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le patriotique et religieux anniversaire , couvrait la vaste plaine des Broteaux.

Le Prince s'étant placé sur une estrade préparée pour le recevoir, et le clergé ayant récité les prières de l'église , le préfet, le maire , et M. Morand de Jouffrey au nom des souscripteurs , prononcèrent des discours à la louange des victimes entassées dans ce champ de gloire et de deuil , et à l'honneur de la race auguste dont les vertus et les bienfaits avaient inspiré un si héroïque dévouement. Ce fut là que s'adressant aux autorités , au peuple qui pressait ces ossemens révérés , l'un des orateurs, le maire s'écria , en terminant un discours plein de chaleur : « Citoyens de toutes les » classes qui êtes ici réunis , que cet acte impo» sant nous rattache tous par des liens plus étroits » à notre antique et paternelle monarchie. Sur ce champ de l'honneur arrosé par le

de » nos frères , jurons encore dans l'élan de l'en» thousiasme , amour et fidélité au Roi , au sang » illustre des Bourbons, au Prince bien-aimé qui » s'est pour jamais rendu si cher à nos cæurs. » A l'instant, par un mouvement unanime, mille et mille voix firent retentir les airs de ces mots : Nous le jurons! nous le jurons ! vive le Roi ! vivent les Bourbons ! vive Monsieur ! toutes les mains se levèrent vers le ciel, comme pour le prendre à témoin de la sincérité, de la sainteté d'un serment si solennel.

sang

MONSIEUR était profondément ému ; des larmes coulaient de tous les yeux : « que les Lyonnais , » s'écria le Prince , lisent dans mon cœur , com» bien je partage leurs regrets pour les amis , les » frères et les braves qu'ils ont perdus... La volonté » du Roi est d'honorer la mémoire de ceux qui » ont péri fidèles à la religion et à la cause royale... » Nous ne verrons plus de ces jours de deuil et de » désespoir... Tous les Français doivent être amis, » confondre leurs sentimens et ne plus faire qu'une >> même famille. >>

La première pierre fut enfin posée avec les cérémonies d'usage.

Les souvenirs affligeans que rappelait cette cérémonie ; les cendres respectables que foulait cette immense multitude ; l'appareil imposant et consolateur de la religion ; la présence du Prince , dont l'ame généreuse compatissait à nos malheurs; un temps calme et serein, qui semblait associer le ciel même aux honneurs rendus à tant de braves : tout contribuait à remplir les caurs d'une émotion à la fois cruelle et douce , à les pénétrer du sentiment si heureusement exprimé par M. Delandine , dans l'une des inscriptions de l'ancien cénotaphe :

Que de vertus , de valeur, de talens
Sont cachés sous un peu de terre !

Williw111111111111111111

CHAPITRE ONZIÈME.

NUAGES politiques, Découragement des royalistes.

Conspiration des agens de Buonaparte. Le corps municipal de Lyon recomposé.

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Les veux que venait d'exprimer le Prince pour
la paix et l’union des esprits, ne furent entendus
ni du Ciel ni des hommes.
Pendant

que le plus vertueux et le plus infortuné des Monarques travaillait à cieatriser nos blessures, à rétablir l'ordre , à perfectionner l'ouvrage de la félicité publique ; une vaste conspiration dont la véritable origine n'est pas encore bien connue, dont le temps seul pourra révéler tous les moyens et découvrir toutes les profondeurs, creusait sous nos pieds de nouveaux abîmes. Une cruelle et invisible main donnait à toutes les passions , à tous les souvenirs , à toutes les trames, le signal des prétentions les plus opposées, et des discordes les plus sinistres.

Au sein de ces agitations, on distinguait les coupables efforts de ces vétérans de la révolution, qui, ne pouvant concevoir dans les magnanimes promesses du Roi, une clémence toute céleste, et se croyant sans garantie contre une autorité qu'ils

avaient trop offensée, semblaient n'apercevoir de sureté que dans le renversement des Bourbons et dans de nouvelles tempêtes.

A ces hommes dangereux se trouvaient réunis tous ceux qui devaient au règne passager de Buonaparte, une existence difficile à concilier avec la tranquillité, la paix et l'ordre qui s'établissait.

L'armée à son tour ne voyant plus de trồnes à renverser, plus d'empires à ravager, plus de rapides fortunes à faire, soupirait pour la guerre, et ne s'attachait point à des Princes qui ne lui promettaient plus de si riches aubaines, et qui croyaient que l'armée était faite pour l'état, non l'état pour l'armée.

Bientôt les opinions sont frappées de vertige, et jusque dans les plus raisonnables, il y avait je ne sais quoi de factieux qui méconnaissait , frondait ou paralysait tout le bien que

faisait le gouvernement. L'esprit humain, en un mot, était livré à l'une de ces maladies qui n'éclatent heureusement qu'à de longs intervalles, comme celle de Jérusalem assiégée par Titus; mais qui presque toujours frappent de mort les peuples qui en sont atteints.

Bientôt la contagion gagna toutes les classes de la société. Les campagnes sur-tout furent empoisonnées d'impostures : la glèbe, les droits féodaux, la dime, la renaissance de tous les priviléges

étaient les armes journalières qu'on employait pour les corrompre.

La mesure de la croyance de tant d'hommes aveuglés croissait en raison de l'absurdité des prétentions ou des bruits dont ils étaient les dupes.

Pour la produire et l'entretenir , les factieux employaient d'ailleurs les moyens les plus odieux. On a vu , par exemple, à Belley, dans le département de l'Ain, un imprimé contenant une fausse ordonnance du Roi, qui paraissait attribuer aux curés droit de vie et de mort sur les paroissiens qui ne payeraient pas la dime.

En même temps on travaillait sans relâche à avilir la Majesté royale , la religion et ses ministres, la noblesse et les premières classes de la société : d'infames journaux, de plus infames caricatures, des pamphlets scandaleux circulaient avec une inconcevable impunité.

Quel secret trésor salariait tant d'agitateurs ? On le soupçonne ; peut-être ne le saura-t-on jamais.

La ville de Lyon ne pouvait manquer, dans ces circonstances, de fixer l'attention des factieux par l'importance de sa position topographique , de sa population et de ses richesses ; par la renommée dont elle était redevable au siége qu'elle soutint en 1793, et aux principes qui rendirent si mémorable

pour

elle cette époque de gloire et de calamité ; par l'influence qu'on attendait de ses exemples sur les contrées qui l'environnaient. Elle

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