Page images
PDF
EPUB

Et la poudre qu'il voit s'envoler sous ses pas
Cache quelque grandeur qu'il ne soupçonnait pas.
Mais déjà cependant s'exauce ma prière,
Ton char du Latium sillonne la poussière,
Et ton impatience a franchi ce chemin
Où se sont imprimés les pas du genre humain;
Ton âme a rayonné d'une clarté nouvelle ,
Le miracle de Rome à tes yeux se révèle;
Tu viens dans le silence et le recueillement
Lui porter le tribut de ton étonnement ,-
Et parmi les débris qui furent son royaume
Du Capitole altier saluer le fantôme.
Avant que ces remparts favorisés du ciel
Se fussent embellis des pompes d'Israël,
Roine avait déjà vu les enfans de la Grèce,
L'enrichir de leurs arts, de leurs chants d'allégresse;
Et le séjour des rois, des Dieux, des empereurs,
Avait servi d'asile à toutes les splendeurs.
De ce vieil univers les hautes destinées ,
A la sienne long-temps semblèrent enchaînées ;
Et Saturne et Jacob lai léguèrent leurs droits ,
Au trône des cités elle a siégé deux fois;
Et fière des tributs de la terre et de l'onde,
A recueilli deux fois l'héritage du monde.
Promène maintenant tes regards attentifs
Sur ces travaux de Rome et des peuples captifs;
Qu'avec émotion ton âme les contemple :
Les flammes de Vesta s'allumaient dans ce temple;
Dans cette arêne , aux yeux d'un peuple destructeur ,
Succombait l'éléphant près du gladiateur.
Bientótavec fracas.spus ces voûtes profondes,
D'immenses reservoirs laissaient tomber leurs ondes,
Er.par apaleuk combats , les monstres de la mer

1

2

[ocr errors]

Amusaient à leur tour les fils de Jupiter.
Les barbares du Nord de leurs créneaux gothiques,
Ont couronné ces tours, ces élégans portiques;
Cherche leurs monumens, vois dans la poudre assis,
Cet obélisque empreint d'emblèmes obscurcis;
De ses noirs ornemens, de ses vieux caractères,
L'æil même du génie ignore les mystères ;
Sur les temps écoulés fier de rester muet,
Depuis quatre mille ans il garde son secret.
L’Égypte l'admirait dans ses plaines fécondes,
Et pour l'en arracher le Nil prêta ses ondes.
De leurs derniers trésors les champs de Sesostris,
Les rives d'Abraham pleurèrent les débris.
O caprices du sort! les ombres africaines
Cédèrent leur sépulcre à des ombres romaines,
Et forcé d'obéir aux siècles inconstans,
Le tombeau s'étonna de changer d'habitans.
Toi, qui viens recueillir des pensers, des images,
A son tour le tombeau réclame tes hommages;
Ces bords sont maintenant le séjour des regrets;
La gloire pour tribut n'y veut que des cyprès,
Et le poëte , ainsi que sur les rives sombres,
Y marche environné de la foule des ombres.
Ces illustres lambeaux, ces marbres éclatans,
Tous ces restes sauvés du naufrage des temps,
Sont là pour décorer des monumens funèbres.
De morts seuls en ces lieux les destins sont célèbres ;
Par aucun nom rival leur nom n'est remplacé,
Rome ne prétend plus qu'au sceptre du passé ;

des jours disparus évoquant la mémoire,
Redemande au trépas tous ses titres de gloire.
Mais pour la consoler d'un si vaste revers,
Ses fleurs, son beau soleil, ses arbres toujours verts,
Son air voluptueux , ses ondes jaillissantes,

