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Ses glands, comme ceux du Cerris et du Tauzin , restent deux ans sur l'arbre.'

« Le Tauzin, ou Chêne Angoumois , est un arbre de 20 à 24 mètres , qui croit dans les Basses-Pyrénées , dans les Landes de Bordeaux, et autres lieux. Il a du rapport avec le Cerris , mais il en differe par des caractères assez tranchés pour être regardé comme une espèce distincte. Ses feuilles sont hérissées en dessus, très-cotonneuses en dessous, découpées latéralement en plusieurs lobes profonds, obtus et écartés. Ses glands sont portés sur des pédoncules axillaires, et leur cupule n'est point hérissée comme celle di Cerris. Son bois , qui est dur et noueux n'est pas propre à des ouvrages de fente, mais il excellent

pour

les constructions et pour le chauffage. Ses jeunes branches, qui sont souples et flexibles, servent à faire des cercles de cuve et de tonneaux. L'écorce est employée au tannage , et les glands sont recherchés

pour la nourriture des porcs. M. de Secondat croit que c'est le vrai Robur des anciens. II le désigne sous le nom de Chêne noir , qu'il ne faut pas confondre avec la variété du Rouvre, que

l'on

appelle du même nom dans le nord de la France, ni avec le Chêne noir d'Amérique, qui diffère essentiellement de l'un et de l'autre.

« Le Chêne Brosse, des environs d'Angers, ne diffère pas du Tauzin, non plus qu'un petit Chêne rabougri, qui est très-commun dans les Landes du Temple , près Nantes , où il est connu sous le nom de Chêne doux , et que quelques Botanistes ont pris pour une espèce particulière.

« La taille du Tauzin varie beaucoup, et ses feuilles , ainsi que ses fruits , offrent des différences très-remarquables, suivant le sol ou il végète. Cet arbre est d'autant plus utile , qu'il vient dans les dunes, et qu'on peut l'employer à fertiliser des terrains arides et incultes.

« M. Desportes a observé, dans les environs du Mans , un Chêne qui a une très-grande ressemblance avec le Tauzin, mais dont les glands sont sessiles sur les branches. Je pense néanmoins que ce n'est qu'une variété du précédent.

On trouve dans les Basses-Pyrénées , aux environs de Dax, un Chêne à glands pédonculés et très allongés en proportion de leur grosseur , auquel on a donné le nom de Chêne pyramidal , parce que ses rameaux sont ramassés comme ceux du Peuplier d'Italie ou du Cyprès. On l'élève de graines dans nos Pépinières , et il réussit de greffe sur le Rouvre , et sur le Chêne pédonculé de nos forêts. J'ignore si son bois est d'une bonne qualité ; mais cet arbre a un port très-pittoresque, il est propre à la décoration des Parcs et des Jardins anglois. M. Correa m’a assuré qu'il étoit originaire du Portugal, et M. Decandole dit qu'il n'en a vu dans les BassesPyrénées que des individus isolés, et qu'il ne le croit pas indigène à ce pays. »

M. DESFONTAINES parle ensuite de l'Esculus , ou Chêne grec, arbre originaire d'Italie et de la Dalmatie, peu élevé, dont on mange les glands, mais qui n'est cultivé en France que dans quelques Jardins ; du Chêne des Apennins , qui croit dans les terrains arides du Midi de la France, et dont le bois est très-dur; de l’Yeuse ou Chêne vert qui vient spontanément dans le Midi de la France, en Italie, Espagne, en Syrie, et sur les Côtes septentrionales de l'Afrique, qui se plaît dans les terrains secs , sablonneux, aérés, et exposés au nord, croît-isolément et dispersé çà et là au milieu des autres arbres, dont la taille est d'environ 10 mètres, le bois très-compacte et d'une longue durée; l'accroissement très-lent; mais qui vit plusieurs siècles. Pline rapporte qu'il y en avoit une sur le Vatican, qui étoit plus ancienne que la ville Rome : Vetustior autem Urbe in Vaticano est Ilex in quá titulus Arcis litteris Etruscis religione arborem, jam tum dignam fuisse significat. Lib. 16. cap. 44. Le même auteur fait aussi mention d'une Yeuse que l'on voyoit de son temps près de Tusculum, dans le voisinage d'un bois consacré à Diane, et dont le tronc avoit onze mètres de contour : Vicina luco est Ilex, et ipsa nobilis, quinque et triginta pedum ambitu caudicis, decem arbores mittens singulas magnitutidinis visendæ , sylvamque sola facit. Ibid.

