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insurgés, pour les engager paternellement à éviter toute effusion de sang. M’Kensie se borna à répondre qu'il consentirait à ce que les réelamations de ses compatriotes fussent réglées par une convention nationale, et qu'il attendrait jusqu'à deux heures après-midi la décision du Gouverneur. Cette décision ne pouvait etre douteuse. Le 7 décembre les loyalistes sortirent de Montréal sous les ordres du colonel M'Nab, pour débusquer M'Kensie de la position qu'il avait prise à la taverne de Montgomery. Les insurgés disputèrent quelque temps le terrain ; mais, assaillis avec courage par la milice et accablés par la supériorité numérique de leurs adversaires, ils furent contraints de se retirer en désordre.

Ce premier succès enhardit les partisans du Gouvernement qui accourent en si grand nombre, de tous les districts circonvoisins, que, s'il faut en croire le rapport du gouverneur, il eut pu réunir en peu de jours un 'corps de 12,000 volontaires sous les murs de la capitale. Il est certain, du moins, qu'à l'exception de l'attaque dirigée contre New-Island, dont nous parlerons tout-à-l'heure, huit jours après l'agression de M'Kensie, l'ordre était rétabli dans toute la province supérieure.

Cependant M'Kensie s'était réfugié à Buffalo, dans le Comté de New-York, où il parvint à exciter, parmi les Américains, un sentiment puissant d'intérêt en faveur des insurgés du Haut-Canada. Les habitants de cette partie des Etats-Unis s'enrôlaient comme volontaires sous le drapeau de l'insurrection, dans le but avoué de s'emparer de la province supérieure et d'y établir un Gouvernement provisoire. A cet effet, on convoqua de nombreuses réunions publiques; on fit appel au dévouement des patriotes américains; on ouvrit des souscriptions dont le produit fut 'employé en achats d'armes et de munitions de toute espèce; enfin, non contents des ressources qu'ils trouvaient dans les sympathies individuelles, les meneurs mirent à contribution les arsenaux de l'État, et, soit qu'il y eut connivence ou incurie de la part de l'autorité fédérale , il est cer

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tain que des munitions et de l'artillerie appartenant au gouvernement américain, furent publiquement et ostensiblement employées à envahir le territoire britannique.

Le 13 décembre quelques centaines d'Américains commandés par M. Van Rensselear, s'emparèrent d'une petite île formée par le Niagara et située à deux milles des cataractes. Cette ile, connue sous le nom de Navy-Island, fait partie du territoire canadien. De ce point les Américains, au nombre de 1500 hommes à peu-près, menaçaient incessamment la rive opposée du fleuve, défendue par un corps de miliciens placés sous les ordres de ce même colonel M Nab que nous avons déjà vu figurer dans la défense de Montréal. Cependant les instructions de cet officier lui prescrivaient de se borner à se défendre, et d'éviter soigneusement toute violation du territoire américain. Mais, retranchés dans l'ile, les insurgés ne tardèrent point à ouyrir leurs feux contre le rivage canadien qui , sur ce point, est couvert de nombreuses habitations. Le 28 décembre , le colonel M'Nab, ayant appris que les insurgés avaient frété un bateau à vapeur américain, la Caroline, destiné à favoriser leurs communications avec la terre ferme, prit la résolution de détruire ce navire. En conséquence un détachement de milice fut mis à bord de quelques chaloupes canonnières et chargé de celte expédition. Les Anglais surprirent la Caroline amarrée au rivage appartenant aux États-Unis, près d'une taverne qui servait de lieu de rendezvous aux partisans de l'insurrection ; ils l'abordèrent au milieu de la nuit, et, après une lutte acharnée, ils s'en emparèrent, y mirent le feu et l'abandonnèrent au courant, qui l'entraîna, tout enflammée, dans les abîmes des cataractes. Ce tragique événement produisit parmi les Américains une exaspération d'autant plus grande, que l'équipage de la Caroline, composé de marins inoffensifs, de femmes et d'enfants, périt tout entier dans cette attaque qu'aucune agression ne justifiait et qui constituait d'ailleurs une flagrante violation de territoire.

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C'est dans ces circonstances que sir Francis Head assembla la législature du Haut-Canada , de laquelle il obtint la suspension de l'habeas-corpus et le jugement, par des cours martiales, de tous les étrangers qui seraient pris les armes à la main.

