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naire, les acteurs les plus acharnés dans ces sanglantes catastrophes.

Le nombre des Juifs augmenta considérablement pendant les siècles qui suivirent, témoin le canon du concile d'Agde, tenu l'an 506, qui défend aux chrétiens d'avoir aucun commerce, et surtout de manger avec un infidèle. Celui qui se tint à Orléans l'an 533, excommunia lous ceux qui feraient quelque alliance

aveo eux.

Nos premiers rois en trouvèrent un assez grand nombre qui s'étaient mariés à Paris. Ils occupaient, au milieu de la ville, toute une rue, qui en a retenu le nom de Juiverie, et ils s'étendaient en deux autres rues qui aboutissent de celle-ci au Palais.

Dans ces siècles de barbarie, la plus grande partie du commerce se trouvant entre leurs mains, ils firent des gains considérables. Grégoire de Tours nous apprend qu'ils affectaient, pour insulter aux chrétiens, de paraître, la semaine sainte, plus magnifiquement vêtus qu'à l'ordinaire, et de la passer en réjouissance; ils se montraient, au contraire, tristes et en deuil dans le temps de Pâques.

Childebert, fils de Clovis, fit cesser ce scandale, par un édit de l'an 533, qui défendit aux Juifs de paraître en public pendant le saint temps de la Passion et à Pâques. Il leur défendit aussi d'avoir aucun esclave ou domestique chrétien; « n'étant pas juste, « dit cette loi, que celui qui a été racheté par le pré« cieux sang de Jésus-Christ, soit soumis à servir un « infidèle qui blasphême son saint nom. »

Sous Chilpéric, plusieurs Juifs se convertirent; et ce prince fit l'honneur, aux prineipaux de leur nation, d'être leur parrain.

Dagobert rendit un édit, l'an 633, par lequel il enjoignit expressément à tous ceux qui ne confessaient

pas la foi de Jésus-Christ, de sortir de ses Etats dans un certain temps. Quelques Juifs se firent baptiser, et tous les autres, en plus grand nombre, se retirèrent.

On ne voit pas combien dura leur exil; mais il y a lieu de penser que, sous Louis-le-Débonnaire, ils jouissaient d'une grande liberté. Ils eurent des discussions fort vives avec Agobard, évêque de Lyon; et l'empereur, à ce qu'il paraît, prit en diverses occasions leur parti contre le prélat.

Il est fait mention des Juifs dans le concile de Meaux, de l'an 845, et dans celui de Paris, de l'an 850 ; toutes les lois précédentes y sont renouvelées contre eux. Charles-le-Chauve, dans l'un de ses édits de l'an 877, en réglant les droits qu'il imposa sur les denrées et marchandises, ordonna que les marchands chrétiens paieraient l'onzième denier, et les Juifs le dixième. Plus tard, ce même prince étant mort, Sédécias, son médecin, qui professait la religion juive, fut accusé de l'avoir empoisonné, mais ce crime ne fut jamais éclairci ; et le président Hénault ajoute à ce qu'il en dit, qu'aucun historien ne nous a appris si ce médecin avait été puni.

Au commencement du onzième siècle, on accusa les Juifs de France, et particulièrement ceux d'Orléans, d'avoir donné des avis secrets au prince de Babylone. Ces avis consistaient, disait-on, à l'avoir prévenu que, s'il ne détruisait au plus tôt l'église des chrétiens qui étaient à Jérusalem, ils se rendraient en peu de temps les maîtres de ses Etats. Baronius rapporte, d'après Othon de Trisnique, qu’un moine nommé Radulphe s'efforça d'attirer à lui les habitans de Cologne, de Mayence, de Spire et de Strasbourg, pour se croiser contre les Juifs. Il enseignait publiquement qu'il fallait tous les mettre à mort, comme ennemis de la religion chrétienne. Il ne réussit que trop bien dans plusieurs villes d'Allemagne et de France : le sang des Juifs y fut répandu à grands flols; et ils furent enfin obligés d'avoir recours au roi des Romains, et à chercher leur sûreté dans Nuremberg.

