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Et dans la nuit même il envoya un parlementaire à Dessalines. Et le 19 Novembre fut signé l'acte de capitulation ci-après : 11 “Aujourd'hui 27 Brumaire “an XII (19 Novembre 1803), l'Adjudant commandant Duveyrier, chargé des pouvoirs du Général en chef “Rochambeau, commandant l'armée française, pour “traiter de la reddition de la ville du Cap,-et moi “Jean-Jacques Dessalines, sommes convenus des ar“ticles suivants :

“1°.-La ville du Cap et les forts qui en dépendent “seront remis, dans dix jours à dater du 28 présent, "au général en chef Dessalines.

2.-Les munitions de guerre qui seront dans les "arsenaux, les armes et l'artillerie seront laissées dans “l'état où elles sont présentement.

“3o.- Tous les vaisseaux de guerre at autres qui 'seront jugés nécessaires par le Général Rochambeau, “tant pour le transport des troupes et des habitants que pour l'évacuation, seront libres de sortir au jour "indiqué.

"4.-Les officiers militaires et civils, les troupes composant la garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre, emportant leurs armes et les effets “appartenant à leurs demi-brigades.

5o.-Les malades et blessés hors d'état d'être trans“portés seront traités dans les hôpitaux jusqu'à leur guérison. Ils sont spécialement recommandés à "l'humanité du Général Dessalines.

“6'.-Le Général Dessalines en donnant l'assurance “de sa protection aux habitants qui resteront dans la “place, réclame de la justice du Général Rochambeau la mise en liberté des hommes du pays, quelle que “soit leur couleur, lesquels ne pourront, sous quelque "prétexte que ce soit, être contraints à s'embarquer avec l'armée française.

“7o.- Les troupes des deux armées resteront dans “leurs positions respectives jusqu'au dixième jour fixé “pour l'évacuation du Cap.

1 B. Ardouin. Etudes sur l'Histoire d'Haiti, Vol. 5, p. 461.

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“8'.-Le Général Rochambeau enverra pour sûreté “des présentes conventions, l'Adjudant général Urbain “Devaux, en échange duquel le Général Dessalines re“mettra un officier du même grade.

“Fait double et de bonne foi, au quartier-général du “Haut-du-Cap, les dits jours, mois et an précités."


(Signé) DESSALINES.

DUVEYRIER.Cet acte de capitulation, dit Marcus P.ainsford, atteste la magnanimité de Dessalines.

Le Commodore Loring, chef de l'escadre anglaise qui en ce moment-là croisait dans les parages du Cap, fit prier Dessalines de lui envoyer des pilotes afin de pouvoir entrer dans le port. Ne se souciant pas de laisser dire que les Anglais l'avaient aidé à prendre la ville, le Général en chef de l'armée indigène refusa d'accéder à ce désir. Rochambeau 13 finit pourtant par signer avec eux une capitulation qui rendait prison. nière de guerre toute la garnison française. Le 29 Novembre 1803 Dessalines prit possession du Cap. Et le 4 Décembre le Colonel Pourcely entra au Môle, évacué par le Général de Noailles.

Saint Domingue était définitivement perdu pour la France. Après un an d'héroïques efforts, les indigènes étaient enfin maîtres d'une terre, largement arrosée de leur sang. L'emblème de la liberté, le drapeau bicolore, flottait sur toute l'ancienne partie française.

James Franklin," apprécie comme suit, la conduite des nouveaux possesseurs de l'ile: “Il serait mal de "ne pas exprimer l'admiration méritée par la résis“tance des noirs; ce qui détruit l'accusation de lâcheté portée contre eux par les colons. A l'évacuation de “l'île, les troupes noires n'étaient pas de beaucoup in

• An historical account of the Black Empire of Hayti.—1805, p. 341.

u Fils du Comte de Rochambeau dont la statue décore une des places de Washington, Donatien de Rochambeau, devenu prisonnier des Anglais à sa sortie du Cap, resta en Angleterre jusqu'en 1811. Echangé à cette époque il fut employé à l'armée d'Allemagne et mourut en 1813 a la bataille de Leipsick.

" The present state of Hayti, p. 169, 170.-Londres, 1802.