Des troupes nombreuses furent ensuite réunies, dans le but de déloger les insurgés de la position de Navy-Island; mais, jugeant toute résistance inutile, ceux-ci décampèrent ** dans la nuit du 14 janvier. Alors les patriotes portèrent la guerre sur un autre théâtre, et tandis qu'un de leurs détachements guerroyait vers le détroit du Michigan et menaçait la frontière septentrionale des possessions anglaises, un autre corps faisait une démonstration contre Kingston, à l'extrémité orientale du lac Ontario. Ce dernier parti s'empara même d'une petite île située à six milles de Kingston, qu'il abandonna bientôt, à l'approche d'un corps anglais envoyé pour le combattre. Les insurgés s'étaient également réunis à Sandusky Bay, sur l'Ohio, d'où ils s'étaient jetés dans l'ile de Point-Pelé, formée par le lac Erie. Le colonel Maitland marcha contre eux à la tête de quelques régiments et d'une nombreuse artillerie ; le combat fut long et acharné; les deux partis éprouvèrent des pertes sensibles; mais les insurgés, dont le plus grand nombre se composait d'habitants des États-Unis, furent battus et dispersés par les troupes royales.

C'est à l'issue de cette expédition que, le 15 janvier, Sir Francis Head informa ofliciellement le parlement provincial, qu'ayant eu le malheur de différer d'opinion avec le gouvernement de la reine, sur deux ou trois points de sa politique coloniale, il s'était cru obligé de se démettre des fonctions de lieutenant gouverneur. Il annonçait en même temps à la législature, que sa majesté lui avait donné pour successeur le général sir Georges Arthur. Les deux chambres exprimèrent les vifs regrets que leur causait cette retraite, et la session législative fut prorogée jusqu'au 6 mars, Ann. hist. pour 1838.

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par le gouverneur démissionnaire, qui profita de cette occasion pour récriminer amèrement contre l'intervention des habitants des État-Unis dans une querelle qui leur était étrangère. Les deux chambres ne voulurent se séparer qu'après avoir voté une adresse dans laquelle elles protestaient de leurs dévouement à la reine, et exprimaient la crainte que la constitution existante ne fut attérée par les concessions inopportunes que le département des colonies avit cru devoir faire à l'esprit de révolte. Enfin l'assemblée législative du Haut-Canada émettait , par l'organe d'un comité spécial, le veu que toutes les possessions anglaises dans l'Amérique du nord fussent réunies sous l'empire d'un seul corps législatif ; que les assemblées provinciales n'eusgent d'action que sur les intérêts purement locaux; que la reine prit , indépendamment de ses autres titres souverains, celui de reine des Etats britanniques de l'Amérique du nord, et que désormais le fonctionnaire chargé du gouvernement de ces colonies, fût un personnage considérable et investi de la dignité de vice-roi.

CHAPITRE XII.

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Le ministère présente aux communes un bill tendant à suspendre la constitu

tion canadienne. – Demande d'une adresse à la couronne. Discours de lord J. Russell. - MM. Hume et Grote repoussent le projet d'adresse. Discours de sir Robert Peel. – Réponse de lord Howich. – MM. Charles Buller et Leader prennent la parole. - Substance du bill de suspension. – Discussion de ce bill. — M. Warburton, M. Hume, sir Robert Peel, l'Altorney, général, y prennent part. - La question est portée à la Chambre des lords. Première discussion. Le duc de Wellington, lord Glenelg, lord Brougham, le comte de Durbam soutiennent le débat.Discussion de l’Adresse dans la même Chambre. -Lord Brougham attaque énergiquement le ministère. - Défense de lord Ripon. — Lord Durham explique sa politique.

Vote de l'Adresse. — M. Roebuck à la barre de la Chambre des communes. – Discussion du bill de suspension dans cette Chambre. Discours de MM. Leader, Molesworth et Robert Peel. – Réplique du ministre de l'intérieur. - La Chambre se forme en comité. – Modification apportée au bill. Il est volé par la Chambre des communes.

Seconde lecture à la Chambre des lords. — Lutte entre ford Brougham et lord Melbourne. M. Roebuck plaide pour le Canada , à la barre de cette Chambre.

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Nous venons d'exposer quelle était la situation des affaires dans les deux Canada, au moment où, le 15 janvier 1838, le parlement anglais reprit ses travaux. Ainsi que nous l'avons fait remarquer, au commencement du chapitre précédent, la nouvelle de cet état de choses avait produit à Londres une profonde et douloureuse sensation.

Le premier acte du ministère fut de présenter à la chambre des communes un bill suspensif de la constitution du Canada. Lord John Russell demanda ensuite que la Chambre Fotât une adresse à la couronne, pour offrir à Sa Majesté le concours du Parlement dans toutes les mesures qu'elle croirait devoir prendre, afin de rétablir l'ordre dans ses possessions canadiennes. Après avoir récapitulé les principaux

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