Philippe Iar chassa les Juifs de ses Etats l'an 1096; mais ils ne tardèrent pas à être rétablis en France. On leur accorda des conditions, favorables en apparence à leur sûreté, mais qui augmentaient de beaucoup le poids de leur servitude. Ils se rendirent tributaires, et le roi partagea les bénéfices qu'il en tirait, avec les princes et les grands seigneurs de sa cour. Sous cette condition, ils continuèrent leur commerce, et il fut convenu que moyennant le payement de la somme fixée, ils conserveraient en propriété le reste de leur bien; mais ils demeuraient tellement attachés à leur seigneur, qu'ils étaient réputés faire partie de son domaine. C'était lui qui fixait leur domicile, et ils ne pouvaient en changer sans sa permission. Ils entraient eux-mêmes dans le commerce comme un héritage; on les vendait, on les revendiquait, on les hypothéquait à des créanciers, et il y avait action de complainte contre les gens qui en troublaient la possession.

Ceux de Paris ne furent plus logés au milieu de la ville; on les relégua hors des portes, dans le lieu nommé Champeaux. De petites maisons hautes et mal bâties y furent élevées exprès, et composèrent un certain nombre de rues étroites, tortues et obscures, qui furent fermées de portes de tous côtés : ce sont aujourd'hui les rues de la Poterie, de la Friperie, de la Chausseterie, de Jean-de-Beauce et de la Cordonnerie. C'était ainsi que toutes les juiveries de l'Europe fûrent bâties.

Il y eut encore ce changement, que le roi nomma des juges pour connaître des causes des Juifs et des différends qui naîtraient entre eux et les chrétiens. Le prévôt de Paris était toujours de ce nombre, et on le nomma commissaire conservateur des Juifs.

Les choses demeurèrent en cet état sous les règnes de Louis-le-Gros et de Louis-le-Jeune , et c'en fut assez pour enrichir de nouveau les Juifs.

Pendant le règne du premier de ces princeś, et sous la minorité du comte Aton VI, les Juifs établirent des universités ou académies dans les environs de Nîmes. Cette nation produisit alors des hommes recommandables par leur savoir. Le rabbin Abraham, , professeur à Vauvert, était entouré de disciples venus des

pays les plus éloignés.

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Philippe-Auguste étant parvenu à la couronne, l'on accusa les Juifs devant lui d'avoir ruiné le peuple par leurs usures; de s'être rendus, par cette voie injuste, les maîtres d'un grand nombre de terres considérables, et de

presque la moitié des maisons de Paris; d'avoir reçu pour gages les vases sacrés et les trésors des églises, et de les avoir profanés. A ces accusations, qui avaient au moins de la vraisemblance, on en ajouta d'absurdes, comme d'avoir réduit plusieurs pauvres chrétiens à devenir esclaves, et d'en crucifier un tous les ans le Vendredi-Saint.

Le roi fut ou feignit d'être persuadé de la malignité des Juifs, et les chassa de ses Etats l'an 1182; il confisqua tous leurs biens, à l'exception de leurs meubles, qu'il leur permit d'emporter ou de vendre dans un certain temps; il déchargea ses sujets de toutes les sommes qu'ils devaient aux Juifs, moyennant le versement d'un cinquième de cette dette dans le trésor royal, et leur rendit tous leurs biens aliénés.

Des propriétés confisquées sur les Juifs, Philippe donna quarante-deux maisons aux drapiers et aux pelletiers, moyennant 173 liv. de cens, et ordonna que toutes les synagogues seraient converties en églises ou en chapelles.

Cependant, les proscrits ne cessaient de solliciter leur rétablissement; ils offrirent même de grandes sommes pour l'obtenir. La gêne où se trouvait l'Etat, pour soutenir les guerres contre les Anglais et les Flamands, leur présenta une occasion favorable; leurs offres furent acceptées, et ils furent rétablis l'an 1198.

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