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PARIS.

TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES,

RUE JACOB, No 56,

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DE M. LÉON RENIER,
SECRÉTAIRE TRÉSORIER DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'UNIVERSITÉ,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE,

CORRESPONDANT DE L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DE ROME.

Tome Cinquième.

PARIS,

FIRMIN DIDOT FRÈRES, ÉDITEURS,

IMPRIMEURS-LIBRAIRES DE L'INSTITUT DE FRANCE,

NUB JACO), x° 56.

M DCCCLIII.

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MODERNE,

OU

DICTIONNAIRE ABRÉGÉ

DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES ARTS.

А

ATTAQUE DES PLACES. ( Art militaire.) contre de bien réelles qu'après s'être avancée Attaquer une place, c'est exécuter devant elle jusque sur la crète du glacis, ou jusqu'aux tous les travaux et toutes les opérations né. ouvrages qui peuvent en tenir lieu. cessaires pour s'en rendre maitre. On donne L'observation que nous allons développer aussi en particulier le nom d'attaque à l'en- résulte de l'examen réfléchi des relations de semble des travaux exécutés devant une par- quelques siéges célèbres, et des ou vrages sur tie des fortifications d'une place assiégée. l'autorité desquels parait être fondée l'opi.

On trouvera à l'article Siége le détail des tra. nion que nous combattons. vaux qui s'exécutaient dans l'attaque des Antérieurement au siége de Maëstricht, de places avant l'invention de la poudre à canon. 1673, il n'y avait point de système réglé pour

De nos jours, il y a quatre manières d'at- les attaques; leur marche et leurs formes dé. taquer une place : 1° par surprise (voyez SUR. pendaient tonjours des idées et du génie de cePRISE ), 2° par blocus (voyez BLOCUS ), 3° par lui qui les dirigeait. En général, les assiégeants canonnade ou bombardement (voyez BOMBAR- s'avançaient vers la place par des chemineDEMENT ), 4° dans les formes.

ments étranglés que ne pouvaient soutenir efAttaque dans les formes. L'attaque dans ficacement les redoutes et forlins que l'on éleles formes est celle où l'assiégeant commence vait assez loin des ouvrages attaqués. « On ses travaux à partir du point où le feu des as- allait, dit Louis XIV dans ses Mémoires , par siégés ne peut l'inquiéter; il les pousse en- des boyaux si étroits , qu'il était impossible suite peu à peu , jusqu'à ce qu'il soit arrivé à de tenir dedans à la moindre sortie. » Les asla dernière enceinte de la place.

siégés pouvaient toujours se porter en forces La durée des attaques varie suivant la na- supérieures, même au delà des glacis, sur ture et la disposition des fortifications, et sui- des cheminements qui n'étaient point capavant le terrain sur lequel elles sont assises. bles de contenir des réserves, ni d'incommo

Les attaques s'exécutent au moyen de tra- der les sorties pendant qu'elles s'avançaient vaux de différentes espèces , dont les princi- ou qu'elles se retiraient. Dans ce temps, les paux sont : les cheminements ou tranchées, gouverneurs de places, babitués à se défendre les paralleles ou places d'armes , les demi- en attaquant, et presque certains de voir leurs places d'armes, les batteries, les cavaliers efforts couronnés de succès, n'étaient nulde tranchée, les logements, les descentes de lement découragés par le progrès des attafosses , les passages de fossés, enfin les mi- ques; c'était souvent dans les fossés et sur les nes. La sape est presque toujours employée brèches que se livraient les plus furieux com. pour la confection de ces travaux.

bats. Les assiégeants n'arrivaient ordinaireAvant d'entrer dans le détail de la marche ment au terme de leurs travaux qu'après un des attaques, il est nécessaire , pour faire bien très-long espace de temps, et après des sacrientendre la division que nous croyons devoir tices de toute espèce. Les meilleures preuves adopler, de détruire une opinion généralement qu'on en puisse donner sont les siéges de Metz, admise, savoir, que l'attaque commence à en 1552; de Sienne, en 1555; d'Ostende , en éprouver des difficultés véritables à partir de 1603; de la Rochelle, en 1627; de Saintla troisième parallele , tandis qu'elle n'en ren. Jean-de-Losne, en 1636; de Saint-Omer, en ENCYCL. MOD. T. V.

