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plaudir à toutes les opérations du ministère du Roi, ni à tous les actes du Roi lui-même. J'ai usé librement du droit que je tiens d'une naissance libre et que la loi me garantit; mais je n'en ai usé qu'en en modifiant l'exercice

par celui du devoir que je tiens de ma conscience et de l'éducation. J'ajoute qu'aucun motif personnel, que nul prétexte intéressé n'ont pu m'abuser. Je n'ai pas

l'honneur d'approcher de Sa Majesté, et ne connais aucun de ses ministres, je n'ai eu avec Napoléon que deux relations courtes et indirectes, dans lesquelles je me suis exprimé sans ménagement; (ces relations d'un quart-d'heure sont relatées dans cet ouvrage). Je n'en ai jamais eu avec aucun de ses serviteurs; et au fond de la solitude que j'habite, depuis de longues années, inconnu de tous les hommes puissans, étranger à toutes les factions, sans fortune, sans places, sans crédit, et seul enfin, si, ce que j'imagine un peu de talent m'invite à écrire, ce ne doit, ce ne peut être qu'en faveur de la vérité. Cette sévère déesse ne donne ni

pensions, ni cordons; mais, en la servant, on est en paix avec soi-même.

Cette explication sur le fonds même de l'ouvrage, n'est peut-être pas inutile dans un temps où les meilleures intentions ne. préservent pas toujours du stylet de la ca

lomnie, ou du moins des vapeurs empestées de la prévention.

Quant à la forme, je l'abandonne à la critique; heureux si elle daigne éclairer mes faux pas

du flambeau d'une censure obligeante et raisonnée. Nul auteur, plus que moi, n'a besoin de sa lumière, puisque, pensant sans artifice, j'écris sans art, et que mes talens sont dans ma sincérité. Au surplus, le tissu d'un ouvrage doit se juger dans l'ensemble de ses parties et non sur échantillon, comme il faut apprécier les intentions de l'auteur par la connexion des principes qu'il professe. En isolant une maxime en soulignant une phrase, 'la malveillance ou la satyre, auraient trop de facilité

pour dénoncer à l'autorité une doctrine saine, ou pour livrer le talent à la dérision des sifflets.

Un mot encore sur l'ordre des faits et la chronologie des dates. Que quelques-uns soient altérés , que quelques autres aient été omises ou interverties, c'est ce qui n'est pas impossible. De telles erreurs sont aussi promptes à commettre, qu'aisées à réparer. J'accueillerai avidement toutes les remarques à cet égard, et j'en profiterai avec reconnaissance.

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DE

L'HISTOIRE DE FRANCE.

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INTRODUCTION.

Il faudrait un dieu

pour

donner des lois aux hommes et des anges pour les gouverner. Pour écrire leur histoire, qui n'est que

le registre de leurs passions, il faudrait, qu'après en avoir, ressenti les mouvemens, sans en partager

les écarts, on les pénétrât avec la sagacité des anges, on les jugeât avec l'impassibilité d'un dieu. Et si cette justesse dans l'examen et cette justice dans la décision sont demandées à l'annaliste des tems ordinaires, combien ne sont-elles pas plus indispensables à l'historien de leurs révolutions ! Quel spectacle en effet a-t-il sous les yeux ? toutes les passions, qu'assoupissait un calme habituel, déchaînées par l'esprit novateur, et luttant entre elles, comme les vents opposés de deux tempêtes ennemies. Au sein

de ce conflit, dont son wil doit démêler la cause et son expérience assigner les résultats, est-ce assez que l'écrivain calcule sans erreur et balance sans prévention les sommes mutuellement contraires des attaques et des résistances ? Suffit-il que , sans prononcer sur leur légitimité, il expose leur valeur et conduise à leur appréciation définitive les lecteurs auxquels il fait un rapport impartial? Non; ce mérite, déjà si rare, et qui seul devrait justifier un succès, ne s'obtiendrait pourtant point, sans la sage disposition des lecteurs : c'est la rectitude de leur esprit, c'est la modération de leur coeur qui le détermine.

Jamais historien ne dut, plus que moi, invoquer ces dispositions heureuses. J'entreprends de tracer, sous l'æil même de ceux qui en furent les auteurs ou les objets , un événement dont les âges écoulés n'offrent point de modèles, et qui, dans les siècles futurs, n'aura point d'imitateurs. Un grand monarque jouissait, dans le sein d'une paix profonde, de l'autorité consentie par un grand peuple et justifiée par le retour de sa félicité : tout à coup cette paix est troublée, ce peuple est remué, on attaque de monarque, on le force à fuir, et tout espoir de bonheur semble fuir avec lui. Toutes les affections domestiques s'altèrent, toute moralité dans la politique paraît se pervertir. Qui soulève cet orage? un

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nom à jamais illustre, selon les uns, toujours horrible, selon les autres, éternellement fameux, selon tous. A ce nom, que les tempêtes de la Méditerranée envoyent aux échos du Nord, la France s'étonne, l'armée tressaille, l'Europe s’inquiète. Celui qui le porte s'avance à travers les multitudes tantôt bruyantes, tantôt silencieuses; parmi des bayonnettes, tantôt dressées pour le défendre, tantôt acérées contre son coeur. D'une main accoutumée à fonder des trônes, à ébranler des empires, il ressaisit un pouvoir, qu'il appelle des droits; et la nation qui le contemple, et l'armée qui le seconde, lui demandent de justifier ses prétentions par leur bonheur. Des cris de guerre sont sa réponse. Déjà les discordes civiles déchirent et arment le Midi; bientôt, comme un chancre rongeur, elles infectent l'Ouest de leur affreuse contagion. Le Nord s'enflamme, et sur ses frontières turbulentes se développent des armées formidables. Les unes, ralliées au nom de la liberté, sous un étendard vingt ans couronné par la victoire, ont juré que la France serait libre, parce qu'elles vaincraient encore; les autres ont dit que la gloire de la France consacrait ses malheurs, et que, pour

la rendre heureuse, il fallait l'asservir. Les unes ont adoré comme un héros l'homme

que

les autres détestaient comme un brigand; et c'est

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