« Le Chêne vert, continue M. DESFONTAINES, est sensible au froid. Dans le nord de la France, il est sujet à être endommagé par les gelées quand les hivers sont rigoureux. On le multiplie de graines que l'on sème en automne aussitôt après la chute des glands. Il faut 'le transplanter fort jeune; il reprend difficilement quand il a plus de trois ou quatre

Puis, il décrit le Chêne Kermès, arbrisseau qu'on trouve dans le Midi de la France, et sur lequel naît l'insecte appelé Kermés , qui est employé en médecine comme tonique, et pour teindre les étoffes en rouge; le Chene Liége, qui, comme le Kermès , croît dans le Midi de la France, et dont l'écorce fongueuse et épaisse est employée à faire des bouchons, des chapelets de pêcheurs, etc.; le Chénie Ballote qui croit en Espagne, en Portugal , et dans les Etats d’Alger et de Maroc, dont les fruits sont doux et nourrissans; le bois très-compacte et qu'on pourroit cultiver dans nos départemens les plus méridionaux; le Chêne appelé par lui Faux-Liège, qu'il a

ans. »

observé sur les montagnes qui séparent les

royaunes d'Alger et de Maroc, et qu'il conseille aussi de

propager dans nos forêts; le Chêne Velani, indigène à la Natolie et aux iles de l'Archipel, qu'on pourroit cultiver dans les forêts du Midi de la France, dont les glands sont renfermés dans une cupule très-volumineuse, qui est employée dans la teinture ; le Chêne Prase, originaire du Portugal, petit arbre propre à former des haies ; le Chène à la Noix de Galle, très-commun dans l'Asie Mineure, cultivé en pleine terre dans plusieurs Jardins de France, et qui produit la Noix de Galle du Commerce.

Les Chênes d'Amérique occupent ensuite M. DesFONTAINES ;

mais comme nous en avons parlé dans les Numéros précédens d'une manière assez étendue, nous ne le suivrons pas dans les détails qu'il donne sur ces arbres. Nous passons à la fin de son article pour rapporter ce qu'il dit de la culture des Chênes en général.

« Lorsqu'on se propose , dit-il, d'éleverdes Chênes, on choisit sur des individus vigoureux les glands les plus gros et les plus sains , on les sème

peu
de

temps après qu'ils ont été cueillis, ou bien on les stratifie dans une terre mélangée avec du sable, pour ne les semer qu'au printemps. Sans cette précaution., ils courroient risque de se gâter. Il ne faut pas que la terre, dans laquelle on les conserve, soit humide, parce qu'ils s'épuiseroient en poussant des tiges et des racines. Si, au contraire , on s'apercevoit qu'ils se desséchassent trop, on les arroseroit légèrement. Enfin, dans le cas où ils auroient germé trop tôt, on les mettroit en terre avant le mois de mars; en semant les glands en automne, on les expose à être manges par les mulots et autres animaux qui s'en nourrissent.

On doit, autant qu'il est possible, semer les Chênes å demeure, et les espacer beaucoup, afin qu'ils ne se nuisent pas dans la suite en se privant mutuellement d'air et de lumière, et que leurs rameaux puissent se développer en liberté.

« Plusieurs cultivateurs déposent les glands, au nombre de trois ou quatre dans de petites fosses creusées avec la pioche , d'autres les jettent sur la terre à la volée comme le blé. D'autres, après avoir labouré le terrain avec la charrue , les placent dans les raies à trois ou quatre décimètres de distance les uns des autres. Il ne faut les couvrir que de l'épaisseur d'un travers de doigt, et on peut semer en mêmetemps du froment ou de l'avoine pour les abriter de l'ardeur du soleil. La récolte de ces blés dédommagera même des frais du labour. Lorsque les glands stratifiés ont germé, il faut prendre garde de rompre la plumule et la radicule , soit en les retirant de la terre qui les couvre, soit en les semant.

« Quelques agriculteurs coupent la radicule des glands qui ont germé; mais cette pratique n'est bonne que pour des Chênes destinés à recevoir la greffe, et que l'on voudroit ensuite transplanter ; parce qu'alors ils sont plus faciles à arracher, et qu'ils reprennent plus sûrement. On laboure les jeunes chenaies pendant l'hiver , et on les éclaircit lorsque les plants sont trop rapproches.

« Dans le cas où un grand nombre d'individus, auroient souffert des gelées ou de l'ardeur du soleil, ou les couperoit au niveau de la terre à l'âge de sept à huit ans, ou même plutôt, si le sol n'étoit

pas

de bonne qualité. La souche repoussera de nouveaux jets qui croîtront avec vigueur, et auront bientôt surpassé les anciens.

" Les semis ou plantations de Chêne faits dans

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