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un très-grand nombre de métairies, dont les revenus en or, en argent, en denrées étaient immenses, puisque

le seul article des offrandes en argent faites au tombeau de saint Riquier, montaient par an à quinze mille six cents livres de poids, ce qui fait quinze cent soixante mille livres de notre monnaie d'aujourdohui.

On voit par la Chronique de ce monastère, qu'il n'avait rien reçu de Pepin ni de Louis-le-Débonnaire. Charlemagne ne lui avait donné que quelques villages. Ainsi, presque toutes les terres dont il était en possession lorsqu'il donna l'état que nous avons rapporté, venaient de la libéralité des rois Mérovingiens, et des seigneurs qui avaient vécu sous leurs règnes.

Les richesses immenses des abbayes de Saint-Pierrele-Vif, de Saint-Martin d'Autun et de Saint-Riquier, font bien connaître quelles étaient celles des églises épiscopales; car ces églises mères, pour qui les fidèles avaient un respect singulier, avaient ordinairement la principale part à leurs dons.

Clovis et les grands du royaume voulant marquer à saint Remi leur reconnaissance pour les avoir éclairés des lumières de la foi, donnèrent à l'église de Reims plusieurs terres dans la Belgique, en-deçà et au-delà de l'Aisne, dans la Septimanie, dans l'Aquitaine, dans l'Austrasie, dans la Turinge (1). Clovis

(1) Marlot, Metropolis Remensis Hist., l. 2, c. 8.

donna de plus, à ce saint, tout le circuit qu'il pourrait faire dans le territoire de Reims pendant qu'il dormirait après le dîner. Pepin-le-Gros, père de Charles Martel, fit une donation semblable à saint Rigobert, un des successeurs de saint Remi dans le siége de Reims (1). Saint Remi acheta d'Euloge la ville d'Epernay, pour cinq mille livres d'argent, somme bien considérable, puisque la livre était alors de poids, et non pas de compte, comme aujourd'hui.

Saint-Cloud, fils de Clodomir, donna à l'église de Reims le bourg de Douzy, avec les villages voisins (2).

Saint Basle alla trouver saint Gilles, archevêque de Reims, pour le prier de lui accorder un endroit pour y bâtir un monastère. Saint Gilles lui répondit qu'il n'avait qu'à parcourir tout le territoire de Reims, pour y choisir l'endroit qu'il trouverait le plus convenable à son dessein, et qu'il lui accordait volontiers (3). Ce récit pris à la lettre, nous représente l'archevêque de Reims comme maître de tout le territoire de cette ville; mais sans le vouloir prendre à la rigueur, il faudra du moins convenir que ce prélat

(1) Vita sancti Rigoberti, ap. Bollandum, die quartå nuarii.

(2) Marlot, 1. 3, c. 34.

(3) Vir domini Basolus memoratum antistitern petit, ut secretius ei conversandi gratia concederet habitaculum; (Ægidius ) ei spatium perquirendi et optionem libenti concessit animo aptum sibi et competentem ad habitandum locum in toto Remensi territorio. (Vita S. Basoli inter acta SS. ord. S. Bened.)

avait des domaines dans toutes les parties de ce territoire.

Loup, un des premiers et des plus riches seigneurs du royaume,

laissa en mourant ses terres à ses fils. Romulfe, un d'entre eux, qui était évêque de Reims, donna à son église la plus grande partie des fonds qu'il avait eus de la succession de son père.

Saint Rieul, si illustre par sa naissance, qu'il avait épousé la fille du roi Childéric, devenu veuf, fut placé sur le siége de Reims. Il augmenta considérablement le patrimoine de cette église, tant de ses biens héréditaires que de ses acquisitions (1). On

peut connaître, par ce que nous venons de rapporter, la quantité de domaines que possédait l'église de Reims sous les rois Mérovingiens. Mais pour se former une juste idée des revenus qu'un si grand nombre de terres devait lui produire, il n'en faut pas juger par nos meurs et nos usages présens. Aujourd'hui, être seigneur d'un village, c'est y avoir la justice, et posséder en propre quelque partie de son territoire. Dans les siècles dont nous parlons, être seigneur d'un village, c'était non seulement y avoir une pleine et entière juridiction, mais encore avoir en propriété tout son territoire et tous les hommes qui le cultivaient, avec tous les animaux employés à cette culture.

Le savant de la Mare parle ainsi de la libéralité de nos premiers rois envers l'église de Paris :

(1) Marlot, l. 2, c. 26 et 43.

Les bois, les prés, les vignes et les autres hérita« ges qui environnaient la ville de Paris, étaient du « domaine de nos rois. Aussitôt que Clovis eut em« brassé la foi, il se servit de ces fonds

pour

doter « des églises et fonder des couvens dans cette capi« tale; et cela fut imité par les rois ses successeurs. « L'évêché et le chapitre de Paris furent mis en pos( session d'une partie considérable de ce terroir de la «« ville, du côté du nord et de l'occident. Sur ce ter« roir donné à l'église de Paris, se sont formés, dans « la suite des temps, la Ville-Evêque, l'ancien et le « nouveau bourg de Saint-Germain-l'Auxerrois, le « bourg l'Abbé et le Beaubourg.

« L'île de Notre-Dame était autrefois divisée en « deux îles d'inégale grandeur, par un petit canal. « Ces deux îles appartenaient originairement à l'évê«que et au chapitre de Paris. Cela fit donner à la

plus grande le nom d'ile de Notre-Dame; la plus « petite, qui était abandonnée au pacage des bes

tiaux, en prit le nom de l'île aux Vaches. Les « comtes de Paris s'en mirent en possession, et les « unirent à leurs domaines; mais Charles-le-Chauve, « l'an 867, les rendit à l'évêque et au chapitre de « Paris (1). »

Ceux qui connaissent Paris, peuvent seuls juger du prix de tant de riches possessions dont son église fut dotée.

(1) Traité de la Police, l. 1, titres 7 et 10.

qui lui

Childebert, fils de Clovis, étant tombé malade au village de celles en Brie, fut abondonné des médecins. Saint Germain, alors évêque de Paris, qui accompagnait le roi, pria pour lui; et lui imposant les mains, il fut à l'instant guéri. Ce prince, en reconnaissance, donna à l'église de Paris ce village de Celles, que l'on nomme à présent la Grande-Paroisse, deux autres domaines en Provence, les salines, et ce

appartenait dans Marseille, avec la maison qui y était bâtie. Ce diplome de Childebert se trouve dans le quatrième tome du Recueil des historiens des Gaules et de la France, pag. 621.

S. Cloud donna à l'église de Paris Nogent, aujourd'hui Saint-Cloud, avec toutes ses dépendances.

On a vu plus haut que Dagobert I" donna à l'église de Tours tout le cens qui se payait au fisc dans cette ville. On pourra juger combien les revenus de cette église étaient considérables par le fait suivant. .

Baudin ayant succédé à Injurieux sur le siége de Tours, distribua aux pauvres plus de vingt mille sols d'or que son prédécesseur avait laissés (1). Ces vingt mille sols d'or vaudraient, de notre monnaie courante aujourd'hui, plus de deux cent mille livres; grande somme pour un temps où l'argent n'était

pas,

à beaucoup près, si commun qu'à présent.

Le roi Childebert passant par Verdun, alla loger

(1) Aurum etiam quod ejus decessor reliquerat, amplius quàm viginti millia solidorum pauperibus erogavit. (Greg. Tur., I. 10, c. 31.)

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