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PRÉFACE.

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It existait une lacune bien importante entre deux de mes Ouvrages : l'Histoire de France au dix-huitième siècle, et le Précis de la Révolution française; je n'avais point écrit L'HISTOIRE DE L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. Cette tâche me paraissait très-difficile à reniplir j'y voyais les dangers de l'Histoire contemporaine dans toute leur étendue. Même après avoir signalé la faiblesse anarchique de l'Assemblée Législative, les crimes de la Convention, le règne à la fois violent et irrésolu du Directoire Exécutif; il m'en coûtait de relever dans l'Assemblée Constituante les fatales erreurs de plusieurs hommes dignes d'estime à beaucoup d'égards, et qui avaient fait des efforts généreux pour réparer leurs fautes; mais quand j'ai vu les mêmes erreurs reproduites au bout de trente-deux ans, remises en crédit, se propageant en Europe

avec plus de facilité et de plus déplorables succès qu'en 1789, nous menaçant de leur terrible et honteux retour, et enfin professées par quelques-uns de ces hommes même qui devaient le plus gémir de les avoir partagées, j'ai cru faire l'acte d'un bon Français, j'ai cru remplir un devoir honorable en écrivant dans toute la sincérité et la force de mon âme l'HISTOIRE DE L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. Cependant, j'ai toujours eu présente à l'esprit cette maxime judicieusement énoncée par Voltaire : Que, si l'on ne doit que la vérité aux morts, on doit des égards aux hommes vivans. Il n'y a pas une bonne action que je ne me sois fait une loi de rapporter, pas une que j'aie attribuée à de vils motifs, pas un repentir que je n'aie mentionné. Persuadé que l'indignation contre les grands crimes est un devoir, une nécessité pour l'Historien, je n'ai admis aucun ménagement en parlant d'un prince qui fut le fléau, le meurtrier de tous les siens. Mon récit peut réveiller des douleurs cruelles chez d'augustes personnes;

mais les Français s'inclineront toujours avec respect, avec amour devant l'épouse vertueuse, accomplie et infortunée du coupable duc d'Orléans, devant la digne fille de ce duc de Penthièvre qui, durant des jours de licence, fut un modèle de bienfaisance et de sainteté les Français s'inclineront toujours avec amour et respect devant le sang de Henri IV et de Saint-Louis.

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Je crois devoir expliquer à mes lecteurs l'ordre en apparence assez bizarre dans lequel ont été publiées mes compositions historiques. Je ne puis le faire sans revenir sur quelques événemens de ma vie.

La plupart des erreurs que je relève aujourd'hui, je les ai attaquées ouvertement dès ma première jeunesse, en 1790, 1791, 1792, dans le journal des indépendans publié par M. Suard, et dans les supplémens du journal de Paris, qui recevaient alors le plus grand éclat des écrits éloquens de M. André Chénier, et des protestations courageuses de M. Roucher; tous les deux ont expié

sur l'échafaud leur indignation généreuse.. Quoique les faibles productions de ma jeunesse fussent bien peu dignes d'être placécs à côté de celles de ces écrivains, j'ai eu long-temps à craindre le même sort, et je n'ai dû la vie qu'aux soins courageux et constans de quelques belles âmes qui ont veillé sur mes dangers en augmentant encore ceux auxquels leur vertu et leur fidélité les exposaient journellement. Après le 9 thermidor, il fut donné à quelques écrivains périodiques, parmi lesquels se distinguaient particulièrement MM. l'abbé Morellet, Suard, Fontanes, Fiévée, Michaud, Bertin, Dussault, de réparer les fléaux qu'avait produits la liberté de la presse. Je joignis mes efforts aux leurs, et il n'y a pas une époque dans ma vie, dont le souvenir ait laissé dans mon âme une satisfaction plus profonde. Nos dangers furent grands à cette époque, surtout après la journée fatale du 13 vendémiaire. Bientôt après, nous revînmes à l'attaque contre les lois révolution

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