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emportant les regrets, les bénédictions et l'amour des citoyens.

Un mois après, parut à Lyon, MONSIEUR comte d'Artois, frère du Roi; ce Prince, le modèle et l'honneur de la chevalerie Française, et qui le premier, après tant de malheurs, nous apporta l'espérance, y recueillit les mêmes témoignages d'amour et de vénération qui avaient éclaté en présence de MADAME, duchesse d'Augoulême.

Une cérémonie, à la fois auguste et touchante, également honorable pour la sensibilité du Prince, et pour la fidélité éprouvée de la ville, consacra pour jamais dans les cœurs des Lyonnais, le séjour du Prince, dans leurs murs. Ce fut celle de l'érection d'un monument à la mémoire des nombreuses victimes qui, au 29 mai 1793, et ensuite au siége de Lyon, scellèrent de leur sang, l'antique dévouement de la cité pour ses Rois.

Les cendres de ces nobles victimes, au nombre de plus de 6000, reposaient, oubliées et sans honneurs, dans la plaine des Broteaux.

Un architecte recommandable, M. Cochet, avait eu le premier la pensée de réparer un oubli si affligeant. Il remplit ce devoir en y ce devoir en y élevant un cénotaphe, dont la garde nationale fit l'inauguration en 1795, avec une grande pompe, au jour anniversaire du 29 mai. M. Chinard en sculpta les ornemens, M. Delandine père en fit les inscriptions. C'était la noble alliance des plus

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rares talens, rivalisant de zèle pour célébrer la plus rare vertu.

Voici ce qu'on lisait à ce sujet dans le tableau des prisons par M. Delandine: «< Après un an environ d'existence, le cénotaphe a été renversé. Les efforts d'une aveugle rage en ont dispersé les débris. Comment la fureur qui porte à immoler, à priver de la vie l'objet de sa haine, ne s'éteint-elle pas à l'aspect du tombeau qui le renferme ? Comment a-t-elle pu bouleverser de froides cendres ? Qu'une fète modeste et paisible se renouvelant chaque année, remplace du moins le monument qui les couvrait ; que célébrée le 29 mai, au mème jour qui leur consacra de tristes et derniers honneurs, elle survive aux factions diverses, à toutes les tempêtes.... Vous qui avez perdu un ami, un patron, un bienfaiteur; enfans privés de vos pères; vieillards qui n'avez plus de fils; femmes sensibles délaissées sans soutien, sans époux : venez dans ce jour sur leurs tombeaux, pour rappeler les vertus qui les animèrent ! ... Oui, chaque année, au 29 mai, j'irai sur ce sol ravagé, rêver à vous, ombres amies, et me plaire dans vos regrets.

Ces vœux touchans furent entendus. Le docteur Petit, l'un des hommes qui ont fait le plus d'honneur à la médecine et à son pays, répondit en 1809 à l'appel de M. Delandine, en proposant une souscription pour élever un tombeau et une chapelle, dont le plan et l'exécution furent con

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certés avec MM. Delandine, Cochet, et Rivat, notaire; ils se placèrent eux-mêmes en tête de la liste pour des sommes considérables.

Divers obstacles toutefois s'opposèrent encore à l'exécution de ce patriotique projet.

Mais les grandes et nobles pensées ne meurent point. A la vue d'un Prince généreux, si digne de les inspirer lui-même, elles se réveillèrent subitement de tous les cœurs sortit comme par inspiration, le vœu nouveau d'honorer les mânes de tant de glorieuses victimes, sous les auspices d'un Bourbon, dont le concours et les regrets seraient la première et la plus belle récompense de leur généreux dévouement.

Ce projet fut aussitôt présenté à MONSIEUR. Les Lyonnais dirent au Prince : « Au milieu des accens de reconnaissance et d'amour que notre cité fait éclater pour ses maîtres, VOTRE ALTESSE. entendra le vœu formé pour les månes de nos frères; elle s'y montrera sensible. Dans une enceinte assez vaste pour rassembler les ossemens épars des courageux défenseurs de l'autel et du trône, une chapelle consacrée au Dieu qui pardonne, perpétuera le souvenir des plus nobles vertus, des plus affreux malheurs; c'est sur le lieu même de ces sanglantes exécutions qui ont désolé nos familles, que la mère et la sœur, le fils et le frère viendront nourrir leurs regrets, et arroser de leurs larmes la palme des martyrs. Les

cœurs les plus indifférens les suivront dans cet asile de recueillement et de prières, pour s'attendrir avec eux ; et tous ne s'en éloigneront qu'après s'être pénétrés davantage de cette éternelle vérité, qu'un peuple, pour être heureux, doit toujours servir avec fidélité DIEU et son Roi. Dans peu, une souscription ouverte à la religieuse bienfaisance de nos concitoyens, offrira, nous n'en doutons pas, tous les secours utiles. Il s'agit de payer à la gloire, à l'honneur, à l'infortune, une dette que réclament depuis long-temps la nature et la religion : quel Lyonnais ne se croira pas solidaire ? Mais ce projet n'est rien, si vous ne lui donnez la vie. »

Le Prince accueillit avec sensibilité l'expression de ce vou, et dit les choses les plus honorables à la mémoire des héros et des martyrs Lyonnais. Il faut, ajouta-t-il, que la souscription soit ouverte pendant mon séjour à Lyon, et je veux être le premier souscripteur.

Il souscrivit en effet pour deux cents louis, témoignant un généreux regret de ne pouvoir faire davantage dans les circonstances actuelles.

Cela se passait le 20 septembre.

L'exemple du Prince électrisa les citoyens de toutes les classes, et assura bientôt la plus grande partie des fonds nécessaires, non-seulement pour l'érection du monument, mais encore pour la dotation des ecclésiastiques qui devaient être chargés

du service de la Chapelle. Dans cette foule d'offrandes qui s'annonçèrent de toute part, et à côté des dons respectables de l'opulence dont la main s'est cachée plus d'une fois sous le voile de la modestie, on aime à s'arrêter à des offres de 3,4 5 fr. ; c'est le denier de la veuve. Il a quelque chose de sacré,

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Le Prince à son retour, le 21 octobre, trouva

toutes les dispositions faites pour la de la pre

pose

mière pierre il voulut que cette cérémonie fût environnée d'une grande solennité.

Dès le matin, le béfroi de l'hôtel-de-ville et le canon, l'annoncèrent aux citoyens, et ne cessèrent de se faire entendre pendant toute la cérémonie. La garde nationale à pied et à cheval fut mise sous les armes. Cinq bataillons d'infanterie prirent position et formèrent un carré autour de l'emplacement désigné. Le sixième bataillon et la garde à cheval furent mis en réserve pour escorter le cortége. Tous les fonctionnaires publics, toutes les autorités furent invitées à la cérémonie on y remarquait, non sans attendrissement, le général Précy et plusieurs de ses soldats, faibles et glorieux débris de l'armée de siége, et qui échappés au temps ainsi qu'au fer ennemi, partagèrent les dangers de leurs frères, sans en payer aussi chèrement l'honneur.

Enfin une foule innombrable, pénétrée des mêmes sentimens qu'à l'époque dont on célébrait

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