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devint le point de mire de tous les factieux du midi. Aucune conquête ne parut tenter plus vivement leur ambition. Sur aucun point ils ne multiplièrent avec plus de soins et d'empressement, les agens, les mensonges, les perfidies. Nulle part ils ne donnèrent un plus déplorable éveil aux folles craintes, aux coupables espérances, à toutes les illusions.

Les hommes même les plus respectables par la noblesse et la pureté de leurs sentimens, ne furent pas exempts d'erreurs.

Les uns emportés par la juste horreur qu'ils ont conçue pour les crimes révolutionnaires, ne voulaient ni constitution ni charte, et dans leur aveugle effroi, rejetaient jusqu'au bien que la Providence a fait sortir du sein de nos longues infortunes.

Les autres non moins respectables par leur bonne foi, toujours trompés et toujours crédules, ne trouvaient point la charte assez libérale et soupiraient pour des formes plus républicaines.

La noblesse se plaignait d'être anéantie.

Enfin les royalistes de toutes les classes, uniquement occupés de leurs intérêts particuliers, ne songeant qu'à demander des places, qu'à envahir les honneurs, qu'à réparer en un mot le temps perdu, se faisaient entre eux une guerre aveugle et cruelle; et au lieu de s'unir contre leurs ennemis communs, éclaircissaient leurs rangs, s'affaiblissaient en croyant s'épurer, et ne formaient

plus que de misérables coteries sans considération et sans pouvoir.

L'événement le plus inattendu fut à Lyon le fruit de ce vertige, et vint confondre les plus fidèles serviteurs du Roi.

On n'a point oublié avec quel courage et quel dévouement une partie de l'administration municipale avait servi, sur-tout au 8 avril, la cause de la restauration. Aucun corps n'avait fixé plus honorablement l'attention du Roi et de la France entière; aucun corps ne comptait plus d'hommes éprouvés par une ancienne et inébranlable fidélité au trône des Bourbons, par les sacrifices qu'ils avaient faits et les maux qu'ils avaient soufferts, dans tous les temps, pour cette noble cause. L'aurait-on prévu? Ce corps tout entier fut dissous et recomposé, sans aucun autre exemple d'une pareille mesure, sans nécessité, sans motif, sans prétexte, sans respect pour la charte et les lois qui s'opposaient à cette mesure, sans aucun égard pour les services et les opinions, sans distinction même des membres dont les fonctions étaient ou n'étaient pas expirées (1); ou plutôt,

(1) L'art. 68 de la charte maintient toutes les lois existantes jusqu'à ce qu'il y soit légalement dérogé. Les lois existantes ordonnent le renouvellement périodique des conseils municipaux de dix en dix années par moitié, et des maires et adjoints tous les cinq ans. Il y avait alors un renouvelle

la faction secrète dont l'influence inaperçue dirigeait les coups, désigna de préférence, pour sortir, la plupart des hommes du 8 avril, c'està-dire, tous ceux dont on redoutait et dont on avait plus particulièrement éprouvé la fermeté, la vigilance et les lumières: espérant sans doute qu'au retour alors peu éloigné de Buonaparte, la ville se trouverait livrée à un nouveau maire et à de nouveaux magistrats, dont le zèle et les bons sentimens, quels que fussent leurs efforts, ne pourraient suppléer l'expérience qu'ils n'auraient pas le temps d'acquérir, des sentimens et des ressources de la ville.

Ainsi périssait l'opinion; ainsi croissait cet esprit de découragement parmi les royalistes, d'audace parmi les révolutionnaires, d'agitation et de défiance dans le reste du peuple, qui, au milieu de tant d'élémens opposés, semblait former une seule et vaste conjuration, et annonçait une prochaine et inévitable catastrophe. Le nom de Buonaparte et son retour étaient le sujet de toutes les conversations. On assignait publiquement l'époque où devait reparaître sur l'horizon politique, ce météore destiné à traîner à sa suite

ment à faire de plusieurs conseillers municipaux dont les fonctions étaient expirées mais ce ne fut pas un renouvellement, ce fut une entière réorganisation que l'on fit, et que l'on ne fit qu'à Lyon.

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tant de calamités. On colportait dans les cafés dans les lieux publics, des lettres écrites de Paris, qui annonçaient tantôt comme inévitable, tantôt comme effectuée l'expulsion des Bourbons, ou toute autre révolution. Tout semblait se réunir pour favoriser le complot qui se tramait alors à l'île d'Elbe.

CHAPITRE

CHAPITRE DOUZIÈME.

DÉBARQUEMENT de Buonaparte au golfe Juan. - Belle conduite du commandant d'Antibes. Les Marseillais se prononcent hautement pour le Roi et demandent des armes. - Marche de Buonaparte sur Grenoble par Digne et Gap. Le général Miollis le poursuit sur la route d'Aix." La garde nationale de Marseille expédiée trop tard sur la route de Gap. Conduite du commandant de Valence. -Mesures prises à Grenoble par le général Marchand. · Défection d'un avant-poste. — Trahison de Labédoyère. Buonaparte force les portes de Grenoble sans résistance. L'armée se rallie à lui. Proclamation et décrets de Buonaparte dans cette ville. Consternation de ses ha

bitans.

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LA facilité avec laquelle Buonaparte s'est échappé de l'île d'Elbe, la faiblesse des moyens apparens avec lesquels il s'est jeté dans l'entreprise la plus audacieuse, la stupeur ou le prestige qui a fait tomber devant lui les portes de tant de villes et les armes de toutes les mains : tous ces prodiges si dignes d'intéresser, ont déjà exercé la sagacité d'une multitude d'écrivains. Mais les erreurs où la plupart sont tombés, par défaut sans doute d'informations suffisantes; l'injustice des jugemens qu'ils ont quelquefois portés sur des hommes et sur des cités irréprochables, les conjectures mêmes

L

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