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« Nous restons aussi prêts à évacuer l'Egypte que nous « l'étions auparavant, et aussi disposés à examiner toute « proposition tendant à une évacuation éventuelle. Sans « doute, quelques administrations précédentes ont été trop « promptes à ce sujet ; c'était une faute; le gouvernement « actuel ne veut pas la renouveler. Il entend maintenir

l'occupation de l’Egypte jusqu'à ce qu'il estime que les « troupes anglaises puissent se retirer sans mettre en « péril l'ouvre accomplie » (1).

Quant aux discours du Trône, lus au nom de la Reine, au commencement et à la fin de chacune des sessions du Parlement, s'ils sont moins explicites, ils indiquent malgré cela, chaque fois qu'ils parlent de l’Egypte, l'intention ferme du gouvernement de respecter les engagements pris vis-à-vis de l'Europe (2).

Les promesses de l'Angleterre, si nettes et si souvent renouvelées, seront-elles jamais tenues ?

(1) Communes, 20 mars 1896, Archio. dipl., 1896, II, p. 102. – Voir au surplus : Communes : 6 août 1883 (Gladstone), Archio. dipl., 1882-83, III, p. 397 ; – 17 septembre 1886 (J. Fergusson, Sous-Secrétaire d'Etat au Foreign Office), Archio. dipl., 1886, IV, p. 233 ; 18 septembre 1886 (R. Churchill), eod. loc. 7 mars 1887 (J. Fergusson), Archio. dipl., 1887, II, p. 117 ; – 15 juillet 1887 (J. Fergusson), Archio. dipl., 1887, III, p. 333; 23 février 1891 (J. Fergusson), Archio. dipl., 1891, I, p. 375; 22 août 1895 (Curzon, Secrétaire parlementaire pour les Affaires étrangères), Archio. dipl., 1895, III, p. 221 : – 30 août 1895 (Curzon), Archio., dipl., 1895, III, p. 351. - Chambre des Lords : 5 février 1884 (Granville), Archio. dipl., 1884, I, p. 352; 12 février 1881 (Granville), Archio. dipl., 1884, I, p. 359; 6 mars 1884 (Granville), Archio. dipl., 1884, II, p. 225. Discours de lord Salisbury aux banquets du Lord-Maire : 9 novembre, 1889, Archio. dipl., 1890, I, p. 76; – 9 novembre 1891, Archio. dipl, 1892, I,

P. 114.

(2) Voir notamment, discours du 7 janvier 1882, Archio. dipl., 1882-83, 1, pp. 256 et 258, et du 5 février 1884, Archio. dipl., 1884, I, p. 350.

CHAPITRE VIII

L'Angleterre en Egypte. - L'évacuation tou

jours remise : Prétextes et raisons.

SOMMAIRE. Les prétextes de l'Angleterre pour rester en

Egypte, Elle a reçu mandat de l'Europe; c'est vrai, mais elle l'a outrepassé. L'opinion anglaise est pour l'annerion. L'Angleterre a peur, qu'après son départ, une autre puissance ne s'établisse en Egypte. Elle prétend, bien à tort, que ses droits sur l’Egypte valent les noires sur Tunis. - En réalité, l'Angleterre veut annerer le pays.

De tout ce que nous avons dit, il résulte bien que l'Angleterre s'est engagée envers les puissances à évacuer l'Egypte. Pour y demeurer, elle a déclaré, et elle persiste à déclarer à toute occasion qu'elle a entrepris en Egypte, avec mandat de l'Europe, une tâche qui n'est pas encore achevée et qu'elle considère comme un devoir de mener à bonne fin. L'Angleterre aurait reçu le mandat de pacifier l’Egypte, de la réorganiser, de lui donner ses frontières anciennes, et de mettre son gouvernement en mesure de maintenir l'ordre à l'intérieur, et de résister à toute agression venue du dehors. Cette idée de mandat apparaît à tout instant dans les paroles ou les écrits des hommes d'Etat anglais (1).

