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CH A P I TRE I V.

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les

Des vapeurs de l'eau.
J

'Ai deja dit, que telle est la nature ce que

de l'eau , qu'elle s'évapore, quand ce que même elle est au froid ; mais que cela

peurs. arrive, sur-tout quand elle est exposée à la chaleur, qui produit cet effet avec beaucoup plus de force & de promptitude & d'une maniere beaucoup plus sensible. Cette évaporation va fi loin, qu'un pouce cubique d'eau peut se diviser en dix mille millions de (1) particules. Or puisqu'il y a une fi grande quantité d'eau parmi la terre & au-defsus de la surface, & que d'ailleurs la chaleur du soleil est assez considerable pour attirer tous les jours des vapeurs de la terre, quoiqu'elle en fåsle plus élever dans certains endroits que dans d'autres, il est aisé de juger, qu'il faut qu'il forte chaque jour des mers, des lacs &

des

(1) Mémoires de l'Académie de Paris, 1728. pag. 5 303 Un pouce cube d'eau peut être di, visé senliblement en 10, 000, 000, 000 par

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, ties,

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s'en éle

ve.

des rivieres une quantité prodigieuse de

ces vapeurs.
La quan. Cependant l'on est étonné, quand
tite qui, on trouve seulement le calcul d'une por-

tion en particulier, comme celui qu'a
fait le célebre Edmond( 2 ) Halley *, qui
prétend prouver que » les vapeurs qui
» s'élevent de la mer , & particuliere-
» ment de la mer mediterranée , sur-
» passent considerablement la quantité
» de l'eau de toutes les rivieres, qui s'y

déchargent; que ces vapeurs , étant

portées par les vents aux Alpes & aux » autres montagnes voisines, y forment » les sources, d'où sortent le Danube, le Pô, le Rhin &c. »

Les vapeurs s'élevent en haut comme

de petites bouteilles, remplies d'un air feurs s'é-subtil & dilatées par un certain degré de chaleur de l'air, lesquelles sont ainsi

plus

رو

»

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Comment les va

le vent.

(2) Voyez ci-dessus au Chapitre III du premier Livre. Phyfico - théologie, pag. 69. Mémoires de Trévoux, A. 1707. pag. 116.

* Le célébre Edmond Halley. Mr. Halley donne à la surface de la mer méditerranée 160 degré. quarrés, qui font 11040. milles d'Angleterre. La quantité des vapeurs, que produit la chaleur de l'été en 24 heures, monte à 5 280. millions de tonneaux. Tous les fleuves, qui se jettent dans cette mer, ne lui apportent que 1827. millions de tonneaux, ce qui fait un peu plus que la troisiéme partie de ce que la mer méditerranée perd par les évaporations journalieres. Voyez les Tranfa&t. Phil. n. 189. N. c.'a. T.

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plus legeres que l'air même, quoique
l'eau soit 800. fois plus pesante : Car une
telle bouteille ou veslie, occupant mille
fois plus d'espace que la substance
aqueuse de la goạtte, dont elle s'est for-
imée, l’air peut l'élever aisément, com-
me le célebre Mr. Christian Wolf la
prouvé clairement dans ses essais utiles;
Chap.VI.

La chaleur de l'air venant à cesser, & Comment
les vapeurs dilatées, ou les bouteilles elles se
d'eau, dont je viens de parler , dimi- blent pour
nuant de leur volume & fe ferrant da-retomber
vantage, les unes contre les autres; fe ur la tère
réunissent toujours de plus prés & for-
ment des gouttes, qui, à cause de leur
pesanteur, ne peuvent plus être soute-
nues ni portées çà & là dans l'air, d'où
elles tombent en rosée, en pluye &, à
proportion que le froid augmente, en
blanche gelée, en grêle & en neige. Il
y a bien des réflexions à faire & bien
des choses à dire sur tout cela, & plus
on y pense, plus on a lieu d'admirer la
mechanique de cet ouvrage divin ; je
veux dire, cette circulation, que le Créa-
teur infiniment sage a établie avec au-
tant de bonté

que
de puissance pour

le
bien & l'avantage des créatures, en par-
ticulier de l'homme, & qu'il a maintenu
puissamment fans interruption pendant

plu

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Z 2

plusieurs milliers d'années. Mais, comme j'ai dessein de traiter plus à fond de chacun de ces phénomenes, je n'ajouterai rien autre ici, si ce n'est une pensée, qui se présente très-naturellement ; c'est qu'il y a une grande resemblance entre les vapeurs des mers & des fleuves sur la terre, dont j'ai parlé, & les évaporations ordinaires & imperceptibles de notre corps ou la transpiration, d'où notre santé dépend en bonne partie. Elle est fi forte & si abondante, lorsque nous ne sommes pas malades ; qu'elle égale en substance & en poids quelqu'autre sorte d'excremens que ce soit, ou que même elle surpasse en quantité toutes les autres choses, que l'homme évacue chaque jour (3), prises ensemble. De même les vapeurs, qui s'élevent de notre globe terraquée, sont toujours en si grande abondance, que nonseulement il en résulte le même avantage, que nous remarquons que nos corps tirent de la transpiration, & qui est d'emporter ce qu'il y a de superflu; de nous décharger de tout ce qui au

roit

( 3 ) Sanct. San&orius Medicinæ ftaticæ aphorisa mo 1. 9.4. Perfpiratio in fenfibilis fola folet elle longe plenior , quàm omnes fenfibiles ( sudoris, sputi, urina, excrementorum ) fimul unită.

1

roit pu incommoder notre corps, cau-
ser des obstructions dans les vases, les
érendre trop,

ou qui leur 'auroit été
incommode & nuisible de quelqu'autre
façon ; car c'est de la même maniere
que la fraîcheur se conserve dans le
grand monde, & qu'il est garanti du fu-
perflu, de la corruption & de toutes les
autres inégalités, que la nature doit évi-
ter. Mais outre cela l'abondance de
ces vapeurs, qui est réellement plus
considerable

que la pluye, la rosee & tout le reste, fournit, sans discontinuer, une si grande provision d'humidité, qué non-seulement elle fuffit pour arroser la terre & la rendre fertile ; mais qu'il en reste encore toujours dans l'air, nous respirons, & dans les nuées & les brouillards , autant qu'il est necessaire pour la vie de l'homme & des autres créatures, & pour jouir de la lumiere du soleil. La beauté des cuvres de Dieu ne Refle.

xions sur paroît jamais plus manifestement,& ne

la propordoit jamais faire plus d'impression sur tion de un homme raisonnable, que lorsqu'on ne se contentę pas de les considérer chacune à part; mais qu'on les compare ensemble & qu'on réfléchit sur le rapport qu'elles ont entr'elles. Car, quoique chacune foit belle en elle-même,

· que

tous ces

mouve

mens,

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