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et simple du projet de M. Necker, mais la rédaction lui parut s'étendre trop sur l'eloge du Ministre. Il dit qu'elle devoit être conçue dans des termes moins emphatiques.

M. de Mirabeau répondit, qu'il n'avoit énoncé que les faits, et qu'il avoit voulu empêcher que l'Assemblee Nationale se rendit responsable d'un plan tres-critique et très-douteux.... Il engagea individuellement tous les Membres de l'Assemblée à employer leurs efforts, pour engager leurs Commettans à acquiescer au projet du Ministre.... Il parla aussi d'une adresse, par laquelle on détailleroit au Peuple l'urgence des circons

tances.

Après de longs et tumultueux débats, l'ajournement de la discussion fut demande, jusqu'à l'impression du plan de M. Necker, et du rapport du Comité. Mais l'urgence des circonstances ne permit pas de retarder la délibération; et l'ajournement fut rejeté.

M. de Lally proposa, pour la troisieme fois, de décreter sur-le-champ, et sans discussion, l'acceptation du plan de M. Necher, et de renvoyer la rédaction du décret au Comité des Finances.

Il fut toutes les fois interrompu par un grand nombre de Membres, qui demandoient la discussion, et du decret, et d'une partie même du plan de M. Necker, et de la question, si cette contribution du quart des revenus seroit volontaire ou forcée?

Si l'on veut décréter l'impót, reprit M. d' Mirabeau, il faut discuter: si l'on ne veut pas discuter, il faut décréter de confiance le plan qu'on vous propose dans son casemble.... Je ne sais comment nous decreterions une contribution volontaire et patriotique,

tandis qu'un emprunt patriotique a eu si peu de succes ?.... Il finit par retirer sa rédac

tion.

M. Fréteau, appuyant l'expression de confiance, proposa une nouvelle formule en ces

termes :

"

"

Vu l'urgence des circonstances, et ouï le rapport du Comite des Finances, l'Assemblee Nationale accepte de confiance le plan proposé par le premier Ministre des

"

Finances, "

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M. de Saint-Fargeau saisit un moment d'intervalle, pour s'opposer à ce Decret, en disant, qu'il ne s'agissoit pas d'établir une lutte de crédit entre l'Assemblee Nationale et le Ministre.

Il répéta les précédentes objections faites à ce sujet, et proposa que les Membres de l'Assemblée votassent à l'instant à l'unanité, l'offre du quart de leurs revenus. Je suis persuadé ajouta-t-il, que, lorsque l'Assem bleg aura donné cet exemple, toute la Nation s'empressera de le suivre, et nous n'auron's point engage inconséqueninient les biens de nos Commettans.

Cette proposition fut adoptée par une subite et unanime acclamation; mais en même temps les debats se multipliereent sur le projet de décret. Un bruit indéfinissable troubloit les opinions et les Opinans.

M. de Mirabeau revint à la chage, pour ramener à sa proposition les esprits chancelans.

Etes-vous capables, dit-il, de sentir l'état actuel des Finances? En connoissezvous un plus désastreux? Avez-vous un grand moyen de crédit et de Finances à donner?... Ce n'est pas dans 24 heures qu'on acquiert,

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par la raison mème, la puissance de la confauce. Les esprits timides qui voudroient temporiser, ont-ils réflechi que la banqueroute est le plus cruel des impóts? Ont-ils bien calculé les terribles effets qui en seroient la suite ? Si 100,000 Propriétaires pouvoient combler le déficit, et que l'on vous proposât de les dépouiller, l'Assemblée reculeroit d'horreur; et cependant le crime seroit bien moins effroyable que celui d'une banqueroute; et au moins le déficit seroit-il comblé. Mais Croit-on qu'en ne payant pas, on ne devra de ceux plus ?... Doit-on attendre un refus, à qui on demande une partie de leur fortune, pour sauver leur fortune entiere?

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"

J'ai entendu ici, pour une misérable faction du Palais-Royal, vous dire: Catilina est à vos portes, et vous délibérez ! Eh! la banqueroute est à vos portes, et vous voulez discuter!»

"

Donnez des moyens, ou acceptez ceux qu'on vous offre, et ne perdez pas un temps que vous ne répareriez jamais.

"

Plusieurs Députés cependant s'obstinèrent, et crierent que si M. de Mirabeau craignoit la banqueroute, ils craignoient, eux, la combustion de leurs maisons, et la destruction des fortunes d'une foule de Proprietaires; mais la véhémence de l'Orateur électrisa toute l'Assemblée, et ce sentiment vif répondit à toutes les objections. Le Decret fut adopté par acclamation."

On procéda aux suffrages par appel nomile nal: 429 voix admirent le Décret, 107 rejetèrent, 24 furent sans avis.

Supplément à l'Assemblée Nationale.

DISCOURS prononcé par M. Necker, premier Ministre des Finances, à Assemblée Nationale, le 24 Septembre 1789.

Les faits, les principes, les propositions sont recueillis dans l'extrait que nous allons donner de ce Discours, dont l'étendue nous force à quelques suppressions. Nous n'avons rien omis de l'état des maux publics, ni de celui de leurs remèdes. Nos suppressions ne portent que sur des morceaux qui prouveroient le moins intéressant des talens de M. Necker, celui de l'éloquence. C'est la mesure de la ruine publique et les moyens de la réédifier qu'il importe de présenter au Public.

"9

Il y avoit hier matin, au Trésor royal, douze millions huit cents mille livres, soit en billets de la Caisse d'escompte, soit en argent comptant, soit en effets exigibles dans la semaine ; cet état, au premier coupd'eil, est fort au-dessus de celui dans lequel j'ai trouvé le Trésor royal au mois d'août de l'annee derniere: mais d'abord, treize mois d'intervalle remplis d'evèJemens e de contrariétés inimaginables, out épuisé toutes les ressources. D'ailleurs, d'ici à la fin du mois, les besoins indispensables, c'està-dire, le prêt des troupes de terre, le piét

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et le service de mer, le payement des intéts acquittés au Tresor royal, en les circonscrivant dans le plus exact nécessaire, le payement des pensions encore plus limité; enfin, le secours qu'exigent plusieurs caisses et divers Trésoriers habitués à servir le Roi de leur crédit ; ces divers objets faisant uniquement partie des obligations forcées; ces divers objets, dis-je, se montent à huit ou neuf millions; ainsi il ne restera que trois ou quatre millions pour commencer le mois prochain, et nous aurions besoin de trenté millions pour satisfaire à ses besoins, et de soixante-dix à quatre vingt, pour répondre au service indispensable des trois derniers mois de cette année.

n

"}

Voilà, Messieurs, le triste récit de l'état des finances de France, dans un moment où il n'y a plus de crédit. C'est à regret que je donne publiquement cette instruction; mais je le fais à une époque où il n'est plus temps de se defendre, par le secret, des atteintes de l'opinion. J'ai l'ame déchirée d'avoir à présenter un pareil tableau de notre détresse. Ces temps où au milieu d'une guerre dispendieuse, je pourvoyois, sans de grandes inquiétudes, à cent cinquante millions de dépenses extraordinaires; ces temps plus récens, où à l'approche de la réunion des Représentans de la Nation, je me formois le spectacle des prospérités de ce Royaume et de la renaissance de toutes ses forces; ces temps sont trop pres de mn souvenir, pour ne pas former dans ma penste le contraste le plus afligeant avec les circonstances présentes. Ah! que la prudence des hommes est un foible bouclier! que leur prévoyance est incertaine! Il est un cours

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