Page images
PDF
EPUB

Le fcandale

de ceux qui ont bien vé cu & qui

ont pratiqué la Religion, devient bien funefte à ceux qui en font les té

mains.

Le scandale

[ocr errors]

Le fcandale de ceux dont la piété a eu quelque éclat, eft encore plus irréparable; auffi le Sage le compare à une fource troublée d'où s'infectent toutes les eaux depuis le fond -jufqu'à la furface, & à une veine corrompue qui empoifonne bien-tôt toute la maffe du fang. En effet que Pharaon s'endurciffe'; que Jeroboam péche & faffe pécher tout Ifraël, quelque grands que fuffent ces fcandales, l'horreur feule que les gens de bien avoient de leur auteur, fuffifoit pour les en garantir; mais lorsqu'Aaron même, le Souverain Pontife prête les mains pour forger un veau d'or; lorfque David, ce Roi felon le cœur de Dieu, devient tout-à-coup adultére & homicide, c'eft alors que le crime d'Aaron devient l'idolatrie de tout Ifraël & la ruine de vingt mille hommes exterminés par le glaive: c'eft alors que la cruauté jointe à l'incontinence de David ayant fait blafphémer le Nom de Dieu par ses ennemis, eft caufe de la défolation effroyable de fa famille & de tous les états. Ahd quel eft donc le crime, s'écrie faint Auguftin, qui tire son énormité de l'élévation en fainteté de celui qui le commet, & de la multitude de ceux qu'il entraîne qui attire fur tous ensemble tant de punitions & de ravages, & qui portera Jesus-Chrift à demander compte à fon auteur, non de la perte des biens temporels ou de la vie corporelle, mais de la mort éternelle d'autant d'ames qu'il aura infectées de fa contagion? Sermon manufcrit attribué au Pere le Vafe, Oratorien

Ce qui rend le scandale d'occafion du moins d'occafion, auffi dangereux que les autres, c'eft, difent les quoique moins frap- Peres, que l'occafion du péché eft en un fens pant en ap- plus funefte que le péché même. Vous le fçaparence, vez, pour attirer les autres dans l'occafion l'on n'en eft fe- ne préfente pas le crime dans toute fa laideur :

de

l'on a foin de le couvrir du mafque de la vertu; lon les Pele poison ainfi caché fe laiffe prendre plus ailé- res que plus danges ment, & porte des coups d'autant plus mortels, reux. qu'ils étoient moins prévus. Hélas! combien d'entre nous poffèderoient encore heureusement leur premiere innocence, fi une funefte occafion ne leur eût tendu un piége fatal! Oui cette jeune perfonne fans biens, fans appui, conferveroit encore précieusement dans fon cœur la grace fon Baptême, fi un ami trop complaifant pour n'être point paffionné, ne lui eût offert fa maison pour asyle? Que de crimes eût évité cette malheureuse créature; fi fon mauvais fort ne l'eût point mile aux gages de ce maître brutal, qui pour falaire la couvre d'infâmie & devient l'écueil de la pudeur dont il devoit être le rampart! Quel bonheur pour ce domeftique, fi pour un morceau de pain il n'eût point été comme forcé d'époufer les infâmes paffions de ce jeune insensé, d'entrer dans fes engagemens fecrets, de conduire fes fourdes intrigues! &c. L'Auteur, Sermon du Scandale.

tention de

(candale

[ocr errors]

Comptez,, fi vous le pouvez, femmes du mon- Quoiqu'on de, les différens piéges que dreffent ces nudités n'ait pas inindécentes, ces ajustemens affectés, ces airs en- fcandalifer gagens; n'eft-ce pas à la vûe de tous ces ob- l'on eft tou jets que naiffent les pensées, que fe forment les de- jours coufirs, que fe conçoivent les adultéres? Quand je pable de parle de la forte, je ne m'en prends point à ces monftres de scandale, que Tertullien appelle les victimes malheureufes de l'impudicité. Non, non, fi ces vaines parures ne fervoient d'écueil à l'innocence que quand on les étale avec dessein, nos plaintes feroient moins ameres, nos reproches moins vifs; mais quand le cœur feroit chafte, les ajustemens n'en font pas moins lafcifs. Vos intentions font droites, je le veux; mais

quand on en préfente l'occafion.

qu'importe, dit faint Cyprien, fi fans deffein d'inspirer le crime vous le faites commettre ; fi la vanité de vos parures allume dans les cœurs une flamme impure & y nourrit un feu criminel digne de l'enfer ? En un mot quand par un prodige que je ne conçois pas, tout cela feroit innocent, dès que les fuites en font fi funeftes, quelle horreur n'en devez-vous pas avoir ? C'est ainsi que penfoit faint Paul. Non, difoit cet homme Apoftolique, je ne me croirai jamais permis ce que je fentirai devoir être nuifible au falut de mon frere: fi la viande que je mange le fcandalife, quoique l'ufage de cette viande ne me foit point défendu, je me condamnerai par la 1. Cor. 8. loi de la charité à n'en jamais goûter Si efca fcandalifat fratrem, &c. Etes-vous, femmes du monde plus privilégiées que faint Paul, & la loi de la charité vous oblige-t-elle moins qu'elle n'obligeoit ce grand Apôtre ? Le même.

13.

