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la vérité c'est que le pape ne jouirait pas de la liberté qu'il a aujourd'hui, de nommer complètement à son gré les évêques italiens si la loi des guarentigie n'existait pas. Ce qui est extrêmement avantageux pour l'Église.

S'il y avait eu un pape étranger, qui, certainement, se serait mis en quatre pour soulever le plus de bruit par les protestations les plus fougueuses, ou la loi n'aurait pas été faite ou bien l'aurait-on faite différemment. Le droit des nominations épiscopales avantage grandement le bien et la paix de l'Église. L'Italie n'a jamais aussi bien marché que depuis que la loi du 13 juillet 1871 a sanctionné ce droit. Avant, par contre, il se produisait toujours des chocs et des dissensions pénibles; il est même quelquefois arrivé que, pour éviter de plus grands maux, on a laissé vacants les sièges épiscopaux.

En effet, tout le monde se rappelle la triste situation des diocèses italiens de 1859 à 1886, quand la loi de la proposition du gouvernement s'imposait sur la nomination des évêques. Il y avait à peu près cent diocèses dépourvus de titulaire; ainsi la discipline tombait et le sentiment religieux s'évanouissait parmi le clergé, tandis que l'idée du devoir et du respect pour l'autorité ecclésiastique se dissipait dans le coeur des fidèles.

Heureusement, en 1866, le baron Bettino Ricasoli parvint au pouvoir. Il s'avisa tout de suite. d'en finir avec un état de choses déplorable et il y réussit en envoyant à Rome M. le commandeur Tonello auquel il fut possible de tomber d'accord sur la nomination de beaucoup d'évêques et d'archevêques italiens.

Celui qui met cette époque en regard de la présente ne saurait ne pas s'apercevoir de la diversité qui existe entre elles, et c'est une véritable satisfaction qu'il éprouve en constatant le grand bénéfice que l'Église et l'Italie tirent de la loi des guarentigie par l'article 15 touchant l'élection des évêques, qui est l'une des choses principales servant à la bonne allure dè l'institution de l'Église.

Il est de toute évidence que, si l'on met de côté la question du pouvoir temporel, l'Église retrouve beaucoup d'éléments de force et d'appui qui la font prospérer. Mais c'est tout le contraire qui arrive quand on y pense.

Ici c'est le cas de rappeler les derniers événements des relations du pontife avec le gouvernement républicain français, relations qui ont causé des désagréments et du trouble dans tout le clergé français et dont on ne parvient pas à saisir les motifs qui ont pu les produire.

A l'heure présente, l'esprit des fidèles en France

est troublé, il en est de même pour les partis conservateurs qui n'auraient pu s'imaginer de voir le pape se jeter dans les bras d'une république qui n'a jamais donné aucune preuve de dévotion aux principes de l'Église et qui vivant tant bien que mal au milieu de disputes, de vicissitudes et d'énormes excès, ne fait nullement prévoir le sort qui tombera en partage à cette nation que favorisent, d'ailleurs, tous les éléments de la fortune, de la prospérité et de la gloire à venir.

Ce fait serait incompréhensible si on ne savait pas que dans cela aussi le Vatican a cédé aux séductions politiques, c'est-à-dire à l'idée de se créer des amis politiques républicains, espérant que ceux-ci auraient pu l'aider à reconquérir le pouvoir temporel. Mais le désir et la jouissance de la temporalité entraînent la ruine des meilleurs idéaux de l'Église.

Certes, il doit être extrêmement pénible au Vatican de ne pas avoir le temporel, moyennant lequel on peut obtenir de grandes satisfactions et faire bien des choses pour ses amis et pour les personnes dévouées. Mais ces calculs de satisfaction sont une chose toute terrestre, qui n'a rien à faire avec les sentiments de l'Église ni avec sa mission toute élevée, voire même divine.

Toutefois, est-il vrai que le pouvoir temporel n'existe pas? Un pieux et savant religieux m'a

fait souvent observer à ce propos: Est-ce que le Vatican n'est pas un pouvoir temporel avec son extraterritorialité et ses lois spéciales qui garantissent le pape? La position enviable du pontife est celle-ci : il est un souverain; plus qu'un souverain, il est pape avec un vrai et propre pouvoir, sans l'aversion et le poids matériel qui pourtant ne sont pas peu de chose.

Il n'est pas juste d'affirmer, ainsi qu'on en a l'habitude, que le pouvoir temporel garantit la liberté du pape et sa sûreté personnelle. Cela pouvait valoir quand la société organique n'existait pas, c'est-à-dire lorsque celle-ci n'avait pas encore des règles établies, que les plus forts s'imposaient aux plus faibles, que les villes étaient en butte aux voleurs, aux bandits, aux bandes de pilleurs. Alors, naturellement, le pape avait besoin d'un punto franco pour se réfugier, pour demeurer et pour se défendre. Mais aujourd'hui ce n'est plus le cas de tout cela; et le pouvoir temporel, au lieu de donner la liberté, il l'enlève; au lieu d'augmenter la sûreté, il la restreint, étant dans la nature de toutes choses de ce monde, que même dans la prospérité on est sujet à des soucis et à des chagrins.

Quelqu'un me demandera, pour sûr, si je crois à la continuation de l'état de choses actuel; j'ai déjà fait observer là-dessus que la situation pré

sente n'est pås normale. Cette opinion n'est pas à moi seul. Lorsque M. Visconti-Venosta, était ministre des affaires étrangères, il déclara à la Chambre des députés, ici à Rome, que le dernier mot sur la question du Vatican n'était pas encore dit. Si le gouvernement italien s'est exprimé de cette manière, il faut croire absolument qu'un dernier mot doit encore être prononcé, et que, partant, la situation telle qu'elle existe à l'heure qu'il est, non seulement n'est pas durable, mais qu'elle doit, par contre, subir des modifications, suivant les circonstances que le pape lui-même peut provoquer avec l'abandon du Vatican.

On me fera encore la demande si, tout en me déclarant contraire au pouvoir temporel, je désire la conciliation. Je ne puis pas répondre à cette question; ce ne sont que les haut placés et ceux qui ont le pouvoir de mesurer, de juger, de peser tous les éléments de la situation qui peuvent le faire. Celui qui, comme moi, se trouve en bas, ne peut qu'exprimer l'opinion que la question papale, telle qu'elle est à présent, ne saurait être que provisoire.

Du reste, je ne m'occupe pas des menus détails de la question soi-disant romaine; je m'occupe de celle de savoir si le pape doit être italien, en mettant en vue les raisons pour ou contre. Et qui ne comprend pas qu'un Dupanloup, un

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