C'est ainsi que nous la trouvons dans le memorandum remis, le 8 février 1887, à la Porte, par sir Henry Drummond Wolf, dont nous avons déjà parlé; il y est question d'évacuation, mais l'Angleterre entend se réserver le droit de revenir en Egypte, après en avoir retiré ses troupes, dans

(1) C'est aussi l'opinion de M. de Freycinet : Discours au Sénat, 20 novembre 1881 : « L'Angleterre est allée en Egypte en vertu d'un mandat européen qu'elle s'est donné elle-même, et elle s'est engagée à en partir aussitôt que les circonstances qui l'y ont amenée cesseraient».

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certaines conditions ; le memorandum conclut : « Il sera « nécessaire de pourvoir, d'une autre façon, à la sécurité de

l’Egypte que le gouvernement de la reine s'est engagé « à assurer avant de se retirer du pays » (1).

Le 4 juin 1889, au moment où on agite la question de la conversion de la dette, lord Salisbury déclare à M. Waddington:

« La prospérité que l'Egypte a atteinte sous notre impul« sion ne se maintiendrait certainement pas, si nous quit« tions le pays en ce moment. Si nous annoncions notre

prochain départ, la conversion deviendrait impossible. « A mes yeux, le succès que nous avons déjà obtenu en « Egypte est plutôt une raison pour que nous poursuivions « notre tâche jusqu'au bout. En effet, la sécurité extérieure « du pays est loin d'être assurée (2).

Lord Salisbury parait tellement persuadé qu'il fait, dans la vallée du Nil, l'oeuvre des puissances, qu'il admet volontiers être tenu envers elles d'aller jusqu'au bout pour ne pas mériter leurs justes reproches ; le 1er juillet 1889, il est, moins encore que le 4 juin, disposé à évacuer : « Si nous « cédions, l'Europe entière dirait que nous avons man« qué aux obligations que nous avons contractées en « allant en Egypte » (3), dit-il à M. Waddington : c'est le dernier argument du noble Lord et, vraiment, il est de ceux qui désarment ; Spuller n'insista pas, mais il refusa son adhésion au projet de conversion qui lui était soumis.

Au Parlement anglais, les mêmes déclarations sont faites par les Gouvernants : « Nous sommes allés en Egypte pour

y accomplir une certaine cuvre, et c'est nécessairement « l'achèvement de notre cuvre qui nous donnera la mesure «. de notre séjour dans ce pays » (4), déclare Gladstone aux Communes, le 6 août 1883.

Bien plus net encore est M. Balfour qui d'ailleurs à ce moment n'est pas Ministre : « On a soutenu que le gou

(1) Archir. dipl., 1893. III, p. 249. (2) Archio. dipl., 1893, IV, p. 258. (3) Waddington à Spuller 1er juillet 1889, Archic, dipl., 1893, IV. p. 265. (4) Archio. dipl., 1882-83, III, p. 398.

« vernement avait besoin d'un mandat de l'Europe pour « intervenir en Egypte ; on perd donc de vue que les Mi« nistres qui sont au pouvoir ont hérité de leurs prédéces« seurs des obligations dont il ne leur est pas permis de se « départir. Le gouvernement ne demande pas à annexer « l'Egypte, mais il est tenu d'y rester jusqu'à ce que ces « obligations soient remplies » (1).

Puis, c'est lord Granville qui, le 6 mars 1884, dit : « Nous « manquerions à nos devoirs envers l'Egypte, envers l'Eu« rope, et envers nous-mêmes, si nous retirions nos troupes « avant d'avoir la perspective que l'Egypte est en position « de se donner un gouvernement utile et stable » (2); en même temps que Gladstone déclare aux Communes : « en

Egypte, la position est celle-ci : l'Angleterre n'y fait pas « son propre ouvrage, ni ne cherche pas à y servir ses « propres vues ; elle y fait l'oeuvre de l'Europe et de la « civilisation en général » (3). Puis lord Churchill : « Nous « ne sommes pas responsables de l'intervention en Egypte; « mais, étant en Egypte, nous sommes parfaitement déci« dés à remplir nos engagements. Nous n'abandonnerons « pas notre mission, jusqu'à ce que toutes nos responsa« bilités et tous nos engagements aient été complètement .« et fidèlement remplis » (4).

