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DUPLICATE Z1837

DU ONZIÈME VOLUME.

Ce n'est pas sans une extrême inquiétude que je livre au public le onzième volume de cet ouvrage, qui termine la première partie de l'Histoire des Traités, savoir celle des conventions qui ont été conclues entre les puissances du midi et de l'occident de l'Europe. Le retard qu'a éprouvé la publication de ce volume, qui ne paroît qu'après les volumes XII, XIII et XIV, peut avoir fait croire à mes lecteurs que j'attendois des documens secrets qui ne pouvoient être mis au jour plus tôt. Détrompés de cette erreur par la lecture du volume, ils feront peut-être tomber leur mécontentement sur l'auteur. Je dois leur rappeler que, dans la préface placée en tête du Vol. IV, où commence la période où nous vivons, j'ai solennellement annoncé que je n'en écrivois

pas l'histoire secrète, et que je ne voulois ni ne pouvois travailler que sur des documens connus. Il est surtout nécessaire de ne pas perdre de vue cette déclaration, si l'on veut juger ce volume avec impartialité.

Quiconque veut tracer l'histoire du congrès de Vienne et celle de la campagne de 1815, éprouve naturellement un grand embarras, et peut dire avec Horace :

Suppositos cineri doloso.

Incedo per ignes

être

récens pour

Ces événemens sont trop récens déjà du domaine de l'histoire, qui doit être un juge sévère et impartial. Tous les acteurs vivent encore, toutes les passions sont en effervescence; le parti qui a succombé n'est pas parvenu au point où son repentir lui donnera le droit de nommer erreur ce qui a été un crime atroce; le parti vainqueur n'a pas encore pardonné, parce que, pour être indulgent, il faut être avant tout complétement rassuré. On ne peut, sans une foiblesse répréhensible,

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être neutre entre deux partis, dont l'un se trompe peut-être quelquefois, mais dont l'autre est coupable: par cette raison j'ai cru devoir renoncer, en traçant l'histoire des derniers événemens, à ces ménagemens qu'on ne doit au malheur que quand il n'a pas été mérité, et à l'erreur que quand elle a été expiée. Je me suis dépouillé de cette apparence d'impartialité qui flotte entre la vérité et le mensonge; j'ai déclaré une guerre ouverte à l'ambition qui a plongé la France dans le malheur, à ce faux patriotisme qui cache des desseins perfides sous le masque de principes libéraux, à cette gloriole nationale ou militaire qui a remplacé de nos jours le véritable honneur et la loyauté dont nos ancêtres nous avoient laissé l'exemple. Je n'ignore pas qu'en usant de cette franchise, j'excite contre moi des haines, sans pouvoir compter sur l'appui de ceux qui m'approuveront. Une chose soutient mon courage; c'est la voix in

corruptible de ma conscience qui me dit que, dans la longue carrière que je viens de parcourir, je n'ai pas une seule fois trahi la vérité. Ces volumes renferment sans doute beaucoup d'erreurs, mais elles sont involontaires; si quelquefois des considérations particulières au-dessus desquelles il n'est pas toujours permis de s'élever m'ont empêché de dire toute ma pensée, jamais elles n'ont pu me porter à dire ce que je ne pensois pas. Qu'il me soit permis de m'appliquer ce qu'un Romain dit à ses concitoyens : His ego gratiora dictu alia esse scio; sed me vera pro gratis loqui, et si meum ingenium non moneret, necessitas cogit. Vellem equidem vobis placere, sed multo malo vos salvos esse, qualicunque erga me animo futuri estis. TITE-LIVE, III, 68.

Paris, le 15 juillet 1818.

SCHOELL.

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