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cent en quelque façon dans leur fein; ce qui leur a fait donner par métapho re le nom latin de Sinus. On trouve une grande quantité des uns & des autres dans les auteurs, que je viens de citer, Ortelius ( 2 ), Riccioli ( 3 ), Baudrand (4) & Savonarola (5). Les autres géographes donnent auffi la defcription particuliere de chacun dans fon lieu avec plus ou moins d'exactitude. Or tout comme les langues étroites de terre, qu'il y a entre deux mers, & qu'on appelle Ifthmes, féparent de grandes eaux les unes des autres & laiflent aux hommes un paffage & une communication entre deux; pareillement les detroits de mer féparent deux terres & fervent de bornes à l'une & à l'autre, de façon pourtant, que leur éloignement n'étant pas auffi confidérable que s'il y avoit de grandes mers entre deux le commerce de l'une à l'autre eft auffi plus

(2) Thefaur. Geographic. voce Fretum. (3) Geographia & Hydrographia reformata Lib. I. de Sinibus, pag. 14. & feq. de Fretis, pag.

2

16.

(4) Lexic.-Geographic. Parte I. vocibus Fretum & Sinus, & Parte II. vocibus deftroit, estrecho & golfo.

(5) Orbe Scriptorum calamo delineato, Tom. I. pag. 330. & 401. feq. ubi de Fretis & de Sinibus Tom. II. pag.314. & feq.

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plus facile. Les détroits fervent encore à donner une nouvelle force au mouvement des eaux ; mais ils fervent particulierement aux hommes à s'affujettir les grandes mers par le moyen de ces canaux, qui leur fervent d'entrée, & qu'il eft plus facile de garder, foit en bâtiffant des forts fur les côtes, foit en y tenant des vaiffeaux, pour empêcher que d'autres n'y pallent à leur préjudice. Les deux bofphores, celui de Thrace & le Cimmérien, font deux détroits fort connus près de Conftantinople, aufquels on a donné le nom de Bosphorus, parce qu'ils font fi étroits qu'un bouf les pafferoit à la nage. Le grand usage des golphes eft, que par leur moyen un plus grand nombre de pays font à portée de tirer parti avec plus de facilité de la navigation, de la pêche & d'autres commodités.

Je ne crois pas que perfonne puiffe Solution

tions.

décider exactement & avec une éviden- de quelce mathématique cette question;fçavoir, ques que fi c'eft la terre ou l'eau, qui occupe le plus d'efpace fur la furface du globe terreftre. Car, qui est-ce qui a mesuré avec affez d'exactitude toutes les mers, les lacs & les rivieres? Et qui eft-ce qui connoît affez l'étendue de la terre ferme, auffi bien que le nombre

& la grandeur de toutes les îles? Ainfi il fuffit, pour répondre à cette question, de dire qu'au moins, autant qu'on peut le connoître par les cartes & les relations des voyageurs, c'eft plutôt l'eau qui occupe le plus d'efpace dans la fuperficie de la terre. Mais de fçavoir fi elle eft plus haute que la terre, c'est une queftion équivoque,

Car fi on parle des eaux en général, la chofe n'eft pas douteufe; le Créateur a mis par tout le monde un monument de fa bonté en ce qu'après le déluge les eaux n'ont pas continué à couvrir le fec, & que prefque la moitié de notre globe confifte en terres habitables, qui paroiffent au-deffus des eaux; ce qui eft une preuve, que, loin * que les eaux foient plus élevées que la terre, il faut

au

*Loin que les Eaux foient plus élevées. Quelques anciens Peres & quelques Théologiens modernes, tant Catholiques que Proteftans, ont foutenu, que la mer eft plus haute que les fommets des plus hautes montagnes, & que c'est par un miracle continuel que la terre n'eft pas inondée & couverte d'eau, comme au tems du déluge univerfel. Ils fe fondoient fur un paffage du Livre de Job. Chap. XXXVIII. vf. 10. 11. Voyez S. Bafile Hom. IV. Hexam. S. Ambroife Hexam. Lib. III. Cap. 2. S. Gregoire de Nazianze Orat. 34. Thomas d'Aquin Opp. P. I. Quæft. 69. Art. I. Luther. Commentar. in Pfalm. XXIV. & CXXXVI. Calvin & plufieurs autres étoient dans la même opinion. Voyez la

Phyfique

res,

au contraire qu'elles foient moins hau-
tes. Mais qu'il puiffe y avoir plufieurs
eaux particulieres plus hautes que cer-
taines terres voisines, & qui foient com-
me enfermées par des digues, de for-
te que, fi l'on venoit à percer ces di-
gues ou l'ifthme qui retient ces caux,
elles inonderoient le pays : & qu'une
mer plus haute que l'autre puiffe, en se
vuidant, caufer du dommage aux ter-
c'eft ce que l'on ne fçauroit bonne-
ment contefter: auffi les phénoménes
& l'expérience font plus pour l'affirma-
tive que contre. On peut voir là-def-
fus les remarques, que Riccioli a faites
contre Strabon & Hipparque, dans fon
premier livre de l'Hydrographie refor
mée, chap. XVI. pag. 23. Perfonne ne
doute non plus que les vents ne puiffent
faire élever des eaux au-deffus de la
terre,
& inonder par-là des pays en-
tiers, comme Dieu permet quelquefois
que cela arrive pour punir les hommes.

Il eft aifé de voir, que ce n'eft pas Utilité fans un deffein particulier que le Créa- de l'étenteur a donné tant d'étendue aux eaux due des fur la furface de la terre, & qu'il leur en a fait occuper pour le moins la moitié,

mers.

puif

Phyfique facrée de Scheuchzer, Job. 38. vs. 10.
II. N. c. a. T.

puifqu'il ne falloit pas, qu'il y eût moins de mers, ni qu'elles fuffent moins étendues pour fournir une quantité de va peurs fuffifante pour entretenir tant de fleuves & pour humecter & fertilifer la terre. D'ailleurs l'eau elle-même n'eft pas une folitude déferte; au contraire c'est une demeure agréable pour une infinité de créatures. Outre cela les mers fervent aux hommes à se rendre par le moyen de la navigation dans les pays les plus éloignés avec beaucoup plus de facilité, que fi l'on ne pouvoit y aller que par terre. Enfin, comme l'a très bien remarqué M. Derham (6) contre Thomas Burnet; » cet» te division eft fi bien faite, le fec & » les eaux font diftribuées par toute la » terre avec tant de beauté & d'art, » que le globe entier eft dans une ba»lance jufte & exacte. La mer du » nord eft en équilibre avec la mêr du » fud: la mer atlantique avec la mer » pacifique; le continent d'Amerique » contrebalance celui d'Europe, d'Afie

??

& d'Afrique. Le grand Ocean, les petites mers & les lacs font fi avanta» geusement & fi merveilleusement par

tagés

در

(6) Derham Phyfico-Théologie, Lib. II. Cap. s. pag. 93. & feq.

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