Lui prodiguent encor leurs pompes innocentes;
Du moins le Dicu du jour ne l'abandonne pas.
Avec ravissement viens égarer tes pas
Dans ces docles jardins, sous cette ombre embaumée,
Asile ingénieux de la fable charmée.
Là, parmi les zéphirs , les guirlandes en lleurs,
Sur le marbre et l'airain balancent leurs couleurs;
Près de l'antiquité là sourit la nature;
Comme pour l'entourer d'une fraîche ceinture,
Autour d'une Vénus les pampres vagabonds,
Les flexibles jasmins s'enlacent en festons,
Dans l'épaisseur des bois se cache la driade;
L'onde vient effleurer les pieds d'une naïade;
Au sein d'une Léda quelque cygne amoureux,
Se plaît à confier les gages de ses feux;
Le casque d'un guerrier sert d'asile aux colombes;
Ces contrastes charmans , ces ruines, ces tombes,
Alcion qui se plaint, Cadmus dont les replis
Quelquefois d'un autel embrassent les débris ;
Celuxe végétal, ces colonnes hautaines,
Ces parfums, ce beau ciel, ces urnes, ces fontaincs ,
Pour surprendre et charmer tout vient se réunir ;
Et des siècles vainqueur, le Dieu du souvenir,
Planant sur les tombeaux , les temples, les portiques,
Enchante à nos regards ces jardins poétiques.

Par M. AL. S....T.

LE DÉPART DU PALADIN. Elégie présentée au concours des Jeux Floraur.

Gravi saucia curd, Vulnus alit venis, et cæco carpitur igni...

Æn. L. IV. Tout reposait : ainsi qu'une blanche vestale L'humble reine des nuits, de ses paisibles feux

[ocr errors]

Versait à flots d'argent la lueur faible et påle,

Et poursuivait son cours mystérieux.

Dans ses pensers tristement recueillie, Au sommet élevé d'un antique donjon,

Seule et pleurant, la plaintive Ophélic
Confiait sa douleur aux échos du vallon.
Hélas! des feux d'amour vainement consamée ,
Quand pourra pénétrer dans son âme alarmée
L'espoir consolatear, ce rayon du matin ?
Dieux! elle l'aimait tant, ce jeune Paladin !
Dédaignant ses couleurs , des mains d'une autre amantc
Le perfide a reçu l'écharpe éblouissante;
Il part ; et la délaisse en proie au noir chagrin!
Elle pleurait.... des bruyantes cymbales

Soudain les sons retentissans,
Au roulement des tambours frémissans,

Succèdent par longs intervalles :
Tout se tait, et dans le vallon,
De la nuit troublant le silence,
Les pas nombreux d'un bataillon

Frappent les échos, en cadence.
Sur ce beau palefroi que nourrit Albion
Quel jeune chevalier si fièrement s'avance?
L'ombre au loin a brillé des éclairs de sa lance :
Sur le cimer de son casque éclatant,

Au souffle léger de la brise

Un long panache va flottant,
Et la lune a frappé d'un rayon pålissant

Le bouclier qui porte sa devise.
Aimable chatelaine , oh! que je plains ton sort !
Ton il Pa reconnu : mais que servent tes larines ?
Pour sa fière Amazone , il délaisse tes charmes ,
Et, dans la Palestine, il court braver la mort.

Hé bien ! crois-moi ; dédaigne une amour déloyale :
Laisse l'ingrat, de ses nouveaux lauriers

Parer le front de ta riv ale;
Au milieu des tournois assez d'autres guerriers
Vont poursuivant d'amour ta grâce virginale.

Inutiles conseils.... Malheureuse !.... Trois fois
Elle veut par ses cris arrêter le perfide;

Trois fois, sur sa bouche timide
Expire en sons mourans sa languissante voix !
Depuis ce jour fatal , au fond d'un monastère

Qu'elle a choisi pour son dernier séjour ,
Au pied des saints autels , son ardente prière
Implore vainement un baume salutaire
Contre sa blessure d'amour.

FRÉDÉRIC BATRÉ.

LES VOEUX DE MARTIAL A JULES SON PARENT,

Liv. V., ép. 21.

Si je pouvais , au gré de mon envie ,
De mes destins diriger l'heureux cours,
Auprès de toi , Jules, passant mes jours,
Je jouirais des prais biens de la vie.
Loin du barreau , loin des palais des grands,
Sans soin, sans trouble et sans inquiétude,
Notre séjour et nos amusemens
Seraient les bois , les champs, la solitude,
La promenade et les contes plaisans ,
Les jeux, les bains, la lecture et l'étude.
Mais l'un de l'autre éloignés si long-temps,
L'ennui cruel consume nos momens,
Nomens comptés, momens irréparables!

« PreviousContinue »