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Le régime des druides faisait sa résidence dans l'Autunois pendant les six mois d'été, vers la montagne qu'on nomme encore aujourd'hui le mont des Druides, mons Druidarum; et ils passaient l'hiver dans la Beauce, où était le siége souverain de leur domination. On

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tenait les assemblées générales, et on y faisait les sacrifices publics; mais les siéges de justice ordinaires, et les sacrifices particuliers, étaient assignés dans les divers lieux des Gaules où les druides avaient des retraites.

Le grand sacrifice du gui (1), de l'an neuf, se faisait avec beaucoup de cérémonies près de Chartres, le sixième jour de la lune, qui était le commencement de l'année des Gaulois, suivant leur manière de compter par les nuits. Lorsque le temps de cette solennité approchait, le souverain pontife envoyait ses mandemens aux vacies, pour en annoncer le jour aux peuples. Les prêtres, qui ne sortaient des forêts que pour des affaires de grande importance, et par ordre de leur chef, parcouraient aussitôt les provinces, criant à haute voix : Au gui de l’an neuf. Ad viscum druidæ clamare solebant, dit Pline.

Apollinaris mystici;)
Fratri patrique nomen à Phæbo datum,

Natoque de Delphis tuo.

Facunde, docte, lingua et ingenio celer,

Jocis amone, Delphidi,

Nec reticebo senem
Nomine Phoebicium,
Qui Beleni AEdituus
Nil opis inde tulit.
Sed tamen,

ut placitum,
Stirpe satus druidum,
Gentis Aremoricæ ,
Burdigaloe cathedram
Nati opera obtinuit.
Et tu, Concordi,
Qui profugus patria
Mutasti sterilem
Urbe alió cathedram;
Et libertina. .

(1) Le gui est une plante parasite qui naît sur le chêne, sur le pommier, sur le poirier, sur le prunier, sur l'acacia

La plus grande partie de la nation se rendait aux environs de Chartres au jour marqué; là on cherchait le gui sur un chêne d'environ trente ans; et lorsqu'on l'avait trouvé, on dressait un autel au pied, et la cérémonie commençait par une espèce de procession. Les eubages marchaient les premiers, conduisant deux taureaux blancs pour servir de victimes; ; les bardes, qui suivaient, chantaient des hymnes à la louange de l'Être-Suprême et en l'honneur du sacrifice; les novices marchaient après, suivis du héraut d'armes, vêtu de blanc, couvert d'un chapeau avec deux ailes, et portant en main une branche de verveine entourée de deux serpens, tel qu'on peint Mercure. Les trois plus anciens druides, dont l'un portait le pain qu'on devait offrir, l'autre un vase plein d'eau, et le troisième une main d'ivoire attachée au

d'Amérique, sur le hêtre, sur l'yeuse, sur le châtaigner et sur plusieurs autres arbres.

bout d'une verge, représentant la justice, précédait le pontife-roi, qui marchait à pied, vêtu d'une robe blanche et d'une tunique par-dessus, entouré de vacies vêtus à peu près comme lui, et suivis de la noblesse.

Ce cortége étant arrivé au pied du chêne choisi, le grand-prêtre, après quelques prières, brûlait un peu de pain, versait quelques gouttes de vin sur l’autel, offrait le pain et le vin en sacrifice, et les distribuait aux assistans; il montait ensuite sur l'arbre, coupait le gui avec une serpette d'or, et le jetait dans la tunique d'un des prêtres. Le pontife descendait alors, immolait les deux taureaux, et terminait la solennité de ce sacrifice, en priant Dieu de communiquer sa vertu au présent qu'il venait de faire à son peuple, de donner la fécondité aux femmes stériles et aux animaux qui en prendraient, et de le rendre un remède efficace et puissant contre toute sorte de poison (1)

