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l'exécution foit auffi parfaite que la compofition même, où il ne reconnoît plus la mufique Itatienne. C'eft ce qui eft arrivé au Concert du Dimanche 1er. de ce mois, où lo a voulu exécuter quelques fragmens d'une l'affion mife en mufique par le célebre Paisiello.

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Cet Ouvrage, compofé à Pétersbourg pour l'Tu pératrice de Ruffie, à été exécuté depuis à Berkn & à Vienne. Depuis que Paifillo eft de retour en Italie, il a été entendu à Naples, à Rome & dans toutes les Villes où l'on a pu fe le procu rer. La célebre Madame Toli, qui l'avoit déjà exécuté plufieurs fois, vouloit le donner ici pour fon Concert de bénéfice. Le prodigieux fuccès qu'il a cu par-tout, l'a fait regarder, avec raison, comme une des plus excellentes Productions de 'ce grand Maître. Pourquoi n'eft-il venu à Paris que pour y tomber? Pourquoi n'a-t-on pu même Ty reconnoire?

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Veut on s'en prendre au changement de Langue, à la foibleffe de Traduction, au défaut d'élégance des paroles fubftituées à celles de Métaftale? Nous y confentons de bon cœur, fi cela peut foulager la confcience de quelqu'un. Nous avouerors même de bonne foi que les beautés d'expreffion du Peème original foit bien. Poin d'être égalées dans la Verfion Françoife; qu'on n'y retrouve. pas, à beaucoup près, la inéme élégance, & que la douceur de la mélodie y perdoit néceffairement. Mais ce défaut qui le feit fentir plus ou moins dans toute Parodie, fuffoit-il pour détruire entièrement, le mérite du morceau ? Des paroles qu'on crtend à peine, & dont on ne peut fuivre la liaifon, puifqu'on n'a exécuté que des fragmens, pouvo.ent-elles faire. rouver déteftable une mufique excellente La penfée étant la même, puifque la Traduction eft

Hittérale, ne reftoit-il pas à juger l'expreffion? Le chant, harmonie, les accompagnemens étoientils changés par le changement de Langue? Non, mais ils let ient terriblement par l'exécution.

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1o. L'Introduction & le premier morceau font écrits pour un Deffus, ils ont été chantés par une Baffe-taille, par M. Chardini, dont la voix eft moelleufe & facile nais qui enfin n'eft pas un Dulus. Cette Introduction a é é coupée aux deux tiers, & tous les développemers de l'Auteur ont été perdus. Il y a da s ce morceau une Clariecute obligée, elle a été exécutée par un Hautbois; parfaiten ent à la vérité, mais un Hautbois n'eft pas une Clarinette. Il y a dars ce morceau une Flite obligée; elle a été fupplimée fans ren placement.

2o. Le même M. Chardini, dont la voix cft, comme nous l'avons dit, moelleufe & facile, a chanté e fuite un Ar, non pas de Baffe - taille, mais de Balle, qui exigeoit une voix grave & foite. Cet Air, en perdant fon caractère, perdeit aufli fon expreflion, & ce qui devoit parure de l'énergie, ne paroilloit plus, qu'une galé réplacés. 44 3°. Aucun mouvement n'a été fait dans l'intention de l'Auteur; aucune nuance, aucun de ces accens qui diftinguent for tout la mufique Italienne. C'en cft all z, à ce qu'il nous faible, - pour rendre méconnoiflable le plus beau morceau. Les Campofiters de cerc Nation n'écrivent pas af z négligemment leur aufique, pour - qu'elle puiffe convenir également à relle ou telle autre voix, à tel ou tel augue in ftrumest, pour ; qu'il foit égal de l'exécuter de tel ou tel antre mouvement, de telle on elle autre manière.

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C'est donc aux Chanteurs & à l'Orcheste qu'il faut s'en prendre? Point du tent. L'Orchere eft excellent le moindre doute à cet égard feroit

ridicule. On connoît de même depuis long-temps les talens de M. Chardini, de M. Lays, de Maderno felle Rouff lois. Ces deux derniers venoient d'être extrêmement & très juftement applaudis à ce même Concert, l'un dans un charmant morceau de M. le Berton, l'autre dans une très-belle fcène de M. Méhul; mais ce n'eft pas la faute des Chanteurs, fi la mufique qu'on leur donne re convient pas à leur voix, & s'ils n'ont pu faifir, à la première vue, un ftyle dont ils n'ont pas l'habitude.

