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Ferté-Gaucher et Sézanne; puis, poursuivant sa route, par une marche pénible mais savante, sur Rubay et Jouarre, et se plaçant à son tour sur les derrières de Blücher, il parut renoncer à toute espèce d'opération avec l'armée de Lyon, pour s'attacher uniquement aux corps d'armée qui se trouvaient autour de lui.

Informé de ces mouvemens inattendus, et se voyant abandonné à lui-même sans aucun espoir de secours, contre des forces imparfaitement connues alors, mais évidemment supérieures aux siennes, le maréchal Augereau fut contraint de changer, au moins momentanément, son plan de campagne. Il rallia de suite, à Lons-le-Saunier, les 1.ere et 2. divisions, donna ordre à la 3. de le rejoindre sur Bourg, à la 4. de défendre ses positions, et pour éviter de se laisser acculer aux montagnes qui séparent de la Suisse les contrées qu'il occupait, il résolut de marcher à l'ennemi par la Saône.

*

Deux partis se présentaient pour accomplir ce dessein l'un d'aller aux alliés par Tournus et Mâcon, et de forcer le passage de la Saône: opération brillante en cas de succès, mais funeste et sans ressource en cas de défaite; l'autre, de se porter sur Lyon, de s'appuyer à cette ville, pour attaquer l'ennemi en face, pendant que la 3. division ferait de Bourg à Mâcon une fausse attaque sur le flanc de l'ennemi. Ce dernier plan fut préféré.

En conséquence, le 5 mars, les deux premières divisions vinrent coucher à St-Amour sans être inquiétées. L'ennemi qui avait des postes à Louhans, Cuiseaux et dans toute la plaine, se contenta d'observer le mouvement, et d'occuper les lieux

évacués.

Les deux divisions traversèrent successivement Bourg et Meximieux; une partie de cette force entra le 8 à Lyon, le reste demeura en position à Meximieux, Montluel et Miribel. La 3. division retenue plus long-temps devant Genève, se trouva obligée de faire des marches forcées, ce qui lui fit perdre du monde. Sa tête de colonne entra à Pont-d'Ain le 10, d'où elle donna la chasse à quelques partis ennemis qui étaient venus occuper Bourg.

Cette marche avait déjà rallenti celle de l'ennemi, qui attendit la réunion de ses principales forces avant de rien entreprendre.

Le 11 mars, le Maréchal voulant devancer cette réunion par des opérations rapides, ordonna au général Musnier de se porter sur la route de Mâcon par Villefranche, avec la 1.ere division, et au général Bardet, d'aborder la ville de Mâcon par St-Laurent, avec la 3.o Le général Pannetier avec la 2.o forma une réserve destinée à se porter au secours de la 1.ere et de la 3.e, selon le besoin, et détacha un régiment avec deux pièces sur Villefranche.

Le général Musnier rencontra l'ennemi à StGeorge, deux lieues au-delà de Villefranche, il le culbuta et le poursuivit vivement jusqu'à une lieue de Mâcon. Les troupes, quoique harassées, firent des prodiges de valeur. Le 12.o de hussards prit deux pièces de canon et sabra les canonniers sur leurs pièces. L'ardeur emporta trop loin ces braves, et, sous les murs de Mâcon, l'ennemi ayant masqué un certain nombre de bouches à feu, fit de toutes ses batteries plusieurs décharges à mitraille, qui causèrent quelque perte à la division. L'avant-garde n'entra pas moins dans Mâcon pêle-mêle avec l'ennemi, mais bientôt elle fut obligée de se replier avec le reste du corps devant des forces supérieures, et de reprendre ses postes de St-George. Si le soldat se fût moins abandonné à son impétuosité, et eût laissé à ses chefs le temps de bien reconnaître la position et les forces de l'ennemi, on n'aurait pas eu à regretter d'acheter si cher un premier succès ; et malheureusement le général Bardet n'avait pu appuyer cette attaque. Contenu lui-même par les généraux Hardeck et Wicland, qui le menaçaient avec 10,000 hommes, il n'avait pu dépasser Bourg, et s'était retiré sur Meximieux, sur Montluel et Miribel, sans toutefois avoir essuyé aucune perte dans ce mouvement rétrograde.

La journée du 13 se passa en reconnaissances.
Le 14, un aide-de-camp du général Musnier,

qui avait été fait prisonnier, fut échangé. Suivant le rapport de cet officier, l'artillerie des alliés se composait de 82 bouches à feu, et le gros de leur armée avait été rejoint par une réserve de 15,000 hommes; ce qui détermina le Maréchal à donner ordre aux généraux de concentrer leurs troupes le plus qu'il serait possible, et de ne point les éparpiller. Il fit couler ou descendre tous les bateaux qui étaient sur la Saône, pour empêcher les alliés de communiquer d'une rive à l'autre. Du reste, l'ennemi était tellement rapproché, que dans la même journée il châtia la petite ville de Beaujeu, dont les habitans avaient retenu prisonnière une patrouille qui y était entrée la veille.

Ainsi tout annonçait des opérations prochaines et décisives entre tous les corps d'armées. Les mesures révolutionnaires que prenait Buonaparte, annonçaient encore davantage la catastrophe quelconque qui se préparait.

:: Instruit que l'Europe commençait à tourner quelques regards vers ces augustes victimes dont le retour au trône pouvait seul mettre un terme aux agitations des peuples, il ne connut plus de frein. Dans son exaspération, il lança des décrets qui ne tendaient rien moins qu'à soulever les peuples à la manière des hordes sauvages, à exciter une guerre d'extermination: «< Tous les citoyens » français, était-il dit dans l'un de ses décrets (1),

(1) 5 mars 1814.

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» sont

» sont non-seulement autorisés à courir aux ar » mes, mais même sont requis de le faire; de sonner le tocsin aussitôt qu'ils entendront le >canon des troupes s'approcher; de s'assembler, » d'éclairer les bois, de couper les ponts, d'in>> tercepter les communications, et de se jeter sur » les flancs et les derrières de l'ennemi. » Par d'autres décrets, les maires, les fonctionnaires publics, tous les habitans qui ne voudraient pas abjurer le nom d'homme pour servir sa à sa manière, furent déclarés traîtres à la Patrie. Il chercha des auxiliaires jusque dans les femmes, jusque dans les enfans, qu'il fit instruire par des écrivains dignes d'un tel emploi, à couper les jarrets aux chevaux, à percer de coups de poignard des soldats sans défense. Il oubliait que lui-même dans le cours de ses conquêtes, après avoir décrié la Landsturm chez les Prussiens, comme une mesure à-la-fois nouvelle, inutile et barbare, il punissait de mort les habitans qui prenaient part à la guerre, sans appartenir à l'armée. Les alliés qui ne l'oubliaient pas, menaçaient comme lui les habitans des plus terribles représailles : avertissement, au reste, dont les Français n'avaient pas besoin pour rejeter avec horreur ces conseils de désespoir, mais qui portait à la désertion tous les gardes nationaux non habillés, qui enleva au Maréchal et dut enlever à Buonaparte lui-même, une partie de leurs forces. L'ar

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