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rassiers en chargea une de six pièces qu'il enleva et emmena , ainsi qu'un corps de 400 hommes qui la soutenait , un colonel et nombre d'officiers.

Cependant, les colonnes qui avaient débouché par Limonest, se joignant à une partie de celles qui de Dardilly s'étaient portées à la Duchère , s'avançaient vers le faubourg de Vaize, où tout était en confusion. Déjà même , l'ennemi y avait jeté quelques obus et y poussait ses tirailleurs, lorsque le Maréchal, informé de ce désordre,

fit établir des batteries à la tête du faubourg , et ordonna des dispositions qui retinrent les alliés à une distance respectueuse.

La nuit mit fin à une bataille, où 14,000 combattans soutinrent l'effort de 60,000, où chaque officier , chaque soldat se défendit en héros, où l'ennemi perdit plus de 4000 des siens', et laissa 900 prisonniers.

Les deux armées bivouaquèrent à une portée de fusil l'une de l'autre, en avant du faubourg de Vaize. Leurs feux étaient presque confondus. Le Maréchal rentra, de sa personne, daris Lyon , & neuf heures et dernie du soir.

Au même insťant arrivait, mais un peu tard, par le faubourg de la Guillotière, une nouvelle colonne de la seconde division d'Espagne, forte, comme la première , d'environ 1500 hommes. Les autres devaient suivre de près.

Ces nouvelles forces devaient être de 8 à 10,000 hommes.

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CHAPITRE SEPTIÈME.

EVACUATION de Lyon. Entrée des alliés dans cette

ville. Retraite du duc de Castiglione sur Valence. Résistance du général Marchand dans le département de l'Isère. - Derniers combats dans le Bugey. - Séjour des troupes autrichiennes.

Pressé par une armée si supérieure en nombre, le maréchal se trouvait dans une position difficile : il fallait se résoudre ou à défendre Lyon dans Lyon même, ou à l'évacuer dans la nuit. Il n'y avait pas un moment à perdre pour choisir.

Des deux côtés les inconvéniens étaient grands.

Les conséquences d'une retraite n'étaient pas douteuses. L'entrée de l'ennemi dans Lyon ne pouvait manquer d'affaiblir le moral de l'armée et la défense générale de l'état , d'augmenter la confiance et la force des alliés. Il fallait d'ailleurs s'attendre que la reddition d'une cité si importante produirait un contre-coup funeste dans une vaste circonférence, et servirait de signal à la défection d'un grand nombre de départemens.

D'un autre côté, à ne considérer que militairement la résolution à prendre , il était impossible de songer à s'enfermer sans munitions et sans vivres, dans une place épuisée et toute ouverte, en présence d'une armée très-supérieure par le nombre , et d'exposer la ville au malheur inévitable d'être emportée de vive force.

Ce qui augmentait encore la perplexité du maréchal et des administrateurs municipaux, c'étaient les projets bien connus des sicaires du gouvernement. Les mêmes agens qui avaient déjà mis la ville en combustion , au mois de janvier , et qui furent déconcertés alors par la fermeté du corps municipal, ne cessèrent depuis d'en conspirer la destruction , de chercher à en faire une nouvelle Moscow. La police avait reçu de Paris et de ses propres agens, les avis les plus positifs sur cet affreux dessein , et s'était vue obligée de multiplier sans mesure le nombre de ses surveillans , d'exiger de toute la garde nationale un service extraordinaire, de faire murer les soupiraux des caves, et fermer dès la chute du jour, les portes d'allées. Le péril croissait à mesure que l'ennemi s'avançait. On savait qu'un ministre avait été jusqu'à adresser par écrit, à diverses autorités, l'ordre inhumain qu'il ne restât ni habitans 'ni habitations dans les lieux envahis : faites, disait-il, un vaste désert entre l'ennemi et vous. On savait que des mains criminelles s'apprêtaient dans l'ombre à exécuter cet ordre inhumain, dès la première attaque. On savait que les listes de proscription étaient toutes dressées , que les maisons des magistrats et des principaux citoyens étaient désignées, qu'en un mot Catilina était dans les murs.

C'est en cet état que le maréchal ayant réglé les positions de son armée , se håta de convoquer auprès de lui un conseil composé des principales autorités , mais où ne purent se trouver que le commissaire extraordinaire, le préfet, un commissaire des guerres, M. d'Albon, maire, MM. de Sainneville et de Varax, adjoints ; les autres ayant été avertis trop tard.

Après leur avoir fait connaître les forces et les positions respectives des deux armées, les secours qu'il attendait de l'armée d'Espagne, et les instructions particulières qu'il avait

gouvernement, il demanda si la ville avait intention de se défendre. Le commissaire extraordinaire demanda à son tour, ce qu'on pouvait espérer du concours des citoyens et de la garde nationale. La discussion s'engagea entre toutes les personnes présentes. M. d'Albon déclara que la ville épuisée par les fournitures de vivres qu'elle n'avait cessé de faire à l'armée , n'avait pas de subsistances pour quatre jours ; qu'il n'existait plus aucuns moyens de s'approvisionner , puisque l'ennemi, déjà maître de la Bresse et des deux rives de la Saône, ne pouvait manquer d'occuper bientôt celles du Rhône et toutes les routes. M. de Varax fit sentir que

du moment où l'ennemi s'était rendu maître de la ville et de la route de Mâcon , Lyon était

reçues du

à peu près en son pouvoir ; que toute défense était impossible, même quand les citoyens se résoudraient à se défendre de rue en rue, à faire de chaque maison une forteresse , et de leur ville une autre Saragosse. M. de Sainneville ajouta que l'Empereur lui-même avait plus d'une fois consacré en principe dans le cours de ses expéditions en Allemagne , et particulièrement au sujet des apprêts de défense faits dans les villes de Vienne et de Berlin, que les grandes cités ne doivent jamais prendre une part militaire aux événemens de la guerre; que l'occupation de la ville par l'étranger , quoique infiniment douloureuse pour des cours français, lui serait moins funeste encore qu'une attaque de vive force , dont les suites pouvaient être de faire couler le sang de ses meilleurs citoyens, d'entraîner l'incendie de ses edifices, le pillage et la dévastation des propriétés, la ruine des manufactures, sans que de si grands malheurs pussent être compensés par aucun espoir de succès ; que les Lyonnais étaient las de sacrifier leurs ressources et leur sang à un système de guerre perpétuelle qui avait déjà ruiné la ville comme le reste de la France, et qui la menaçait des plus affreuses calamités ; que le tocsin , les levées en masse, et les autres moyens indiqués par le gouvernement, étaient des mesures de

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