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vision des hussards de Kaiser , pour se trouver en présence du ci-devant Empereur, au moment où il pénétrerait à Valence.

Toutes ces dispositions ainsi faites , on attendit tranquillement le passage de Buonaparte.

Le 23 avril, à dix heures et demie du soir, il traversa Lyon dans un carrosse à six chevaux, suivi de quelques voitures, et alla relayer hors de la ville, à l'extréinité du faubourg de la Guillotière.

Le petit nombre de personnes qui se trouvèrent sur ses pas, l'accueillit d'une manière bien différente : quelques hommes apostés, mais en petit nombre , crièrent vive l'Empereur ! tout le reste répéta mille fois le cri vive le Roi ! des voix ajoutèrent à bas le scélérat qui passe ! Les mêmes cris le poursuivirent à la Guillotière , pendant qu'il changeait de chevaux. On ne se porta toutefois à aucun excès. Il ne s'arrêta point.

Le 24 avril au matin, deux officiers russes attachés a l'escorte , l'avaient devancée , pour aller communiquer au Maréchal les soupçons d'évasion qu'ils avaient aussi conçus.

En même temps, il fut informé que l'hôtel même où il était logé, avait été désigné par Buonaparte pour y déjeuner , et pour y conférer avec lui. Le Maréchal ne crut pas que

ne crut pas que les convenances lui permissent un pareil entretien. Pour observer au contraire la marche de Buonaparte , sans toutefois perdre de vue l'armée et les mouvemens qu'elle pouvait faire , il monta en voiture , suivi de trois aides-de-camp, précédé des deux officiers russes, quitta Valence sur les neuf heures et demie , et prit la route de Tain.

A une lieue au-delà de l'Isère, il rencontra Buonaparte , qui ordonna subitement aux postillons des deux voitures d'arrêter. Ceux du maréchal obéirent machinalement. Les deux portières , en face l'une de l'autre, n'étaient pas à deux pieds de distance. Les deux voyageurs descendirent spontanément.

La conversation fut courte , et le tour qu'elle prit ne se trouva pas favorable à des confidences. Après quelques explications sur les événemens qui venaient de se passer : la mort, reprit énergiquement le Maréchal, est préférable à une pareille chute. Que voux-tu ? répondit Buonaparte, j'ai tout fait pour cela. Le Maréchal répliqua plus vivement encore : Quand on le veut bien, on trouve aisément la mort sur un champ de bataille. Buonaparte répéta froidement: Que veux-tu ? cela devait étre ainsi. A ces mots, ils se séparèrent, et Buonaparte, ce conquérant fameux qui avait fait trembler la terre, reprit en captif la route de l'ile solitaire où le monde et lui-même devaient oublier sa terrible célébrité.

En passant à Valence , il fut salué par quelques soldats isolés, des cris de vive l'Empereur ! mais ces cris ne furent point répétés par le peuple ; et Buonaparte ne voyant point d'armée , n'ayant plus de motif de s'arrêter à Valence, ne songea plus à y déjeûner, et poursuivit sa route.

Il traversa la ville sous l'escorte des grenadiers français de garde au quartier - général, et d'une compagnie de chasseurs autrichiens. Peuple et soldats, tout fut calme , et grace aux mesures qui avaient été prises, toutes les espérances qu'avaient pu concevoir Buonaparte ou ses amis, furent déconcertées.

Le Maréchal, ayant ainsi terminé ses travaux, reprit la route de Paris, avec la double gloire d'avoir ajouté au lustre de nos armes, et d'avoir peut-être cette fois sauvé la France des maux qui ont fondu sur elle l'année suivante.

A son retour, il reçut à Lyon le premier et digne prix de ses services. Reconnu par quelques personnes , en traversant le faubourg de la Guillotière, ce général fut salué et suivi par un peuple nombreux jusqu'à l'hôtel de la préfecture , où il descendit. M. de Sainneville , adjoint, exerçant alors la mairie en l'absence de M. d'Albon, lui offrit au nom de la cité qu'il avait sauvée, l'hommage solennel de la reconnaissance publique.

Il fut aussi complimenté par les officiers de la garde urbaine. Un détachement de ce corps,

si admirable par son dévouement, fit le service auprès de S. Ex. De son côté, le prince de Hesse ,

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empressé d'honorer dans un guerrier ennemi la valeur dont il était lui-même un modèle, lui enyoya pour garde d'honneur un piquet nombreux d'infanterie, avec un drapeau blanc et un tambour.

Le soir , vers cinq heures, le Maréchal étant allé faire une visite au Prince, la foule l'accueillit des plus touchantes et des plus vives acclamations. Elles redoublèrent lorsqu'ensuite il parut au spectacle. Il fut unanimement proclamé le sauveur de la cité. Le lendemain, dans un banquet que lui donna la garde nationale, il fut comblé des mêmes. honneurs, et prit aussitôt la route de Paris, où l'attendait l'estime et la confiance du Roi.

CHAPITRE DIXIÈME.

FÉLICITÉ publique — Rétablissement de l'autorité royale.

- Le comte Alexis de Noailles envoyé à Lyon comme commissaire extraordinaire. Le comte de Bondy, ancien Préfet, remis en fonctions. - Paix générale. Retraite des troupes alliées. - Arrivée et séjour à Lyon de MADAME, Duchesse d'Angoulême. Arrivée et séjour de MONSIEUR, Comte d'Artois. – Monument à l'honneur des Lyonnais morts au siége de 1793.

Louis

OUIS XVIII, en reprenant le sceptre de ses ancêtres, succédait à vingt années de troubles , de divisions et d'infortunes. Il fallait une vertu plus qu'humaine pour accepter un si triste héritage. Sa bonté ne s'effraya point de la tâche difficile que présentait à ses soins paternels la restauration du royaume. A peine il paraît, et la France étonnée se voit replacée comme par enchantement, sur les voies de ses anciennes prospérités ; le commerce , long-temps déconcerté par les plus terribles commotions, commence à sortir des fausses routes où le despotisme l'avait jeté, à s'ouvrir de nouvelles et plus durables issues ; l'industrie , encouragée par les nouvelles relations qui de toute part s'ouvrent devant elle , se réveille peu à peu ; les fabriques se réorganisent; la confiance renaît ; les

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