(1) Est autem (viscum ) rarum admodum inventu, et repertum magnâ religione petitur, et ante omnia sextá luna....... Sacrificiis epulisque sub arbore ritè paratis, duos admovent candidi coloris tauros, quorum cornua tum primum vinciuntur. Sacerdos candida veste cultus arborem scandit, falce aureâ demetit, cundido id excipit sago : tùm deinde victimas immolant, precantes ut suum donum Deus prosperum faciat his quibus dederit. Fæcunditatem eo poto dari cuicumque animali sterili arbitrantur, contraque venena omnia esse remedia : tanta gentium in rebus frivolis plerumqu religio est. ( Plin., Hist. nat., l. 16, c. 44. )

Les druides recueillaient avec moins de pompe l'herbe appelée selago, espèce de camphorata ou de mousse terrestre (1); on y employait cependant quelques pratiques mystérieuses. Un prêtre à jeun, purifié par

le bain, vêtu de blanc, commençait par le sacrifice du pain et du vin; et s'avançant pieds nus dans la campagne, comme s'il eût voulu cacher à ses propres yeux ce qu'il allait faire, il passait la main droite sous la manche du bras gauche, arrachait l'herbe de terre sans aucun ferrement, et l'enveloppait dans un linge blanc et neuf; il en exprimait ensuite le suc, qui passait pour un remède spécifique dans toutes sortes de maladies (2); et l'on supposait sans doute

que son efficacité était principalement due

(1) Pline (Hist. nat., 1. 5) dit que l'herbe qu'on appelait selago est la même que la sabine. Matthieu Martin, dans son Lexicon, en parle ainsi : Selago herba similis sabinæ , videtur dici à seligendo, quod cerlo ritu seligeretur : sed gallicam seus germanicam esse censeo à selig, salvus, beatus; nam contrà omnem perniciem seligebatur ex druidarum doctrinâ.

(2) Legitur sine ferro dextrâ manu per tunicam quá sinistra exuitur velut à furante, candida veste vestito, puraque lautis, nudis pedibus, sacro facto priusquàm legatur, pane vinoque, fertur in mappá nová. Hanc contrà omnem perniciem habendam prodidere druidve Gallorum, et contrà omnia oculorum vicia fumum ejus prodesse. (Plin., Hist. nat., I. 24.) Ce secret, perdu pendant long-temps, a été enfin retrouvé depuis peu par les carmes, qui se sont prétendus descendans et successeurs des druides : on l'a remis en vogue sous le nom de l'eau de mélisse ou de l'eau des carmes.

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aux cérémonies avec lesquelles il était cueilli et composé. C'est ainsi que dans les fausses religions on a eu recours aux mystères, pour rendre respectables des choses qui sans cela n'auraient été que puériles.

On cueillait la samole (1) à jeun, avec la main gauche, sans la'regarder. On la mettait dans des ca

que l'on pratiquait pour abreuver les bestiaux, et l'eau qui y coulait les guérissait de leurs maladies (2). La verveine avait aussi bien des vertus du temps

des druides. Ils la cueillaient au commencement de la canicule, avant que le soleil et la lune l'eussent éclairée de leurs rayons. Après avoir offert à la terre des fèves et du miel en sacrifice d'expiation, ils creusaient la terre avec un couteau, qu'ils tenaient de la main gauche, et faisaient sauter en l'air la verveine; ensuite ils faisaient sécher à l'ombre la tige, les feuilles et la racine, le tout séparément. Cette plante, ainsi préparée, chassait les fièvres, conciliait les cours, et guérissait toutes sortes de maladies ; il suffisait de s'en frotter pour avoir tout ce qu'on voulait. Si on aspergeait la salle où l'on mangeait avec une branche de cette herbe, ceux qui avaient le bon

(1) Cette plante est, selon quelques-uns, la même qu'on appelle anagallis. Elle approche de la véronique, mais celleci a une fleur composée de quatre pétales ou feuilles, au lieu que celle du samolus en a cinq.

(2) Hanc sinistrå manu legi à jejunis contrà morbos suim borimque, nec respicere legentem nec alibi, quam in canali deponere, ibique congerere poturis. (Plin., Hist. nat., l. 24, c. II.)

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