Faut-il s'en prendre aux Directeurs ? Pas davantage. La conftitution du Concert ne permet pas de faire autant de répé itions que l'on voudroit. Ce morceau en ex geot plufieurs, & il n'en a pu être fait qu' ne tès-incomplette, & le jour même. Les Directeurs, les Chanteurs ont efpéré que leur zèle fuppléeroit à tour, mais leur zèle s'eft trouvé infuffilant. Il faut donc en accufer feulement l'impoffibilité, qu'on n'avoit pas affez calculée, de tranfplinter ainfi une mufique étrangere, fans pouvoir y donner autant de foins qu'à un Opéra. Perfonne affurément ne s'aviferoit de faire entendre un Opéra au Public à la première vue.

Les détails dans lefquels nous venons d'entrer, pourront paroître minutieux & indifférens à beaucoup de perfonnes Il faut confidérer cependant que la gloire d'un Mitre célèbre, ou plutôt que notre goût en mufique fe trouve compromis. Il eft bon de favoir pourquoi nous avons trouvé mauffade ce que toute l'Europe a trouvé excellent. Comme nous ne pouvons déshonorer Pa fiello, ce feroit notre manière de juger en mufique qui feroit déshonorée.

COMÉDIE FRANÇOISE.

Nous ous rendrons compte dans le prochain Mer cure, des premières repréfentations de Charles IX, Tragédie de M. J. de Chenier, qu'on a donnée pour la promère fois le Mercredi 4 de ce mois, avec un grand fuccès.

COMÉDIE

ITALIENNE.

Nous avons tardé à rendre compte de l'Ecole des Parvenus, ou Encore des Savoyards, Comédie en deux Actes & en profe, jouée pour la première fois le Vendredi 2 Septembre; mais nous n'avons pas oublié cet Ouvrage intéressant, qui fait fuite aux Deux Petits Savoyards, & dont voici une courte analyse.

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Michel & Jofeph font à Paris chez M. de Verfeuil leur oncle, avec la veuve Michelli leur mère. L'état d'aifance où ils fe trouvent n'a point changé leurs merurs, & la bonté de leurs coeurs eft toujours la même. M. de Ver euil s'eft promis de faire chercher un homme fage qui foit dans fa maifon une espèce d'Intendant, femme de charge, & un jeune home ou ferve à fes neveux de compagnon d'étude. Michel & Jofeph fe propofent de procurer deux de ces places à deux de leurs compatriotes, qu'Is engagent à fe préfenter chez leur oncle. Madame Michelli, de fon côté, propose une femme de fon pays. Les trois protégés, mis en regard,

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offrent le père, la mère & le fils. Comme les enfans ont fait babiller dans le coftume de la ville les deux Sujets qu'ils pré'entent, M. de Verfeuil, pour leur donner une double leçon, fait d'abor ouvrir une ariro re où font confervés les habits favoyards avec lefquels il eft venu à Paris, ainfi que le portrait de fon frère fous des habits femblables. Il feint enfuite d'avoir difpofé des trois places. Enfin, quand il a contemplé quelques inftars le chagrin de fes neveux, il leur rend tout kur bonheur, en leur faifant deusement fester leur ind.fcrétion, & en acceptant la famille que la fienne a raffemblée.

Des longueurs, & un peu trop d'efprit d'urbanité avoient, en quelque façon, altéré l'effet de la première reprefentacion de cet Ouvrage. L'Auteur a fait difparoître c. fuperfa, & la Pièce a beaucoup gagné. Un intérêt aimable, des dérai's gais : & attachans, une morale puc & vraie telles font le principales qualités de cette Comédie, dont l'Auteur et M. Pajoulx.

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Le lendemain 26, on a donné une repréfentation du Soldat put amour, Opéra comique en un Acte, mêlé d'Ariers.

Une fille qu'on veut donner en mariage à un vie x Payfan riche, au lieu de la marier à un jeune Payfan Fauve, un père avare, me mère facile, un Seigneur qui tombe des nats pour marier-les jeunes gens, en rendant au garçon un engage Enert qu'il avoit con ré en ne fait comment: voilà, er abrégé, l'intrigae du Soldat par amour. A la fin de la Piece, le Public a demandé le Soldat qu'il avoit fi long-temps attendu fans le voir. La mufique eft auli fobie, nous dirions prefque, aufli muette que la Piece.

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