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cluse et du reste de la Provence, du Haut-Dauphiné, du Languedoc : le 10., le 58. et le 83. régiment de ligne, le 14. des chasseurs, le 1.er étranger et quelques autres corps de diverses armes, s'y réunirent. Le Prince fit alors les dispositions suivantes.

A sa gauche, il plaça quelques gardes nationaux, pour observer et nettoyer la rive droite du Rhône.

A sa droite se trouvaient le général Ernouf, à la tète d'un corps de Marseillais, qui prit position à Sisteron; le général Gardanne, à la tête du 58.o de ligne, qui marchait sur Grenoble, et le général Roverdo, à la tête du 83. et des gardes nationales de Digne et de Gap, qui, par une autre marche devait faire sa jonction avec le général Gardanne, sur les rives de l'Isère.

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Le Prince se réserva le poste des fatigues et des périls, c'est-à-dire le centre, comme chargé des principales opérations. Il avait sous ses ordres immédiats,les généraux Monnier, d'Escars, de DamasCrux, Daultanne, avec environ 2000 volontaires, le 10. régiment de ligne, commandé par le comte Louis d'Ambrugeac, 200 chasseurs du 14.e, le 1.er régiment étranger, quelques gardes d'honneur, quelques gendarmes, quelques canonniers ; ce qui lui composait un corps d'armée de 4 à 5000 hommes, avec 10 bouches à feu et autant de caissons.

Il porta le 28 mars son quartier-général au pont St-Esprit. Il marcha ensuite sur Montelimart,

qu'il

fit

fit occuper le 29 par son avant-garde. Il y arriva lui-même peu après, mais n'y resta que deux ou trois heures, et fit ce jour-là 20 lieues à cheval.

Le comte d'Escars, qui commandait ce premier corps, fut reçu froidement, parce qu'il y avait été précédé par la calomnie. Les agens de la faction avaient fait annoncer sur toutes les routes, que l'armée du midi ne venait que pour piller et saccager. Mais la bonne discipline des troupes eut bientôt fait tomber ces bruits injurieux, et le Prince fut par-tout reçu avec acclamations.

Le lendemain, le général Debelle fit sommer la ville de Montelimart de se rendre à Buonaparte. Il n'avait avec lui que des gardes nationaux. Le comte d'Escars, pour lui répondre, sortit avec environ 1200 volontaires, 50 chasseurs du 14. et deux pièces de canon. Les 50 chasseurs passèrent à l'ennemi, qui ne fut pas moins battu et repoussé avec perte. Cependant les journaux du temps eurent soin de publier un avis télégraphique daté de Lyon, contenant que les insurgés du midi avaient été dispersés en un instant, et que le duc d'Angoulême s'était sauvé (1). Dans le temps même où les factieux publiaient ces mensonges, le Prince faisait distribuer des décorations aux volontaires qui s'étaient le plus distingués.

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Une affaire plus vive et plus brillante l'attendait vers Loriol. Le général Debelle, qui y avait rassemblé toutes ses forces, occupait un pont sur la Drôme, défendu par le 39. de ligne. et d'autres corps, et par une artillerie nombreuse. Le Prince ayant reconnu les positions, se mit à la tête de sa petite armée, et fondit l'épée à la main sur les rebelles. Quinze hommes du 10. passèrent encore à l'ennemi en criant vive l'Empereur! Mais le reste se montra aussi fidèle qu'intrépide; le combat fut opiniâtre ; des deux côtés c'étaient des Français, et le Prince était dans la mêlée; mais rien ne put résister à l'armée royale; toutes les positions furent enlevées. La déroute des rebelles fut complète. Une balle, au fort du combat, effleura la tête du Prince: celui-là, dit-il en souriant à un officier qui était à ses côtés, n'avait pas mal ajusté, et il continua de charger. Il demeura maître de l'artillerie et des bagages. Plus de 800 prisonniers tombèrent en son pouvoir. La plupart était dans la plus grande détresse; il fit distribuer à tous de l'argent et des secours un jour ils reconnaîtront, disait-il, leur erreur. C'est ainsi que Henri IV nourrissait Paris armé contre lui.

Le 10. se couvrit de gloire dans cette journée. Le Prince sur-tout fit l'admiration de ses ennemis. un moment de plus, disait un officier, et nous criions VIVE LE ROI!

On connaît Buonaparte et ses soldats: s'ils suc

e

combent, ils sont trahis, jamais vaincus. Ils osèrent calomnier le 10., en supposant (1) qu'un de ses bataillons, pour surprendre le général Debelle, passa le pont de la Drôme sous le drapeau tricolore; que les soldats du 39. s'avancèrent avec confiance pour recevoir et embrasser leurs cama-rades; mais que tout-à-coup, par la plus noire trahison, le 10. reprit le drapeau blanc, fit une brusque décharge, et tua quelques hommes du 39.

Le maréchal Suchet, nommé peu après commandant en chef de l'armée, prit soin lui-même de laver et venger cette injure. Après avoir interrogé et fait interroger un grand nombre de témoins choisis dans les deux régimens, il reconnut et il proclama dans un ordre du jour publié à Lyon, le 18 avril, que le 10.o n'avait point trahi la confiance du 39.o, ni terni la gloire qu'il avait acquise (2).

Entre Valence et Livron, le Prince rencontra ce qui avait pu être rallié du corps battu à l'affaire de Loriol. Ces débris avaient encore été renforcés de quelques détachemens de troupes de ligne et de volontaires tirés de Valence.

Le Prince, pour éviter une nouvelle effusion de sang, les fit sommer de mettre bas les armes. Pour toute réponse ses parlementaires furent retenus: il fallut se résoudre à un nouveau combat. Mais il

(1) Moniteur du 7 avril ; journal de Paris du 8. (2) Journal de Lyon, du 20 avril 1815.

ne fut pas long. En moins de dix minutes, les rebelles, déjà intimidés par les revers précédens, furent enfoncés et se dispersèrent.

Le 3 avril, à 7 heures du matin, Valence ouvrit ses portes. Le maire et le corps municipal, entourés d'un grand nombre de citoyens, vinrent recevoir le Prince hors du faubourg Saulnier. L'armée royale, après avoir défilé, bivouaqua hors de la ville. Les chefs seuls logèrent à l'intérieur, avec une compagnie de grenadiers du 10., qui occupa les différens postes.

Le Prince, après avoir pris possession de la ville, remontant aussitôt à cheval, dirigea 12 à 1500 hommes sur la route de Romans, qui fut occupé sans résistance. Des reconnaissances furent ensuite poussées de Romans jusques aux Fauries, deux lieues au-delà sur la route de Grenoble ; d'autres se portèrent sur la route de Lyon, d'autres à Tournon.

Le Prince rentra le soir à Valence, où il séjourna deux jours pour y recueillir les troupes demeurées en arrière et les volontaires qu'il attendait de divers points. Il en arrivait de tous côtés. Lyon même, quoique au pouvoir des factieux, quoique séparé de Valence par leur armée, vit plusieurs de ses habitans se diriger par des chemins détournés, vers l'armée royale. Tous n'y parvinrent pas. Parmi ceux qui y réussirent, je regrette de ne pouvoir

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