Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

“ l'impunité, déjà même on a rédigé le rapport de cette “ aventure, afin de la mettre dans les journaux. Il est

conçu de manière à faire penser que l'on serait venu chez vous vous réclamer de l'argent et vous proposer un défi

que vous auriez refusé, mais que, forcé par les hommes “ d'honneur auxquels vous aviez affaire, vous avez été con“ traint de l'accepter; et comme l'on a supposé que vous “ blesseriez quelqu'un en vous défendant, on a de même “supposé que c'est en duel que vous auriez blessé le

premier, le second, tous ceux qui le seraient; mais qu'en“ fin vous auriez votre tour.

“ Je ne puis vous en dire davantage sans m'exposer moi“ même; mais pour rien, ne restez chez vous, parce que "je ne pourrais pas venir deux fois vous donner un pareil 6 avis.”

Cet honnête homme me quitta, et, comme l'on pense bien, j'envoyai au ministre de la police une copie de sa déclaration, lui indiquant les noms qu'il m'avait cités. Ils étaient aisés à trouver, puisque ce.... était chevalier de Saint-Louis, et garde de la porte de la maison du roi. Je fis donner communication de son projet à son capitaine, M. de Mortemart, et je n'en entendis plus parler.

Malgré cette précaution, je jugeai prudent de rentrer à Paris, et d'y passer quelques jours pour faire abandonner le projet de venir m'assassiner à ma campagne.

C'est pendant ce petit séjour que je fis dans la capitale que je vis ce qui se préparait. Je n'en connus cependant les ramifications qu'après le retour de l'ile d'Elbe. Je vais les consigner ici.

CHAPITRE XIX.

L'enlèvement de l'empereur est décidé. - A quoi servait M. Dalberg.

Metternich se met en rapport avec Fouché. Questions posées par le diplomate.--Menées de Fouché.--Il est obligé de s'adjoindre des collaborateurs.--Ceux-ci le jouent.--Maladresse de la cour.--Anecdotes diverses. J'envoie un émissaire à l'ile d'Elbe.-M. André. -Ma conversation avec ce ministre.

M. de Talleyrand, apprenant d'un côté ce qui se passait à Paris, et se croyant sûr de l'enlèvement de l'empereur de l'île d'Elbe, ne songea plus qu'à hâter cette dernière opération, dont s'était chargé, disait-on alors, l'amiral anglais Sir Sidney-Smith, auquel on devait donner pour mission apparente le commandement d'une expédition contre les puissances barbaresques dans la Méditerranée.

Je n'appris cette circonstance que par tout ce qui se disait publiquement à Paris, où une foule de lettres qu'on recevait de Londres donnaient des détails sur le congrès, vers lequel tous les regards étaient tournés. Les feuilles publiques anglaises disaient même que l'on devait conduire l'empereur à Sainte-Hélène, et celles d'Allemagne l'avaient répété. L'empereur les recevait à l'île d'Elbe.

On ne faisait guère de doute que cette opération n'eût lieu. Comment d'ailleurs ne l'aurait-on pas cru d'après les détails suivans, qui m'ont été confirmés par M. Fouché luimême au mois de mai 1815 ?

Il faut rappeler que M. de Talleyrand avait près de lui le duc Dalberg. Celui-ci avait épousé la fille de madame de Brignole, qui avait suivi l'impératrice Marie-Louise à Vienne. M. de Talleyrand avait ainsi un moyen naturel de

TOME IV.-lère Partie,

14

négocier sa position avec la régente, après avoir mis sur le compte de l'instruction du roi de France l'enlèvement de l'empereur pour Sainte-Hélène, quoique cela le servit lui-même pour le moins autant que cela pouvait être utile aux intérêts du roi.

Pendant qu'il négociait ce point officiellement, il se servait du duc Dalberg pour faire répandre autour des ministres étrangers que l'on serait prochainement obligé, en France, de se détacher de la maison de Bourbon, qui ne pouvait rallier à elle aucun des partis de la nation. Il faisait insinuer qu'il était sage de prévoir ce cas-là, et d'être prêt à substituer un ordre de choses quelconque à celui qui existait, si l'on ne voulait

pas voir de nouveau le pays tout en feu. En présentant cela comme une prévoyance, on était bien assuré de se faire écouter, et, qui mieux est, d'exciter assez d'attention pour que l'on cherchât à pénétrer la vérité d'une semblable assertion, qui ne pouvait manquer d'être justifiée par tout ce que la correspondance de Paris apprenait.

