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Préface.

Nous avons le regret d'annoncer la perte douloureuse que le Recueil vient d'éprouver par la mort de son rédacteur Jules Hopf, décédé le 12 juillet 1886.

Malgré une maladie languissante et un état de souffrance, supporté avec une grande résignation, il n'a pas cessé à vouer, jusqu'au dernier moment, tous ses soins aux travaux de ce Recueil, qui devenaient ainsi la consolation de ses jours sombres comme ils faisaient antrefois la joie de l'homme vaillant et plein d'ardeur.

Né le 20 octobre 1839, M. Hopf suivit les cours de droit et d'histoire aux universités de Goettingue et de Berlin. Reçu docteur en droit il eut soin d'accomplir ses études par des voyages prolongés en France et en Angleterre. C'est de là qu'il a rapporté cet esprit d'internationalisme qu'il a toujours conservé et qui présidait à tous ses travaux scientifiques *). De retour dans son pays, il a été successivement juge, avocat, haut fonctionnaire de la plus grande Société d'assurance de l'Allemagne à Gotha. Par une chance heureuse qui n'est accordée qu'à peu de savants, les devoirs de ses

*) Nous signalons comme les plus remarquables de ses travaux :

Die Rechtsschulen in Frankreich. Erlangen 1862.
Die Genossenschaften der Anwälte in England. Erlangen 1863.
Ernst Wilhelm Arnoldi und seine Schöpfung die Feuerversicherungs-

bank für Deutschland. Gotba 1878.
Aufgaben der Gesetzgebung im Gebiete der Feuerversicherung. Berlin 1880.
Die Wegnahme der » Freiin britischem Gewässer. Aus der Neutrali-

tätspraxis des deutsch-französischen Krieges. Gotha 1871 etc.

fonctions ne pouvaient jamais le détourner des études scientifiques qu'il s'était réservées et qu'il a cultivées avec une infatigable activité et une sorte d'amour. Patriote zêlé, il prit une part importante à la vie politique et ecclésiastique de son pays natal; pendant deux années, il était membre très actif du Reichstag de l'Empire. Sa parole facile et mesurée captivait l'attention, et la clarté lumineuse de son esprit savait mettre tous les sujets abordés à la portée de ses auditeurs.

Ici nous n'avons qu'à rappeler spécialement et d'un souvenir affectueux les grands services que M. Hopf, chargé de la rédaction depuis plus de douze ans, a rendu à notre Recueil. Il y obtint de remarquables succès par le dévouement à ses fonctions et le zele de la science, qui le remplissait. Appuyé par le soutien précieux de son collaborateur M. Charles Samwer, il parvenait à élargir sensiblement le cadre de notre publication de sorte que depuis 1876, le Recueil pouvait donner aux lecteurs à peu près le double de la matière qu'auparavant. Pendant toutes ces années, M. Hopf prit grand soin de maintenir rigoureusement le caractère essentiellement international, imprimé à notre ouvrage par son célèbre fondateur, en publiant les textes originaux accompagnés de précis renvois à la source officielle où ils ont été puisés.

La nouvelle direction, en se chargeant de la continuation du Recueil, s'imposera comme premier devoir de ne pas s'éloigner de ces principes qui ont été si magistralement utilisés au profit du caractère d'authenticité de notre Recueil. Or, nous ne croyons pas manquer au sentiment de piété en déclarant que nous ne voyons point les limites de notre tâche dans l'observation scrupuleuse de ces principes.

Tout en reconnaissant les grands mérites de nos prédécesseurs, nous ne pouvons nous dissimuler que, depuis quelques années, un éloignement sensible ne se produisît entre le Recueil et la science systématique. Celle-ci venait de changer de direction à plusieurs points, sans que le Recueil mît tout l'empressement nécessaire pour frayer la route à cette science dont le service le plus attentif

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devrait être toujours son premier but à poursuivre. C'est surtout en vue de ces points-là que nous nous proposons d'appliquer quelques retouches au plan de nos prédécesseurs, mis à l'épreuve d'ailleurs avec succès pendant presqu'un siècle. Un thesaurus juris gentium plus ou moins complet sera toujours exposé à l'objection de manquer du système, de l'ordre supérieur qui convient indispensablement à un Précis de droit.

Malgré tous les efforts que nous ferons pour parer à ce reproche, nous n'oublierons jamais que le Recueil, par sa raison d’être, ne peut avoir qu'une ambition: de réunir le plus exactement les faits internationaux qui rentrent dans le cadre du droit et de l'histoire.

En tant que ces faits eux-mêmes ne se produisent pas dans un ordre systématique, le Recueil n'en a non plus à suivre. D'après notre intention nous livrons le matériel aussi exactement et aussi promptement que possible, en attendant que la science systématique en use de sa façon supérieure.

Dans cette manière de voir et pour accomplir dans la mesure de nos forces la tâche qui nous est imposée, le Recueil s'associe complètement à l'opinion énoncée par un savant éminent *): qu'un recueil des traités internationaux, s'il veut repondre aux besoins de la pratique et aux exigences de la théorie, ne pourra éviter de donner aussi les lois et ordonnances, qui se rattachent aux traités, soit qu'ils en forment la base constitutionnelle, soit qu'ils en garantissent ou spécialisent l'exécution , soit enfin qu'il faille y recourir pour se rendre compte de l'origine, des motifs et de la portée d'un traité.

Par la publication de ces lois visant les traités publics ou les relations internationales, comme les lois concernant les étrangers, la naturalisation, l'expulsion, l'extradition, la juridiction et administration consulaire, la neutralité, la protection de la propriété litteraire et artistique, les câbles sousmarins etc., le Recueil Martens, élargissant encore le plan de ses travaux donnera désormais aide et secours aussi aux travaux scientifiques de la législation comparée.

*) F. de Martitz, Les recueils des traités internationaux. Revue de droit international 1886.

I demontrera l'influence différente que les divers systèmes politiques doivent nécessairement exercer sur les mêmes matières; mais tout en tenant compte ainsi des conséquences historiques et nécessaires, le Recueil ne manquera pas de faire ressortir aussi ces entraves inutiles, ces difficultés et incertitudes embarassantes pour les relations internationales, qui résultent des diversités superflues et évitables des législations particulières. Nous continuerons ainsi à enrichir, à développer cette science d'une manière méthodique en multipliant les observations, en les rapprochant des faits déjà connus pour en faire dégager les principes.

Greifswald, janvier 1887.

Felix Stoerk.

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