Page images
PDF
EPUB

quée et si contraire à l'esprit d'intérêt, prouve assez l'opinion qu'on avait de leur équité.

Cependant la manière dont les druides administraient la justice n'était pas toujours exempte d'iniquité; du moins est-il certain

que

dans la décadence du druidisme, les prêtres gaulois rendaient souvent leurs jugemens selon qu'ils y étaient plus ou moins portés par la faveur, l'intérêt, le crédit, le sang ou l'amitié. Un ancien auteur (1) faisant allusion à l'assemblée du pays chartrain, où ils rendaient la justice, dit

que, quand on veut, pour s'enrichir, dépouiller et tuer impunément ses voisins, il faut aller vers les bords de la Loire; que c'est là où tout est permis. On trouve'une peinture ingénieuse de ces friponneries et de ces injustices dans une ancienne comédie, intitulée Querolus. Le poète n’entre dans aucun détail ; mais le peu qu'il dit, vaut toutes les particularités imaginables. Je vais donner ici ses propres paroles, afin que

la traduction ne fasse rien perdre des beautés de l'original.

L'auteur introduit Querolus, qui est le héros de la pièce, parlant au dieu Lare de sa maison ; il le

[graphic]
[merged small][ocr errors]

(1) Dom Jacques Martin attribue à Plaute la comédie intitulée Querolus. La latinité de cette pièce ne paraît pas digne de ce fameux poète. Il y a plus d'apparence qu'elle est de quelque plaisant qui s'est amusé à critiquer la conduite des druides, et qui, pour donner plus de vogue à sa satyre, a emprunté le nom de Plaute; aussi ne trouvons-nous point le Querolus dans les bonnes éditions de ce poète.

prie de corriger sa fortune, et de l'élever à quelque dignité où il soit maître de ses actions.

QUER. Si quid igitur potes, Lar familiaris, facito ut sim privatus et potens.

LAR. Potentiam cujusmodi requiris ?

QUER. Ut mihi liceat spoliare non debentes, cedere alienos, vicinos autem et spoliare et cædere.

Lar. Ha, ha, he ! Latrocinium, non potentiam requiris : hoc modo nescio, edepol, quemadmodum præstari hoc possit tibi : tamen inveni; habes quod optas, ad Ligerem vivito.

QUER. Quid tum?

LAR. Illic jure gentium vivunt homines, ubi nullum est prestigium: ibi sententiæ capitales de robore proferuntur, et scribuntur in ossibus : illic etiam rustici perorant et privati judicant : ibi totum licet. Si dives fueris, Patus appellaberis : sic nostra loquitur Græcia. O silvæ, ô solitudines, quis vos dixit liberas? Multò majora sunt quæ tacemus : tamen interea hoc sufficit.

QUER. Neque dives ego sum, neque robore uti cupio : nolo jura hæc sylvestria.

Ceux qui voulaient entrer dans le corps des druides travaillaient à s'en rendre capables par un cours de vingt années d'étude, pendant lequel il n'était pas permis d'écrire les leçons qu’on recevait ; il fallait tout apprendre par coeur (1). « Je crois, dit Jules

[graphic]

(1) Magnum ibi numerum versuum ediscere dicuntur. Itaque

J. 10liv.

( écrit

« César, qu'ils peuvent défendre de rien mettre par

pour
deux raisons; la première, afin que

leur « doctrine ne soit connue de personne, et qu'elle en

paraisse plus mystérieuse; la seconde, afin que ceux « qui sont obligés d'apprendre ces vers, n'ayant point « le secours des livres, soient plus soigneux de culK tiver leur mémoire. » Cette maxime des druides était connue en Orient. Origène l'a remarquée, en répondant à Celse, qui faisait valoir l'antiquité des druides : « Je ne sache pas, dit ce Père, que nous « ayons aucun de leurs ouvrages (1). »

Après le cours d'étude on subissait un examen, et l'on n'était admis qu'en récitant plusieurs milliers de vers, soit en principes, soit en réponses à des questions. Ainsi, toute la religion des druides était fondée sur une tradition, à la vérité moins invariable

que les dogmes écrits, mais beaucoup moins sujette à dispute, parce que les changemens ou altérations se faisant par une voie insensible, on ne pouvait attaquer cette tradition par des écrits subsistans, et les dogmes paraissaient toujours les mêmes.

