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tillerie de campagne, ses caisses militaires, ses chevaux et les propriétés des régimens sans aucune exception.

Il fut convenu que le service intérieur de Lyon et des autres villes continuerait d'ètre fait par la garde nationale, de concert avec les troupes alliées.

Il fut particulièrement arrêté que « les propriétés, monumens et établissemens publics, » soit qu'ils appartinssent au gouvernement, soit qu'ils dépendissent de l'autorité municipale, » seraient respectés. » La même disposition. fut appliquée aux personnes et aux propriétés particulières.

»

Telles furent les principales conditions de la capitulation.

Il n'en fut jamais de plus honorable, et surtout de plus nécessaire : l'armée pourtant, dans son aveugle opiniàtreté, et toute réduite qu'elle était à lutter avec moins de 10,000 hommes, contre une force de plus de 60,000, dont elle était presque enveloppée, ne laissa pas de murmurer. Ce fut bien pis dans la ville: les chefs de la faction et leurs satellites, apercevant le terme de leur cruelle domination et la fin des troubles, se montrèrent encore plus irrités. Tremblant et menaçant tout à la fois ils imitèrent, ils surpassèrent les excès et les désordres auxquels s'étaient portés leurs complices de Paris, dans

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de semblables circonstances, le 5 juillet. Quelle était leur véritable intention? on l'ignore. Avaientils un plan déterminé ? on l'ignore aussi : ce qu'il y avait de certain, c'est qu'ils étaient au désespoir; ce que chacun craignait, c'est qu'ils ne se portassent aux dernières extrémités.

La ville était dans cette sinistre attente, lorsque le lendemain de la capitulation, deux officiers autrichiens furent envoyés à Lyon, en qualité de commissaires, pour veiller, d'après l'article 21 du traité, à l'exécution de la convention. Leur chef était le baron de Welden, colonel de l'étatmajor autrichien. Ils se rendaient auprès du gouverneur de la ville.

Au moment où ils parurent à l'entrée de la place Bellecour, l'animosité de la faction contre les alliés qui venaient la détrôner, se dirigea contre ces militaires on ne respecta ni le droit de la guerre, ni le droit des gens. Les clameurs, les outrages, les menaces furent portées au comble. Ce ne fut pas sans peine qu'au travers de ces hordes effrénées, et avec le secours d'un officier français, M. de Fonthieure, capitaine des gardes nationales de la Loire, ils parvinrent jusqu'à l'hôtel du gouvernement. Là, s'accrut encore la sédition.

L'hôtel du Gouverneur fut cerné et bloqué par la populace, et sur-tout par un grand nombre de militaires revenus de l'armée du maréchal Suchet.

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La garde de l'hôtel, la gendarmerie qui y avait été appelée, le gouverneur lui-même, étaient menacés, et des officiers français furent obligés de se déguiser en bourgeois pour se soustraire à la rage de ces forcenés. En ce moment survinrent, avec plusieurs détachemens de la garde nationale de Lyon, plusieurs officiers, et particulièrement MM. Flacheron, lieutenant-colonel, et Chèze, capitaine, qui, après avoir fait d'inutiles efforts pour calmer l'émeute, percèrent la foule et s'élancèrent à l'intérieur de l'hôtel, résolus de faire de leurs corps un rempart aux commissaires autrichiens. L'agitation étant toujours extrême, et la garde nationale ayant peine à la contenir, on travestit les Autrichiens en officiers de garde nationale; M. Chèze leur céda son propre uniforme monta en voiture avec eux, traversa l'attroupement, et donna asile chez lui aux commissaires, épargnant peut-être à la ville le spectacle d'un affreux attentat, et les représailles terribles qui pouvaient en etrę la suite (1).

Ce crime n'ayant pu être consommé, les séditieux tournèrent leur fureur contre des objets inanimés, en pillant et saccageant une maison voisine.

Cette maison, soit hasard, soit préméditation,

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(1) Déclaration du comte de Bubna, du 27 octobre 1815. Déclaration conforme du colonel de Welden.

fut celle de M. Boulard-de-Gatelier, ancien magistrat. Le prétexte qu'on y donna fut qu'au moment où les commissaires autrichiens pénétrèrent dans l'hôtel du gouvernement, ils furent salués de l'appartement de ce propriétaire, avec un air d'alégresse.

On commença par lancer des pierres : bientôt après, un assaut fut résolu. On applique une échelle deux piquets de garde nationale surviennent avec des officiers et s'opposent en vain; ils sont assaillis à coups de pierres et accablés par le nombre. Pendant cette lutte, l'un des séditieux gravit au-dessus de la porte - cochère, s'élance au-dedans et l'ouvre. La foule alors se précipite dans la maison comme un torrent. Des. militaires, plus audacieux encore, brisent les croisées du premier étage et s'y introduisent. Les portes des autres étages sont en même-temps enfoncées. Tous les meubles sont fracassés ou jetés par les fenêtres, l'argent, le linge pillés, quatre riches appartemens dévastés.

Les arts eurent particulièrement à déplorer dans cette circonstance, un grand nombre de statues, de groupes, de modèles inestimables, de bustes brisés les barbares dans le cabinet de madame par de Sermézi, l'un des plus estimés parmi les cabinets d'amateurs.

Cette nouvelle scène, cependant, n'alla pas plus loin, sans qu'on puisse dire quelle secrette puis

sance y mit un terme. Mais d'autres désordres succédèrent des groupes de militaires, de canaille et d'inconnus se répandirent dans les rues, le tambour en tète, aux cris de vive l'Empereur ! à bas les Royalistes! appelant les citoyens aux armes, à la défense des redoutes, faisant retentir les airs de vociférations. La terreur était à son comble. Chacun s'enferme chez soi, tremblant que la nuit qui s'approche ne prète ses voiles à quelques sanglantes révolutions.

Vers dix heures, l'affreuse cohorte arrive à la place des Terreaux, et trouvant le poste de la garde nationale en bataille, ose l'insulter. Aussitôt il croise la baïonnette et s'avance : le commissaire Teste se trouve là, on ne sait comment : «qu'allez» vous faire, mes amis, s'écrie-t-il ? quoi ! vous ré» pandriez le sang de vos frères, de vos conci» toyens! laissez-moi leur parler» (1). A ces mots, il aborde les chefs et leur dit quelques mots à l'oreille; l'ordre aussitôt se rétablit comme par enchantement: le dieu des mers, dans la fable, ne calme pas avec plus de promptitude les tempêtes qui agitent son empire (2). On se retire, mais pour conspirer ailleurs.

A minuit, les séditieux étaient rassemblés et armés dans le quartier des Célestins, au nombre,

(1) Tableau historique, page 156. (2) Quos ego.....!

a-t-on

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