celles où était indiqué le cours du Rhône, qu'ils avaient intention de donner la main à lord Wellington, qui était alors aux prises dans le Languedoc avec le maréchal Soult.

Les rapports sur ce projet, arrivaient de toutes parts. Les généraux Musnier et Pannetier qui occupaient Tain, déclaraient qu'ils étaient hors d'état de résister à une attaque un peu vive, que leur retraite, en ce cas, serait difficile, et ils demandaient de prendre position sur la rive gauche

de l'Isère, en coupant les ponts. En conséquence, le passage se fit le 27, les ponts furent coupés le 28, et le général Remond fut dirigé vers le pont St-Esprit, pour le garder.

Le maréchal attendait dans cet état de défensive, les ordres qu'il avait sollicités de l'empereur en évacuant Lyon. Il n'était point assez fort pour revenir sur cette ville, sans être soutenu par une armée qui déboucherait de la Loire, et il n'en existait aucune; mais il pensait et il avait représenté que si l'armée d'Italie pouvait être dirigée sur le Dauphiné par un mouvement combiné entre le vice-roi et lui, celle des alliés se trouverait, à son tour, dans une position fort critique, et qu'elle pourrait être attaquée avec succès.

Pour toute instruction, on envoya au maréchal un aide de camp du ministre de la guerre, chargé de lui faire connaître ce que l'empereur pensait de l'évacuation de Lyon. Le chef de tant d'armées s'étonnait de ce qu'avec les 60,000 hommes portés dans l'état de situation remis au maréchal en entrant en campagne, mais qui n'existaient que sur le papier, il n'eût pas détruit une armée trèsréelle de plus de 60,000 combattans prétention inconcevable, mais qui explique comment Bonaparte, pour couvrir ses propres disgraces, a voulu, dans la suite, jeter des nuages sur la loyauté du duc de Castiglione.

Le maréchal se trouvant ainsi abandonné à ses

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propres moyens, deux pensées principales durent l'occuper couvrir le midi, et en même temps maintenir ses communications avec le général Marchand.

Du côté du midi, cette tâche fut facile; car les alliés ne se livrèrent à aucune entreprise sérieuse, et il ne s'y passa aucun événement remarquable.

Du côté de l'est, il n'en fut pas tout-à-fait de même. Le maréchal, instruit le 1er avril que les alliés faisaient beaucoup de marches et de contremarches sur la rive droite de l'Isère, envoya à Romans, sous les ordres du général Ordonneau, une brigade qui rétablit le pont, et qui, au village de St-Donat, enleva un escadron de chevauxlégers autrichiens. Ce succès engagea le général Ordonneau à se maintenir sur la rive droite de l'Isère, ce qui attira très-malheureusement sur lui l'attention et les forces des alliés, dont il gênait les manœuvres. Il fut battu.

Le maréchal néanmoins, voulant ménager une retraite à la division du général Marchand et sa réunion au gros de l'armée par sa droite, fit remplacer à Romans le général Ordonneau par la brigade Estève, et le fit remonter avec la sienne jusqu'à St-Nazaire, pour observer l'ennemi ; mais le général Ordonneau, attaqué à l'improviste par un corps de 12,000 hommes, avant d'avoir pu les reconnaître, fut maltraité, puis forcé de repasser

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