Le premier, et originairement l'unique séminaire des druides, était entre Chartres et Dreux; c'était aussi le chef-d'ordre, et le lieu de la résidence du souverain pontife des Gaulois : on en voit encore des

nonnulli annos vicenos in disciplinâ permanere, neque fas esse existimant ea litteris mandare. (Cæsar, de Bell. gall., 1. 6.)

(1) Origen., contrà Cels., I. 1, p. 14; edit. Spenc. Cantab., 1677.

vestiges. Le grand nombre de disciples qui y accouraient de toutes parts (1), les obligea de bâtir des maisons en différens endroits des Gaules, pour y tenir des écoles publiques, dans lesquelles on enseignait les dogmes religieux et les sciences. Il y eut des demeures de druides dans les pays que nous nommons aujourd'hui la Beauce (2), l' Autunois,

[graphic]

(1) Druidæ rebus dioinis intersunt, sacrificia publica et privata procurant, religiones interpretantur. Ad hos magnus adolescentium numerus disciplinæ causa concurrit, magnoque apud eos sunt honore. (Cæsar, de Bell. gall., 1. 6, c. 4.)

(2) On prétend que les druides érigèrent à Chartres un autel en l'honneur de la vierge qui devait enfanter. Ce fait est du moins attesté par un écrivain cárme dont voici les paroles : « Les druides, selon Diogène - Laërce, commen« çant son livre de la vie des philosophes, étaient nommés v cepšvósol, non pas tant à cause de la religion qu'ils ren« daient aux Dieux, qu'à cause du culte qu'ils rendaient à « Marie. Ces gens demeuraient en notre France, et pousse« rent Priscus, roi des Chartrains, à lui dédier son royaume. « Et pour en rendre témoignage à la postérité, il en fit faire « l'image, qui fut posée dans une chapelle avec cette ins«cription : Virgini parituræ. Cette chapelle se nommait « aussi Semnæum; et à cause qu'elle était desservie par les « druides, ils furent appelés Semnothei. » (C. 31, p. 76 du livre intitulé : Succession du saint prophète Elie en l'ordre des carmes de la réforme de sainte Thérèse; par le R. P. Louis de Sainte-Thérèse, premier définiteur des carmes déchaussés en France. A Paris, chez G. Saffier, 1662.) L'oratoire de Chartres fut bâti sur le modèle de celui du Carmel; car nous lisons dans le même T. R. P. Louis de Sainte-Thérèse (ubi suprà, p. 75); «L'oratoire qu'Elie bâtit sur le mont Carmel,

ces,

sait avec beaucoup de cérémonies près de Chartres, le sixième jour de la lune, qui était le commencement de l'année des Gaulois, suivant leur manière de compter par les nuits. Lorsque le temps de cette solennité approchait, le souverain pontife envoyait ses mandemens aux vacies, pour en annoncer le jour aux peuples. Les prêtres, qui ne sortaient des forêts que pour des affaires de grande importance, et par ordre de leur chef, parcouraient aussitôt les provin

criant à haute voix : Au gui de l'an neuf. Ad viscum druidæ clamare solebant, dit Pline.

La plus grande partie de la nation se rendait aux environs de Chartres au jour marqué; là on cherchait le gui sur un chêne d'environ trente ans; et lorsqu'on l'avait trouvé, on dressait un autel au pied, et la cérémonie commençait par une espèce de procession. Les eubages marchaient les premiers, conduisant deux taureaux blancs pour servir de victimes; les bardes, qui suivaient, chantaient des hymnes à la louange de l'Être-Suprême et en l'honneur du sacrifice; les novices marchaient après, suivis du héraut d'armes, vêtu de blanc, couvert d'un chapeau avec deux ailes, et portant en main une branche de verveine entourée de deux serpens, tel qu'on peint Mercure. Les trois plus anciens druides, dont l'un portait le pain qu'on devait offrir, l'autre un vase plein d'eau, et le troisième une main d'ivoire attachée au

d'Amérique, sur le hêtre, sur l’yeusc, sur le châtaigner et sur plusieurs autres arbres.

« PreviousContinue »