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1638 ; de Lérida, en 1647, etc. En un mot, lui faire traverser rapidement un terrain sur dans ces temps, les places se défendaient lequel les assiégés avaient autrefois l'habipresque toujours aussi longtemps que leurs tude de livrer des combats avantageux, a gouverneurs avaient des munitions et des bras

presque toujours effrayé les commandants pour combattre : aussi nos maitres en l'art de des places assiégées. Ils imaginaient probala guerre recommandaient de mettre dans les blement que l'assiégeant, arrivé sur le che. places des garnisons suffisantes et des vivres miu couvert, devait continuer à marcher aussi pour un an ou huit mois au moins. ( Voyez rapidement que sur les glacis, et qu'on pou. Deville, page 392; Montécuculli, pages 120, vait fixer l'instant de la capitulation , en com160, et autres. )

parant l'espace que les cheminements avaient La conséquence de ce qui vient d'être dit et

encore à franchir avec celui qu'ils avaient des exemples cités, c'est qu'avant l'emploi parcouru. C'est la seule manière d'expliquer des parallèles dans l'attaque des places , le peu de durée des siéges soutenus depuis la l'art de les défendre, supérieur à celui de fin du dix-septième siècle. les attaquer, était fondé sur l'usage des La supériorité que la méthode de Vauban sorties comme moyen principal; l'artil- a fait prendre subitement à l'attaque résultait lerie et tout ce que l'industrie produisait donc évidemment de ce que cette méthode étaient des moyens bien importants sans donna les moyens d'amener rapidement doute, mais cependant accessoires. l'assiégeant sur la créte du chemin couvert,

L'art des attaques ne fit des pas vers la per: d'annuler pendant ce temps les sorties qui fection que lorsqu'il employa des moyens de faisaient le principal moyen de défense, et gêner les sorties, et de les annuler, du moins de produire de l'effroi dans l'esprit des as. pendant une partie du siége.

siégés. Quelques belles défenses ont fait voir que Sous Candie, en 1667, les Turcs , en exé. cet effet moral n'était pas toujours produit, et cutant des espèces de parallèles, commencé. qu'il n'est pas raisonnable d'y compter comme rent à accélérer la marche des attaques. Aussi, sur un moyen d'attaque positif; par conséMontécuculli, changeant de langage lorsqu'il quent, il était indispensable de chercher quels s'agit de la défense des places contre les Turcs sont les moyens de défense que l'attaque peut (pages 309 et 311), recommande de ne mettre avoir à redouter, et à partir de quel moment « dans ces places des vivres que pour six mois ils peuvent être mis en jeu. C'est précisément et de ne pas faire des sorties contre le Turc, ce qu'a fait Vauban ( Attaque des places, extrêmement fort dans ses approches, qui se chap. ix ); il distingue deux espèces de sorties : soutiennent les unes les autres. »

sorties extérieures et sorties intérieures. Les Enfin en 1673, Vauban développa sous premières sont celles qui se font au delà de Maëstricht ces parallèles qui éclairent le ter- la crête du chemin couvert, et les secondes, rain de cheminements jusqu'à la crête du celles qui se font en deçà. Les moyens de réglacis, et rendent toute sortie impossible au sister ne doivent pas être les mêmes contre delà des chemins couverts. C'est de cette épo- ces deux espèces de sorties. Vauban explique que que date la méthode suivie encore aujour- comment, au moyen des parallèles, toute sortie d'hui dans les attaques ; elle leur donna une extérieure ne peut avoir aucun succès; mais si grande supériorité sur ce qu'elles avaient les moyens qu'il indique pour résister aux sors été jusqu'alors, que, sans examiner si la dé. ties intérieures sont si faibles et si peu impofense avait perdu autant que l'attaque avait sants, qu'on est forcé d'admettre que, si la gagné, il fut admis généralement que l'attaque méthode de Vauban donne les moyens d'an! était devenue bien supérieure à la défense; nuter les sorties extérieures, elle n'en fournit cette supériorité est encore regardée vulgaire- pas d'aussi efficaces contre les sorties intément comme incontestable. La méthode d'at. rieures. taquer reçue consiste à faire marcher les che. Il s'ensuit que dans une attaque bien con minements avec peu de monde, mais toujours duite, les assiégeants ont encore à redouter bien soutenus, à ne s'avancer que pied à l'effet des sorties, mais seulement lorsqu'ils pied, à cerner et envelopper toutes les dé- sont au delà de la créte du chemin couvert. fenses par des lignes bien liées les unes On est amené à une conséquence toute sem. aux autres, et qui forment une espèce de blable, en réfléchissant sur les belles défenses grand réseau; il est certain que l'assiégé ne de Maëstricht, en 1676; de Lille, en 1708; peut se montrer sur ce terrain sans courir à de Burgos, en 1812 ; et l'on y arrive encore sa perte , car il doit être reçu de tous côtés, en exarninant simplement la forme qu'affecte et combattu par des forces supérieures, et la fortification qui se compose de chemins cou. ne peut arriver ou se retirer qu'en essuyant verts, de fossés, etc. En effet, à l'aspect d'un des feux convergents très-meurtriers.

front, il tombe sous le sens que l'attaque ne Cette manière d'amener l'assiégeant avec peut plus marcher suivant l'esprit de la mécertitude jusque sur la crête des glacis , et de thode de Vauban, dès qu'elle a dépassé la

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