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situation des affaires et la scène des évènemens. Il existe donc une grande diversité de causes particulières, qui, avec les causes générales, concourent à la rareté du numéraire; rareté qui s'accroît ensuite par ellemême, parce que la crainte de manquer d'argent, comme la crainte de manquer d'une denrée nécessaire, engage ceux qui en ont à se ménager une double provision.

Faisons maintenant le résumé précis des effrayantes difficultés à vaincre.

que nous avons encore

Il faut trouver un secours extraordinaire de cent soixante-dix millions, soit pour les besoins imminens de cette année, soit pour assurer le service de l'année prochaine, et il faut trouver ce secours au milieu d'un discrédit absolu.

Il faut de plus soutenir l'édifice de la Caisse d'Escompte, édifice ébranlé et prêt à tomber; il faut, s'il est possible, lui procurer une nouvelle force; ou si l'on veut abandonner cet établisement, malgré son intime connexité avec les Finances et les affaires publiques, malgré le souvenir des services qu'on en a tirés, il faut se proposer un dessein plus difficile encore à remplir, celui d'être juste envers les actionnaires et envers les porteurs actuels des billets de Caisse.

Il faut encore s'occuper d'accélérer le payement des rentes sur l'Hôtel-de-Ville, et parvenir d'ici à une époque peu éloignée à les remettre au moins assez au courant pour n'avoir plus qu'un semestre en arrière, et pour assurer les payemens à l'avenir de la manière la plus regulière.

Enfin, le dernier but qu'on doit avoir en vue, c'est de se préserver, s'il est possible,

des funestes effets de la rareté excessive da numéraire effectif.

Je déclare d'abord, que selon mes lumières, toutes ces entreprises sont impossibles à exécuter sans inconveniens, et qu'ainsi nulle proposition ne peut être jugée parfaitement bonne en elle-même: le merite de celle qui sera préférée, dérivera toujours en partie des objections plus grandes que l'on pourra faire contre tout autre plan. Et pour le dire en passant, le grand malheur des Ministres en des temps si difficiles, c'est d'avoir presque toujours à employer leurs facultés et leurs moyens, non pas à faire un bien complét et manifeste, mais a adoucir les maux, à en prévenir le progrès, et à tirer des circonstances le parti le moins désavantageux. Ce genre de travail, le plus pénible de tous, me procure aucune récompense de la part des hommes, parce qu'ils en comparent le résultat avec les idées de perfection que chacun se forme si facilement, au lieu de le rapprocher des inconvéniens et des dangers qu'on a eu le bonheur d'éviter; mais cette comparaison, ce rapprochement, peu de gens sont tentés de le faire, car on ne prend pas de la peine pour louer autrui.

Je vais maintenant développer de quelle manière je pense qu'on peut se tirer, au moins passablement, des difficultés actuelles. Vous jugerez, Messieurs, de ce moyen; vous le comparerez avec d'autres; et s'il s'en présente un meilleur, comme il est très-possible, je serai le premier à l'adopter et à le faire valoir. L'amour-propre d'auteur seroit aujourd'hui de tous les sentimens le plus misérable: nous sommes tous sous le poids de circonstances où le desir de sauver la

chose publique est devenu le seul véritable intérêt particulier, en même temps qu'il doit être la seule passion de l'homme d'etat.

Il faut vous rappeler, Messieurs, que les fonds extraordinaires dont vous avez besoin pour cette année et la suivante, sont au moins de cent soixante-dix millions.

J'ai dû d'abord examiner s'il étoit possible de trouver par la voie ordinaire des emprunts, une somme aussi considérable, somme encore susceptible d'accroissement par les motifs dont j'ai fait mention; et il m'a paru qu'en ces momens d'alarmes et de discredit, l'on essaieroit en vain d'y réussir, même en se soumettant à un intérêt usuraire : cependant un tel intérêt obligeroit à augmenter en proportion la somme des impôts, et rendroit plus difficile l'établissement d'un équilibre entre les revenus et les dépenses fixes, disposition si nécessaire, et sur laquelle l'ordre entier des finances doit constamment reposer.

J'ai réfléchi ensuite sur la manière trèssimple de se tirer de toute espèce d'embarras, et que plusieurs personnes proposent aujourd'hui, celle de créer par forme de papiers-monnoie remboursables ou non remboursables, une somme de billets d'Etat non seulement proportionnée aux besoins de cette année et de l'année prochaine, mais suffisante encore pour liquider tous les arrérages d'intérêt ou de rente, tous les reliquats dus par les Départemens, tous les effets dont le remboursement a été suspendu, et auxquels on a attribué un intérêt de cinq pour

cent.

On éteindroit encore avec ces billets tous ceux de la Caisse d'Escompte; on s'acquit

teroit de même des capitaux dus par l'Etat aux Actionnaires; et de cette manière enfin, par une opération d'une vaste étendue, on résoudroit en un moment toutes les difficultés de finance.

Mais si les circonstances uniques où la France et les finances se trouvent, mettent dans la nécessité de se servir de billets qui ne soient pas conversibles en argent à vo lonté, il me semble que bien loin d'user immodérément de cette ressource, il faut s'appliquer à la resserrer dans les plus étroites limites; il faut que la somme des billets en circulation, soit restreinte aux besoins les plus pressés et les plus indispensables; il faut encore accélérer par tous les moyens possibles, le terme de leur durée: enfin, pour ménager la confiance, il convient de se rapprocher des usages auxquels le crédit est attaché par les effets puissans de l'habitude.,

:

Tel est le but, Messieurs, vers lequel il m'a paru convenable de diriger ses combinaisons et si vous pensiez differemment, il vous seroit facile d'adopter un systême plus étendu; car rien n'est plus aisé, rien n'est plus commode en commençant, que la création pure et simple d'une quantité de Billets d'Etat, proportionnée à toutes les dépenses auxquelles on voudroit satisfaire.

Je vais maintenant vous expliquer le plan auquel, d'après les principes que j'ai établis, je donnerois la preference.

La Caisse d'Escompte seroit convertie en Banque Nationale.

On accorderoit à cet établissement un privilege pour dix, vingt ou trente ans, à votre choix.

Le nombre de ses Administrateurs serait

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porté a vingt-quatre, par une nouvelle élec
tion des Actionnaires, et six ou huit de ces
Administrateurs devroient être nécessaire-.
ment choisis parmi les personnes absolu-
ment étrangères aux affaires de Banque et
de Finance.

Un nombre quelconque de Commissaires nommés par vous, Messieurs, veilleroit sur la partie de la gestion des Administrateurs de la Banque Nationale, qui intéresseroit Ja confiance publique.

Tous les statuts concernant l'administration intérieure de la Caisse d'Escompte seroient revus et discutés, et le résultat de cet examen consenti par les Actionnaires, et revêtu d'une sanction légale, formeroit le règlement applicable à l'administration de la Banque Nationale.

La somme des billets de Caisse mis suecessivement en circulation, seroit fixée à deux cent quarante millions.

La Nation, par un Décret spécial de votre part, sanctionné de Sa Majesté, seroit caution de ces billets.

Ils seroient tous revêtus d'un timbre aux armes de la France, et ayant pour légende ces mots : Garantie nationale.

Ce timbre seroit apposé par vos Commissaires, sur une quantité quelconque de billets dont il seroit tenu registre, et dont la somme totale ne pourroit jamais excéder deux cent quarante millions.

Ces billets, conformément aux dispositions de l'Arrêt du Conseil du 18 Août 1788, pour les billets de la Caisse d'Escompte, continueroient à être reçus comme argent dans toutes les Caisses royales et particu lieres de Paris.

Vous

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