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SECTION II. AMÉLIORATIONS.

S. VI. Ouvrages nouveaux.

Histoire des chénes de l'Amérique septentrionale,

par ANDRÉ MICHAUX, Membre associé de l'Institut national de France, de la Société d'Agriculture de Charles-Town, etc. (1).

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L'ouvrage dont je vais rendre compte est le fruit de nombreuses recherches et de longues observations faites dans les immenses forêts de l'Amérique septentrionale. Il fut composé long-temps ayant d'être mis au jour ; mais le célèbre botaniste à qui nous le devons, avoit été obligé d'en retarder la publication, parce que ses voyages en Asie et en Amérique , proIongés pendant vingt années, ne lui avoient par permis de s'en occuper. Ce ne fut qu'en l'an IX (1801), qu'il put faire jouir le public de ce bel et intéressant ouvrage, et faire connoitre à la France les nouvelles richesses végétales qu'elle pouvoit introduire dans son heureux climat. Un travail aussi important, excita le plus vif intérêt, surtout chez ceux qui savoient apprécier les recherches qu'il avoit exigées , et tout ce qu'avoit fait son auteur pour le rendre exact et complet sous les rapports botaniques et économiques. M. Michaux avoit en effet'exécuté plus de 60 voyages dans l'intérieur de l'Amérique, pour y reconnoître non-seulement les chênes dont il donnoit la descrip

(1) Un volume in-folio, papier ordinaire, 30 fr., et 60 fr. papier vélin; à Strasbourg , chez Levrault , libraire ; et à Paris, chez Arthus-Bertrand, libraire, rae Hautefeuille, n'. 23.

tion, mais encore les autres productions végétales qui croissent dans une étendue de plus de 500 myriamètres (mille lieues) de pays. Il avoit plusieurs fois, bravant tous les genres de privations et au risque de sa vie, pénétré dans des régions encore habitées par des peuples sauvages. Partout il faisoit de nombreuses collections, soit de graines , soit d'échantillons de bois et de rameaux propres à démontrer les caractères et les qualités des espèces qu'il découvroit. C'étoit à New-Yorck et à Charles-Town, distans l'un de l'autre de plus de 300 lieues , qu'il réunissoit les richesses qu'il avoit conquises sur le nouveau monde. Il avoit formé dans ces deux endroits des pépinières qui devinrent remarquables par la variété prodigieuse d'arbres, d'arbustes et de plantes qui y furent rassemblés ; cet infatigable voyageur multiplioit sans cesse les

preuves de son rare dévouement à la science qu'il avoit embrassée, et de son désir à procurer à son pays de nouvelles ressources agricoles.. Mais au milieu de ses courses et de ses utiles recherches , il périt à Madagas

victime de la malignité du climat qu'il avoit bravé avec trop d'imprudence. Son fils,F. A.Michaux, qui a hérité de son zèle et de ses connoissances , et qui l'a suivi dans un grand nombre de voyages, continue les travaux si heureusement commencés par son père. C'est lui qui vient de terminer un voyage dans les Etats-Unis, pour exécuter la mission dont j'ai déjà parlé dans ces Annales ; mission qui a procure à l'administration des collections d'arbres, dont la multiplication intéresse particulièrement les forêts. Je

passe à l'analyse de l'histoire des chènes de l'Amérique de M. Michaux père.

Cet auteur commence son ouvrage par une introduction qui contient des généralités sur le chêne, et des observations botaniques sur ce genre d'arbre. I

car,

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y rend compte des motifs de l'ordre qu'il a 'suivi dans la disposition des espèces qu'il décrit , et il fait connoître la cause des erreurs de ceux qui l'ont précédé dans la description des chênes de l'Amérique septentrionale. Un bref extrait de cette introduction, servira à indiquer le plan de l'ouvrage, et les idées particulières de l'auteur sur l'usage du gland, comme nourriture principale de l'homme dans les premiers âges. Son opinion paroît d'autant plus fondée , du moins quant aux pays que nous habitons, que le chêne n'y formoit

pas la seule espèce forestière dont le fruit pût servir à l'aliment de l'homme, et que le châtaignier paroît aussi avoir été fort répandu dans les forêts qui recouvroient notre sol.