L'Angleterre, au dire des deux Premiers Ministres, non seulement ne poursuit pas en Egypte des visées personnelles, mais en faisant l'oeuvre de l'Europe, elle accomplit avec abnégation et dévouement un devoir strict, d'ailleurs pesant outre mesure, et dont elle se débarrasserait volontiers, n'étaient ses engagements.

Voici ce que dit à ce sujet Gladstone dans son manifeste électoral de 1885' : « Jusqu'à ce que l'Angleterre ait quitté « l’Egypte, elle se trouvera exposée de cent façons à rece« voir des humiliations, et à être tenue en échec par les « droits des autres puissances. L'Angleterre ne saurait se « plaindre de l'exercice de ces droits, puisqu'ils sont fondés « sur le droit international qu'elle est tenue de respecter. « Lorsque l'Angleterre sera émancipée de la tâche ingrate, « fastidieuse, qu'elle remplit en Egypte, elle reprendra en « Europe, la position admirable qu'assurent une parfaite « indépendance et une influence bienfaisante » (1). Ce texte est d'ailleurs intéressant à plus d'un titre : le Great old man y reconnaissait à l'Europe des droits sur l’Egypte, droits capables de faire échec à ceux de son pays ; il y indiquait nettement cette pensée très juste, à savoir que l'Egypte est pour la Grande-Bretagne une gêne, une menace permanente de conflits avec l'Europe et surtout avec la France, et qu'en définitive l'occupation anglaise, si elle a jamais été un bienfait pour l'Egypte, est pour l'Angleterre une opération plutôt mauvaise.

(1) Séance aux Communes du 15 février 1884, Archio. dipl., 1884, 1, p. 365. (2) Séance à la Chambre des Lords, 6 mars 1884, Archio. dipl., 1884, II,

p. 225.

P. 233.

(3) Archio. dipl., 1884, II, p. 229. (4) Séance aux Communes: 18 septembre 1886, Archio. dipl., 1886, IV,

Voir également Communes, 15 juillet 1887 (J. Fergusson), Archio. dipl., 1887, III, p. 333 ; 14 avril 1890 (J. Fergusson), Archio. dipl., 1890, II, p. 242. lei mai 1893 (Gladstone), Archio. dipl., 1893, II,

Discours du trône, 14 août 1885, Archir, dipl., 1885, IV, p. 203.

p. 227.

Citons enfin une nouvelle déclaration de lord Salisbury: « L'Angleterre ne vise pas à l'annexion de l’Egypte ; ce « qu'elle désire, c'est que ce pays soit en mesure de se suf« fire à lui même, qu'il soit assez fort pour maitriser les « désordres intérieurs et repousser tout ennemi du dehors.

L'Angleterre, jusqu'à ce qu'elle ait acquis la certitude que

l'Egypte peut accomplir cette tâche, demeurera pour l'as« sister ; mais elle renoncera avec joie à supporter ce far« deau peu nécessaire, aussitôt qu'elle sera persuadée que « le moment est venu de l'abandonner » (2).

L'Angleterre est donc convaincue qu'elle agit en Egypte pour le compte de l'Europe, et en vertu d'un mandat au moins tacite. Devons nous accepter cette idée de mandat ? Peut être serait-on tenté à première vue de répondre par la négative. Toutefois il faut se rappeler le début de l'action anglaise en Egypte, action entreprise sans protestations de

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(1) Archio. dipl., 1885, IV, p. 210.

(2) Discours de lord Salisbury au banquet du Lord-Maire, 8 aoút 1888, Archio, dipl., 1888, III, p. 359.

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