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druides; mais il est facile de croire que la jalousie , qui est si naturelle aux femmes contre toutes celles de leur sexe, réveillée et nourrie par les chagrins et les dépits que fait naître une autorité partagée, les porta à substituer leurs maris en leur place. En effet, en déférant aux druides la principale autorité, elles ne se dépouillaient de rien ; il leur restait assez de crédit

pour flatter leur ambition, et pour se soutenir dans leur premier éclat : la déférence que les Celtes avaient toujours eue pour leurs femmes en était un

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bardes-druides étaient commis pour chanter les hym: nes dans les sacrifices, et célébrer dans les combats et dans les festins publics, les grandes actions des hommes illustres (1). Les eubages - druides tiraient

dore de Sicile est le premier qui ait traduit le mot de druides par

celui de Sarronides. Il l'a fait sans doute d'après des écrivains grecs, qui croyaient le nom de druides dérivé du mot grec Apua, un chêne. Aussi les auteurs du Dictionnaire de Trévoux dérivent le nom de şarronides du grec Apúo et de capes, qui signifient tous deux un chêne. Ils ont raison dans la conséquence qu'ils tirent, mais ils auraient pu savoir que le nom de sarronides n'est pas de la première antiquité, et qu'il y avait des théologiens parmi les Celtes, avant que leurs druides reçussent ce nom.

(1) Le nom de bardes est un ancien mot breton qui désigne un prêtre, un chantre, un musicien. La considération que l'on avait pour ces bardes était si grande, selon Diodore de Sieile, que leur présence et leurs exhortations avaient souvent arrêté des armées prêtes à, en venir aux mains. (Diod., v. 213, 214.) C'est peut-être la raison pour laquelle on en a fait des ecclésiastiques celtes, ou au moins ce qui fit que les druides, fort jaloux de concentrer en eux toute l'autorité, consentirent à accepter cet emploi. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'on distinguait les bardes qui composaient les poèmes et les airs sur lesquels on les chantait, des parasites qui les répétaient partout, pour fortifier le parti du patron auquel ils étaient attachés. Dom J. Martin a mal à propos prétendu que les bardes étaient de vrais parasites. (Religion des Gaulois, t. 1, p. 174.) Le passage d'Athénée, qu'il a allégué pour le prouver, dit positivement le contraire. Possidonius, dont Athénée rapporte les paroles, distingue les bardes et les gens qui s'attachaient aux grands seigncurs, qui avaient

les augures des victimes. Ils avaient diverses espèces de divinations, parmi lesquelles il s'en trouvait de barbares, que les Romains abolirent lorsqu'ils furent maîtres des Gaules. Dans l'usage ordinaire on confondait les eubages, les bardes et les vacies, sous le nom général de druides, comme nous comprenons tous les ministres de l'Eglise sous le nom d'ecclésiastiques, et il paraît assez probable que les druides inférieurs remplissaient les fonctions de chantres et de devins. Ces différentes classes avaient pour chef un

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leur table, qui faisaient profession de vivre et mourir avec eux, et qui chantaient les louanges de leurs patrons partout où on voulait les écouter. Casaubon a eu raison de remarquer que le nom de celte, qui répond à celui de parasite, employé par Possidonius, est soldurii. En effet, si les bardes avaient été de vrais parasites, ce caractère n'aurait pu que les rendre infiniment méprisables, au lieu de leur attirer de la considération. Ce n'est pas qu'il ne pât se trouver des parasites parmi les bardes. On en trouve un exemple dans Athénée (l. 4, c. 13). Les bardes étaient les poètes des Gaulois, et c'est assez l'ordinaire des mauvais poètes d'être parasites. Mais de ce qu'il y a eu de tout temps

des ames vénales parmi les élèves d'Apollon, il serait injuste de prétendre conclure de la qu'ils sont tous des parasites. Dom J. Martin n'a pas mieux compris un passage de Diodore de Sicile, sur lequel il s'est appuyé pour faire des bardes de véritables censeurs romains. (Religion des Gaulois, t. 1, p. 173.) Diodore dit que les bardes louaient les uns et outrageaient les autres : alios condiciis proscindentes. Dire des injures, n'est pas l'office d'un censeur public.

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