Prefque tout dans le

fcandale

Le scandale d'occafion s'étend bien plus loin que vous ne vous l'êtes peut-être imaginé. J'apmonde eft pelle, par exemple, fcandales d'occafion, ces d'occafion. affemblées prophanes où tout, jufqu'au filence, parle le langage des paffions; ces chanfons lafcives qui amolliffent le cœur & y infinuent le vice; ces peintures déshonnêtes dont la vue feule effarouche la pudeur la moins timide, & que faint Jérôme ne craint pas de nommer les trophées publics du vice: Vitiorum monumenta. J'appelle fcandales d'occafion ces prêts mutuels que l'on fe fait de ces fatyres diffamatoires, de ces livres contagieux, de ces hiftoires diaboliques où l'honneur eft bleffé, la pudeur outragée & le libertinage enfeigné. Trophées, &c. Vitiorum, &c. J'appelle fcandales d'occafion ces libertés indécentes entre deux fexes différens, ces lettres paffionnées où le cœur s'explique avec tant d'arti

fices, ces œillades meurtrieres par lequelles on fe renvoye avec tant de fureur, les regards les plus empoisonnés, ces converfations libertines où l'on ne parle que pour fe féduire. Trophées &c. Vitiorum, &c. J'appelle fcandales d'occafion ces vifités ménagées ces promenades particulieres, ces enjouemens étudiés ces fêtes galantes où tout annonce une ruine prochaine, &c. Trophées, &c. Le même.

[ocr errors]

Ne vous y trompez pas en attaquant ici le fcandale d'irreligion, je ne prétends nullement parler de ces libertins de profeffion, de ces monftres du Chriftianifme, qui dans les honteux excès des débauches les plus infâmes, & qui au milieu des folles faillies d'une raifon prefque abrutie, fe jouent des plus horribles facriléges, ne rougif fent point de faire fervir à leurs divertiffemens abominables, la Religion, les Mysteres, le Dieu même que nous adorons. Ces excès le font vûs, nos Peres en ont gémi, nous en gémiffons nous mêmes; & Dieu veuille que notre terre, felon l'expreffion du Sage, ne foit plus fouillée de tels anathêmes à des crimes de cette nature la févérité des loix convient mille fois mieux que tout le zele Evangélique. L'Auteur.

font

:

Voici, Chrétiens, des fcandales qui pour n'être pas auffi déshonorans aux yeux du monde, n'en pas moins pour cela de vrais fcandales, & des fcandales même d'irreligion. Je ne veux rien outrer; foyez vous-mêmes les juges: eh! comment nommerez-vous donc, finon des scandales d'irréligion ces fades railleries qui expofent notre Religion fainte au mépris & à la cenfure, qui lui ôtent le crédit & l'autorité qu'elle doit avoir fur les efprits; qui donnent au libertinage une efpece de fupériorité & d'afcendant fur elle; ces fatyres mordantes que l'on lance fur la dévotion,

Ce qu'il faut entendre par les

fcandales d'irréligion contre les

mondains qui affectent de ne regarder comme tels

que les crimes énor

mes.

Détail de ce que c'eft que le fcandale d'irréligion.

[ocr errors]

Sue's permicieutes du fcandale d'irreligion.

Qui font

pour la tourner en ridicule ; & ce mépris dédai-
gneux que l'on fait de ces affociations chrétien-
nes, de ces tréfors fpirituels, fous prétexte que
l'on y découvre des abus ? Eh! comment nomme-
rez, &c. finon, &c. cette hardielle téméraire avec
laquelle l'on décide fur les points les plus épineux,
fans en avoir nulle teinture; cet air de fuffifance
qui fait blafphemer tout ce qu'on ignore, ou du
moins ce qui n'eft point conforme à notre goût;
cette avidité à lire, ce foin a conferver ces livres.
dangereux, ou à la faveur des titres pompeux la foi
eft artificieusement corrompue ? Eh! comment
&c. finon, &c. la conduite de ces hommes qui
bien différens de David qui proteftoit qu'il n'au-
roit jamais de commerce, avec les impies,qu'il dé-
teftoit leurs affemblées pernicieules, le lient étroi-
tement avec cette fecte d'hommes qui fe picquent
d'athéifme & d'incrédulité, au rifque de faire
comme eux un trifte naufrage dans la foi &c.
L'Auteur.

Jugez des tragiques effets que produifent les fcandales d'irréligion : qu'en penfent & qu'en peuvent penfer ces hommes affis dans les ombres. de la mort, & que peut-être de pareils fcandales ont malheureusement féparés de nous. N'en tirent-ils pas avantage; n'est-ce pas un triomphe pour eux ? Qu'en pensent même & qu'en peuvent penfer ceux qui avec nous vivent dans la même communion Des fcandales de cette nature ne font-ils pas bien propres à ébranler leur foi, à les rendre chancelans dans les voies de la vérité, & que fçais-je ? même plus que fuffifans pour en faire de foibles & timides chrétiens qu'ils étoient, de hardis & de fameux criminels.? Le même.

[ocr errors]

Reconnoiffez-vous coupables du fcandale que eeux prin- je déplore ici, vous fur-tout ennemis de l'ucipalement nité de créance & de culte ; vous, Apôtres. du que le ren

« PreviousContinue »