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Lavigerie, un fanatique étranger quelconque assis sur la chaire de Saint-Pierre aurait produit l'effet d'une explosion de dynamite, apportant beaucoup de dommages aux populations, mais qui nuirait encore davantage à l'organisation de l'Église? Et puisque le mot dynamite m'a échappé, qu'il me soit permis d'ajouter que cet ingrédient meurtrier repousse, obscurcit et anéantit toutes les autres questions du passé qui deviennent tout à fait inutiles et insignifiantes vis-à-vis de l'inconnu de l'avenir.

Ceux qui voudraient aujourd'hui remettre sur le tapis les questions des temps passés, les contestations du moyen-âge, les dissensions byzantines de raisons canoniques pour ambition ou pour des calculs bornés et personnels, sont des aveugles dansant sur le bord d'un précipice et qui par leurs doutes favorisent la cause de la dynamite, un produit infernal qu'il ne faut pas considérer uniquement comme un explosif, mais aussi comme l'expression des grandes masses ouvrières et populaires qui désirent la nouveauté et qui veulent bâtir un nouvel édifice sur les ruines du passé.

L'autorité religieuse, qui aime sans doute l'ordre social, doit tourner le regard et son esprit à bien autre chose qu'au pouvoir temporel. En tout cas, pour atteindre ce pouvoir il faudrait

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passer par une guerre longue, terrible et sanglante, parce que l'Italie est une nation armée et qu'on ne peut pas admettre une invasion étrangère. Cela étant donné, je n'arrive pas à comprendre comment le chef de l'Église pourrait désirer cet événement. Mais admettons pour un instant la possibilité d'une guerre. Qu'est-ce qu'il arriverait ensuite? La restauration du pouvoir temporel reposerait-elle sur des bases solides? Et la guerre ne serait-elle pas le sujet de nouveaux problèmes? Je veux espérer que le bon Dieu tiendra ce fléau bien éloigné de nous, mais si, par malheur, il allait éclater, on ne pourrait jamais prévoir une solution favorable à la papauté en tant que souveraineté civile.

Après la conflagration, qui serait générale et compliquée, ce serait une solution bien différente de celle que le Vatican pourrait désirer qui se présenterait. On aurait peut-être une situation offrant seulement deux possibilités pratiques, mais toutes les deux funestes et bien tristes: ou un César qui s'imposerait à tout le monde, ou l'anarchie.

Dans le premier cas, la papauté deviendrait l'esclave du vainqueur césarien; dans le deuxième, elle serait écrasée par la violence des masses anarchiques, prêtes à chercher au milieu du sang et dans le feu la vengeance des affronts essuyés

et le bonheur de l'avenir. Ainsi, comme on peut le voir, les deux événements possibles seraient tout autres que favorables à la cause de la papauté, qui avec le désir de la restauration non seulement précipiterait soi-même, mais encore la cause de la religion.

Nous avons ainsi un argument de plus pour nous convaincre que ce n'est pas un bien de penser au pouvoir temporel et qu'il est utile, au contraire, de renoncer aux ambitions de ce bas monde pour dédier toute l'activité à l'expansion, à la diffusion, à la gloire de la religion chrétienne.

Un pape étranger peut lui aussi rejoindre ce but, mais cela est bien plus facile à un pape italien.

III.

La papauté après 1870.

J'ai déjà fait remarquer que la chute du pouvoir temporel a donné originé à une ère nouvelle pour la papauté, une ère qui a permis que les conditions de l'Église, au lieu d'empirer, ont surmonté par contre une période très difficile pour s'avantager sensiblement, et cela parce que sur le siège pontifical se trouvait alors un pape italien auquel a succédé un autre pape italien également.

Après 1870, une nouvelle activité se manifesta parmi les fidèles, et tandis que le pape n'était connu jusque-là que de nom dans les régions les plus éloignées, beaucoup de pèlerinages s'organisèrent pour porter au saint-père l'hommage de leur foi, de leur dévotion et pour entendre sa parole.

Ce n'est pas peu de chose, si l'on pense aux conditions de l'Europe à ces moments. La débâcle de la France qui étonna le monde entier et que le Vatican apprit presque avec satisfaction, ne prévoyant pas que la ruine de l'empire n'aurait précédé que de peu de temps la ruine du pouvoir temporel, et sans se préoccuper des hostilités qui seraient venues de l'Allemagne; tous ces événements ont néanmoins permis au pape enfermé dans la citadelle du Vatican de sauver l'Église d'une forte secousse, ce qui serait arrivé bien difficilement, si le pape eût été lié de quelque façon à une puissance quelconque et s'il eût été obligé de défendre le pouvoir temporel.

L'entrée des troupes italiennes à Rome, le 20 septembre 1870, peu de jours après la défaite de Sedan et la chute naturelle du troisième empire, est certainement un des faits les plus remarquables que l'histoire des temps modernes puisse enregistrer. Ainsi, par la volonté et par

la force des événements, arrivait la chute de la principauté civile des papes.

Il est superflu d'entamer des discussions sur la loyauté politique de ceux qui portérent les choses à ce résultat et le cas qu'ils firent de la Convention du 15 septembre 1864, réglée du reste en dehors du gouvernement pontifical, le plus intéressé, et, pour ainsi dire, le seul intéressé dans la question.

D'autre part, ce n'est pas le cas de rechercher ici quels ont été les moyens employés par les hommes politiques italiens, et si des éléments étrangers au gouvernement ont trempé dans cette affaire. Je m'arrête devant les faits accomplis et ce n'est que sur ces derniers que je veux diriger mon attention.

La chute du pouvoir temporel, lequel dans le cours des siècles a pu représenter une mission de civilisation et de progrès, surtout contre la féodalité locale, arrogante et cruelle, qui vexait et fustigeait les populations résignées, ne pouvait pas ne pas soulever des plaintes et des protestations de la part de ceux qui l'avaient perdu, c'est-à-dire du pontificat romain.

Étant une institution ancienne et organique, celui-ci doit nécessairement avoir avec lui les cœurs des sociétés, des congrégations, des corporations qui tirent leur origine de l'institution

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