“férieures aux françaises au point de vue de la discipline; au point de vue du courage, elles étaient "égales. Quand on pense que les noirs étaient dans la "plus grossière ignorance et dans un état de dégrada. “tion morale, nous ne pouvons que nous étonner de “les voir, dans les moments où la colère appellerait la "vengeance, s'abstenir d'actes de cruauté et de torture, "tandisque leurs insatiables ennemis commettaient les "plus choquantes barbaries (most shocking barbar“ities).

CHAPITRE X.

Proclamation de l'indépendance-Saint-Domingue redevient Haïti

Dessalines, premier Chef d'Etat haïtien (ler Janvier 1804-17 Octobre 1806)— Intrigues des Anglais--Organisation d'Haiti forcément militaire-Mécontentement provoqué par les actes de Dessalines—Sa mort.

La lutte pour la suprématie avait coûté la vie à plus de cinquante-mille Français. Dessalines voulut qu'une déclaration solennelle, en consacrant son triomphe, fit connaître à la France qu'un nouvel Etat avait remplacé son ancienne colonie. Et, par une heureuse inspiration, il choisit, pour proclamer l'indépendance d'Haïti, la ville témoin de la traitreuse déportation de Toussaint-Louverture. A la fin de Décembre il se rendit à Gonaïves où ses généraux s'étaient également assemblés. Sur la place d'armes de cette ville, le ler Janvier 1804, tous jurèrent de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination. Un peuple ivre de joie acclama ce serment. L'enthousiasme fut à son comble quand Boisrond-Tonnerre, Secrétaire du Général-en-chef, donna lecture de l'acte de naissance d'Haïti. Le voici:

“Aujourd'hui ler Janvier, 1804; “Le Général-en-chef de l'armée indigène, accom“pagné des généraux chefs de l'armée, convoqués à “l'effet de prendre les mesures qui doivent tendre au "bonheur du pays;

“Après avoir fait connaître aux généraux assemblés "ses véritables intentions d'assurer à jamais aux indi

· Gastonnet des Fosses. La perte d'une colonie, page 348.

gènes d'Haïti un gouvernement stable, objet de sa plus "vive sollicitude; ce qu'il a fait par un discours qui “tend a faire connaître aux puissances étrangères la “résolution de rendre le pays indépendant, et de jouir d'une liberté consacrée par le sang du peuple de cette “île; et après avoir recueilli les avis, a demandé que 'chacun des généraux assemblés prononçât le serment “de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que “de vivre sous sa domination et de combattre jusqu'au “dernier soupir pour l'indépendance;

“Les généraux, pénétrés de ces principes sacrés, “après avoir donné d'une voix unanime leur adhésion au projet bien manifesté d'indépendance, ont tous “juré à la postérité, à l'univers entier, de renoncer à "jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination.

“Fait aux Gonaïves ce premier Janvier, 1804 et le "premier jour de l'Indépendance d'Haïti." Signé: Dessalines, général-en-chef; Christophe,

Pétion, Clervaux, Geffrard, Vernet, Gabart, , généraux de division; P. Romain, E. Gérin, F. Capois, Daut, Jean-Louis François, Férou, Cangé, L. Bazelais, Magloire Ambroise, J. J. Herne, Toussaint Brave, Yayou, généraux de brigade; Bonnet, F. Papalier, Morelly, Chevalier, Marion, adjudants-généraux; Magny, Roux, chefs de brigade; Charéron, B. Loret, Quénez, Macajoux, Dupuy, Carbonne, Diaquoi ainé, Raphael, Malet, Derenoncourt, officiers de

l'armée, et Boisrond-Tonnerre, Secrétaire. Pour effacer jusqu'au dernier vestige d'une domination abhorrée de tous l'on débaptisa Saint-Domingue; l'île reprit le nom que ses premiers habitants lui avaient donné et redevint Haïti. La jeune nation délégua à son glorieux libérateur des pouvoirs illimités consacrés par l'acte ci-après :

“Au nom du peuple d'Haïti;

“Nous, généraux et chefs des armées de l'île d'Haïti, "pénétrés de reconnaissance des bienfaits que nous

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