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I.

Fausse supposition.

L'opinion à peu près universelle est que les papes ont publié des bulles ou des constitutions par lesquelles le Sacré Collège se trouvait obligé à n'élire que des pontifes italiens. A ce propos il y a deux croyances: l'une, que les prescriptions soient venues après la mort de Grégoire XI, Roger, français; l'autre, que les bulles aient été publiées après la mort d'Adrien VI, d'Utrecht (Hollande).

Ni l'une ni l'autre de ces croyances n'a un fonds de vérité; aucun acte n'a jamais été publié par les papes à ce sujet. Il est seulement une tradition qui débuta, mais avec une interruption par la mort de Grégoire XI, c'est-à-dire avec le retour des papes d'Avignon.

Voici comment les choses se passèrent.

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L'élection d'Urbain VI, ainsi qu'on le verra par les quelques indications que je crois nécessaire de toucher quoiqu'en passant, est vraiment la cause originaire de la coutume de l'élection des papes italiens.

Il serait inutile de le cacher; le motif principal a été la question du pouvoir temporel, qui pendant la résidence des papes à Avignon non seulement perdit entièrement son prestige, mais tous les petits princes, les comtes, les barons, à qui le pape avait donné l'investiture, s'avisèrent bien de se rendre indépendants et de s'emparer des autres biens de l'Église.

A la suite de ces désordres, le peuple et le clergé de Rome, étant les premiers à souffrir de l'éloignement et par conséquent du mauvais état dans lequel les papes avaient réduit l'Église et ses biens, poussèrent les choses au point de déterminer d'en finir avec un tel état de choses.

Il est vrai aussi que la réussite de l'élection d'un pape italien, après la série des papes français, a été produite par maintes discordes; mais il n'est pas moins vrai que le but principal visẻ par la partie la plus sage du Sacré Collège était de rompre la suite de ces nominations, qui, par le fait même des temps, ne servaient qu'à créer des embarras à la religion.

Cela est tellement certain, que Grégoire XI, prẻ

décesseur d'Urbain VI, voyant l'État de l'Église en butte à toutes sortes de dissensions à cause des partis qui profitaient de l'absence du pape, dont les légats, les nonces et les autres reprẻsentants étaient exposés à n'importe quelles injures et à d'autres choses bien pires encore, décida de retourner à Rome avec la curie, la cour et la famille pontificale. Dans ce but, le 10 septembre 1376 il quitta Avignon, laissant six cardinaux dans cette ville.

Après tant d'années le pape rentrait avec beaucoup d'éclat à Rome le 17 janvier 1377, s'adonnant tout de suite à rétablir la résidence du souverain pontife. Cependant, dans sa manière de gouverner, Grégoire XI n'était pas obéi par les Romains, qui s'opposaient à chacun de ses ordres, ce qui le rendait fort triste, d'autant plus que les villes rebelles, loin de se soumettre, comme elles l'avaient promis, continuaient dans leur révolte. Dans cet état de choses le pape avait pris la décision de faire retour à Avignon, poussé par les cardinaux français et où il espérait être accueilli avec une plus grande vénération.

Avant pourtant d'accomplir ce projet il disposa, par le moyen d'une bulle, que son successeur aurait été élu à Rome ou dans tout autre endroit où il eût été possible de rassembler le plus grand nombre de cardinaux.

Après cela, accablé par les souffrances de la maladie des calculs qui le tourmentaient, très malade pendant la nuit du 27 au 28 mars 1378, il mourut à l'âge de quarante-sept ans, après avoir gouverné un peu plus de sept ans l'Église. Par un accident vraiment étrange, le jour même de sa mort, par suite d'un incendie casuel, le feu détruisit le palais apostolique d'Avignon.

Les écrivains italiens et français ont écrit de ce pape d'une manière très peu flatteuse. Les derniers, parce qu'il avait transporté nouvellement à Rome la résidence papale; les premiers, parce qu'ils pensaient, avec raison, que Grégoire serait retourné à Avignon sans prendre soin des intérêts du siège de Rome.

Il importe aussi de remarquer que ce pontife fit deux promotions de cardinaux et toutes les deux à Avignon. Dans la première il en nomma douze, dont dix français, parmi lesquels il s'en trouva cinq du Limousin, qui appartenaient à son même pays et qui étaient de ses parents, tàchant ainsi de contre-balancer l'autorité des vieux cardinaux qui le dominaient hardiment le sachant doué d'un caractère très faible.

Dans la deuxième promotion il créa douze cardinaux, savoir, huit français, un romain, un milanais, un génois, un espagnol, qui fut dans le temps l'antipape Benoît XIII, succédé à l'autre

antipape Clément VII et cause du fameux schisme d'Avignon.

De ces vingt-quatre cardinaux, cinq étaient cousins de Grégoire XI qui, tout en aimant beaucoup ses parents, ne leur fut pas aussi prodigue que Clément VI son oncle.

Néanmoins, ayant constamment à ses trousses son père, ses frères et ses neveux, s'il n'augmenta pas de beaucoup leur fortune, poursuivi continuellement par eux, il accorda toutefois un grand nombre de grâces, qui ne furent pas toujours sagement distribuées. De plus, il avait un penchant trop marqué pour ses compatriotes.

Dans cette condition de choses, l'élection d'Urbain VI eut lieu de la manière que nous allons raconter.

II.

Urbain VI.

Grégoire XI mourut en 1378. Il s'agissait alors de l'élection du nouveau pape, et le clergé ainsi que le peuple de Rome accoururent auprès des cardinaux en les suppliant, pour le bien de l'Église romaine et pour la gloire du nom chrẻtien, de choisir, surtout dans ces temps calamiteux, un illustre personnage italien. Ils craignaient que, si le choix fût tombé sur un français, celui-ci

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