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sième siècle, et une prédication antérieure vers la première moitié du second siècle ; mais, suivant cet auteur, la foi se serait fort affaiblie et presqu'éteinte dans l'intervalle de la première mission à la seconde, et les sept évêques envoyés pour la rétablir auraient complété cette oeuvre sous l'empire de Dèce.

D'autres, enfin, adoptant l'existence de missions vraiment apostoliques qui auraient répandu les premiers germes du christianisme dans les Gaules dès le premier siècle, et sans admettre que ces germes aient été étouffés depuis par des circonstances

que

rien ne démontre, ont cru devoir conserver à saint Grégoire de Tours la confiance dont il jouit comme père de notre histoire, et ne rattacher la prospérité générale de l'Eglise chrétienne dans les Gaules qu'à la mission des sept évêques. Ceux-ci pensent donc que les effets de la prédication apostolique ont commencé à se manifester chez nos pères dès le premier siècle, mais que

la religion chrétienne ne s'est généralement propagée et n'est devenue florissante dans les Gaules que vers le milieu du troisième siècle.

Cette opinion, fondée sur les données les plus vraisemblables, et qui peut seule se soutenir sans le secours de suppositions forcées, a été partagée par les meilleurs esprits; et il nous suffira de faire observer que le Nain de Tillemont, Fleury et l'abbé Lebeuf ne s'en sont point éloignés dans leurs ouvrages, pour justifier la préférence qu'elle nous paraît mériter sur toutes les autres.

Tel est aussi le sentiment développé dans la Dissertation que nous donnons ici sur l'Etablissement du christianisme dans les Gaules. Cet écrit est surtout remarquable par une grande concision et par une sagesse de style assez rare dans ces sortes d'écrits; elle est placée à la tête de l'Histoire de l'Eglise gallicane, par plusieurs jésuites, dont les huit premiers volumes sont du Père Longueval (1).

C'est ici le cas de signaler, comme l'un des ouvrages les plus savans et les plus forts qu'on ait écrits pour la défense de l'extrême antiquité de notre Eglise, la Dissertation publiée par dom Liron, bénédictin de la congrégation de saint Maur, qui forme la principale pièce du tome 4 de ses Singularités historiques et littéraires (2). L'opinion de ce docte critique se distingue encore, par des nuances marquées, de toutes celles dont il vient d'être question, et avec lesquelles nous devions conséquemment éviter de la confondre.

Dom Liron ne cherche pas son appui dans l'identité supposée de Denis l'aréopagite avec le premier évêque de Paris : il prouve, ou du moins il soutient, par des argumens moins faciles à détruire, contre ceux qui suivent Grégoire de Tours et la mission des sept évêques, que les églises des Gaules ont été fon

(1) Paris, 1730-49. 18 vol. in-40. Les continuateurs de Longueval sont les PP. Claude Fontenay, Brumoy et Berthier.

(2) Recueil savant et peu commun, composé de 4 v. in-s2, qui ont paru successivement à Paris. Le dernier est de 1740.

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on ne manque pas de preuves positives pour établir cette vérité.

Saint Epiphane assure que saint Luc et quelques autres disciples de saint Paul ont prêché la foi dans la Gaule. « Le ministère de la divine parole, dit ce << saint docteur (1), ayant été confié à saint Luc, il « l'exerça en passant dans la Dalmatie, dans la Gaule, << dans l'Italie et dans la Macédoine, mais particuliè« rement dans la Gaule, ainsi que saint Paul l'assure « dans ses épîtres de quelques-uns de ses disciples. « Crescent, dit-il, est en Gaule. Car, ajoute saint << Epiphane, il ne faut pas lire en Galatie, comme « quelques-uns l'ont cru faussement, mais en Gaule. » Il ne s'agit pas de savoir si ce saint docteur a raison de lire, dans le texte de saint Paul, en Gaule, au lieu d'en Galatie ; il nous suffit qu'il ait cru qu'on devait lire de la sorte, pour être en droit d'en conclure qu'il passait alors pour constant que saint Crescent avait prêché la foi dans la Gaule.

Ce sentiment était si bien établi dans l'Orient, que Théodoret, qui lit dans la Galatie, ne laisse pas d'entendre la Gaule, parce qu'en effet les Grecs donnaient ce nom à la Gaule; et les Galates n'avaient été ainsi nommés, qu'à cause qu'ils étaient une colonie de Gaulois. La tradition de l'église de Vienne confirme cette opinion : elle a cru,

de
temps

immémorial, cette église, que saint Crescent, son premier évêque, fut disciple de saint Paul; et presque tous les

te la véri

( 115 ) que pour la défense de la vérité, et ils ont cru, avec raison, qu’une Eglise aussi illustre n'avait pas besoin de faux titres de noblesse. Mais la chaleur qui se mêle presque toujours dans ces sortes de disputes, a fait donner les uns et les autres dans des extrémités également condamnables. Ceux-là se sont engagés à défendre un grand nombre de traditions populaires, et à soutenir les pièces les plus décriées; et ceux-ci n'ont pas toujours déféré aux témoignages les plus dignes de foi. Pour éviter également l'un et l'autre de ces écueils, et pour rendre la vérité plus sensible en la débarrassant des difficultés qui l'obscurcissent, je vais tâcher de démêler par quelques propositions ce qui paraît dans cette question de certain, d'avec ce qu'il y a de douteux ou même de faux.

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