Fouché m'a dit que le duc Dalberg lui avait écrit à cette époque, pour lui demander quelques renseignemens de ce genre, afin sans doute d'en faire son profit à Vienne; mais comme il connaissait le correspondant auquel il avait à faire, il lui répondit qu'il ne voulait se mêler de rien avant d'avoir une lettre du ministre autrichien. Il ajoutait que c'était alors que (sur les instances de M. Dalberg sans doute) M. de Metternich, probablement dans l'intention de juger du degré de confiance que l'on devait accorder au langage que ce diplomate en sous-ordre tenait à Vienne, lui écrivit, et qu'il lui avait répondu.

Il ajouta que cette première lettre de M. de Metternich avait été suivie de quatre autres. Ainsi assuré des intentions de l'Autriche, il se mit à l'oeuvre; mais jusque-là il avait rejeté (il le prétendait du moins) toutes les sollicitations qui lui avaient été faites. We are ove

[graphic]

en

[ocr errors]

• Je garde, ajoutait-il, toutes ces lettres de Metternich, pour m'en servir en temps et lieu. J'en ai cinq, et il doit

avoir autant de moi. Il m'en a écrit une pour avoir mon opinion sur une question qu'il avait posée en trois points, qui étaient ceux-ci : “ Si l'empereur reparaissait en France, qu'arriverait-il ?

“ Si le roi de Rome était présenté à la frontière et appuyé “ d'un corps de troupes autrichiennes, qu'arriverait-il ?

“ Et enfin, si rien de tout cela n'avait lieu, et que le mouve“ ment qui viendrait de la population fat national, quelle “ direction prendrait-il ?

M. Fouché me disait lui avoir répondu à chaque question de la manière suivante :

“ Si l'empereur reparaissait à la frontière, tout dépendrait “ du premier régiment que l'on enverrait contre lui: s'il

passait de son côté, toute l'armée suivrait son exemple.

6 Si le roi de Rome paraissait à la frontière avec un corps “ autrichien pour le protéger, dans un moment, tout le “ monde serait pour lui.

“ Si aucun de ces deux cas ne se présentait, et que le " mouvement révolutionnaire vînt de l'intérieur, il se ferait

en faveur du duc d'Orléans.”

C'est à la suite de ces communications qu'il se mit à travailler.

La maladie de Fouché et Dalberg est de croire qu'ils persuadent. Ils ne veulent pas s'apercevoir qu'on les devine, et que, dans ce cas-ci surtout, on voyait qu'ils ne songeaient à un autre bouleversement que parce que leurs espérances personnelles avaient été déçues par les principes qu'avaient adoptés les princes de la maison P. Darbon. Ils ne voulaient que les prer

laces

importait l'hon

rs neur national autre calcul :

Dal

[graphic]

berg eussent les premières ou les dernières places, mais ils tenaient beaucoup à profiter des trames qu'ils pouvaient ourdir.

Je ne sais si on les jouait dans ce cas-ci : je ne suis autorisé ni à en douter, ni à le croire, mais je suis certain qu'on les connaissait trop bien l'un et l'autre pour être leurs dupes. Ils ne le croyaient pas, car le propre de la vanité est de s'abuser.

Quoi qu'il en soit, M. Fouché ne pouvait manquer d'observer qu'à Paris la maison de Bourbon perdait tous les jours, et qu'une révolution était d'autant plus probable, qu'elle était plus facile ; il avait eu des communications avec Vienne, et ne songea qu'à profiter d'un nouveau désordre pour se faire personnellement une meilleure position.

En conséquence, il commença à faire pratiquer de jeunes généraux parmi ceux qui avaient été conservés en activité de service et qui commandaient des troupes. Il eut soin de choisir les plus susceptibles d'exaltation, de leur peindre les malheurs dont le pays était accablé, et de leur faire observer que de braves gens comme eux ne seraient jamais considérés par un gouvernement qui ne s'entourait que de vieille noblesse; qu'enfin ils devaient s'attendre, avant peu à être renvoyés.

M. Fouché n'était pas assez connu de ceux à qui il tenait ce langage pour qu'ils jugeassent de ses projets. Ils ne les envisagèrent que d'un côté et fort légèrement; ils reçurent les directions qu'il voulut leur donner.

Ce fut dans ce temps-là qu'eut lieu à Paris l'affaire du général Excelmann. Cet officier était employé dans la première division militaire ; le ministre, après l'avoir fait mettre à la demi-solde à cause d'une leitre qu'il avait écrite au roi de Naples dont il avait été l'aide-de-camp, voulut le contraindre à quitter Paris. Excelmann refusa de se soumettre à la décision, et invoqua les dispositions de la Charte constitu

« PreviousContinue »