« Je ne remonterai pas , dit-il, à des époques reculées , pour apprécier l'utilité du chêne , et discuter avec les anciens auteurs , s'il est vrai que les hommes du premier âge aient vécu du gland de cet arbre. Il est vraisemblable que le mot gland étoit un nom générique applicable à divers fruits. Les Arabes nommoient tamar celui du dattier, et ils ajoutoient à ce mot un nom spécifique , lorsqu'ils vouloient désigner un fruit d'une nature différente; ainsi , le tamarin , ou tamarine , étoit appelé tamarhendi , dattier de l'Inde, etc.

« Les Grecs se servoient du mot Balanos pour désigner la datte, la châtaigne, le gland de chêne et plusieurs autres fruits ; et les mercenaires employés à la récolte du gland, étoient appelés Balanistes, aussi bien que ceux qui recueilloient les dates. Les Latins employoient aussi le mot glans comme nom générique, et la datte se nommoit glans Phoenicea, la châtaigne , glans sardiana , le fruit du noyer, iovis glans ou juglans, etc.

« Enfin, les Gaulois ont nommé indistinctement gland de chêne, de hêtre, de châtaignier, le fruit de ces arbres. Il est donc à présumer que sous la dénomination générique de gland , les dattes, les ehåtaignes, etc., ont été autrefois, comme aujourd'hui, préférablement au fruit du chêne , l'aliment de plusieurs nations. Plutarque nomme les Arcadiens balanephages , et dit que ces peuples étcient reputés invincibles, parce qu'ils faisoient leur principale nourriture de glands. Sans recourir à l'histoire ancienne, je ne nierai pas non plus que le fruit du chêne ne füt mangeable ; il est constant que dans toutes les villes de la Morée et de l'Asie mineure, on vend encore aujourd'hui dans les marchés une espèce de gland bon à manger. Le naturaliste Olivier qui , tout récemment, à visité ces mêmes contréees vérifié ce fait, ainsi que moi. C'est à Bagdad que j'ai mangé les meilleurs glands qui croissent dans la Mésopotamie et le Curdistan : ils sont gros et longs comme le doigt. J'ai aussi goûté de ceux qu'on mange en Espagne, et ils m'ont paru assez doux (1). Le professeur Dusfontaines fait aussi mention, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, d'un gland de chêne bon à manger (quercus ballota); mais mon but est de parlir de l'utilité du chène, chez les peuples de notre âge, de faire connoitre les différentes espèces que j'ai observées dans l'Amérique septentrionale.

« Le chêne croit naturellement dans toutes les parties de la zone tempérée, en Europe , en Asie, en

a

(1) Il fut envoyé à l'administration, il y a un an , des glands doux cueillis sur un chêne, aux environs de Montpellier ; le seul de cette espèce qui reste dans la contrée.

Ces glands étoient semblables à ceux que l'on mange en Espagne où l'on en sert sur les meilleures tables.

Amérique, et même en Afrique. Sa culture exige des soins particuliers : la transplantation , la greffe et les autres moyens de reproduction ne lui étant pas toujours favorables. La nature a particulièrement formé cet arbre pour les vastes forêts. Il y domine souverainement sur tous les autres végetaux, et il fournit une nourriture abondante à des animaux de nature différente; en Europe, le cerf, le chevreuil et le sanglier vivent pendant tout l'hiver du gland des ehênes de nos bois. En Asie, les faisans, les pigeonsramiers le partagent avec les bêtes fauves; dans l'Amérique septentrionale, l'ours, l'écureuil, le pigeon et le dinde sauvages recherchent aussi le gland des chênes. Plusieurs espèces de quadrupèdes et d'oiseaux de ce continent, ayant consommé les fruits d'un territoire , émigrent par troupes innombrables dans les pays ou ces ces fruits se trouvent plus abondamment.

« Le chêne est de tous les arbres celui dont le bois est employé le plus généralement et le plus utilement : il sert à la construction des maisons et des navires; on en fait des instrumens d'agriculture, etc., il fournit des substances utiles en médecine; il est d'une nécessité presque indispensable pour le taneur, le teinturier, etc.; enfin, il est l'aliment journalier du feu, si nécessaire à notre existence ».

Après avoir ainsi tracé l'historique du chêne , l'auteur entre dans des détails relatifs aux espèces nombreuses dont ce genre est composé. Il fait remarquer la diversité de ces espèces , et les variétés produites par

des causes purement accidentelles. Il rapporte que dans l'Amérique septentrionale, ces variétés présentent des chênes nains stolonifères, dont les rejetons multipliés couvrent de vastes étendues de terrain. Les prairies situées au milieu des forêts de ce continent,

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