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même ou qui, à l'instar de l'épiscopat, se rapportent à elle par des liens indissolubles. Ainsi les zélés de la cause romaine religieuse et les fidėles des régions éloignées s'unirent en société, excités à le faire par des personnes intéressées.

Mais les puissances, qui sont les premières à éprouver les effets du trouble religieux quand il existe et qui ont toujours montrẻ un vif intérêt dans la défense des droits de ceux de leurs sujets'appartenant à la religion catholique, ne don. nèrent aucun poids aux protestations du pape; et si elles firent quelques réserves bien douces en répondant aux notes de la diplomatie du Vatican, ces réserves étaient faites pro forma et aussi parce que, dans toutes choses, les gouvernements désirent, par une simple habitude de chancellerie, d'avoir égard aux raisons de l'avenir.

A cause de cette habitude et pour démontrer qu'ils tiennent beaucoup aux croyances religieuses de leurs sujets, ils ont conservé leurs ambassadeurs auprès du pape. Pourtant, il est bien connu que cette diplomatie accréditée près le SaintSiège n'a qu'une valeur décorative; de toute façon, il a paru raisonnable qu'elle existe et que les ambassades soient maintenues, en vue aussi de ce que le pape, quoique dépouillé de son pouvoir, jouit toujours des autres prérogatives et des

honneurs affectés aux souverains que le gouvernement italien même avec la loi des guarentigie lui a octroyés.

Tandis que d'un côté les puissances n'ont jamais donné un témoignage sensible pour encourager les protestations du pape relativement à la perte de la principauté civile, les fidèles, de l'autre, tout en étant poussés par les zélés, ont suivi le même chemin.

Il est vrai que les fidèles, par l'obole de Saint-Pierre, par les pèlerinages et par les prières se font voir très dévoués au Saint-Père; mais ce dévouement, cet amour pour le chef de la chrétienté n'a rien de commun avec le sentiment de ceux qui s'agitent dans le but de transformer la religion en un moyen de conspiration pour rétablir le pouvoir temporel. Les croyants, les vrais croyants, qui ne sont pas excités ou insensés, se tiennent de tout coeur avec le Saint-Père, mais ils ne se mêlent d'aucune affaire qui puisse toucher à la politique où viser à un changement pouvant détruire les effets du 20 septembre 1870.

A l'occasion des derniers pèlerinages en l'honneur du jubilé épiscopal du pape, j'eus un tẻmoignage fort clair et incontestable de ce que je viens d'avancer.

A la suite des bruits qu'on avait fait courir sur la possibilité de démonstrations de caractère

politique, ainsi que des voeux qu'on avait exprimés, je voulus me mêler dans la foule énorme qui se rendait à Saint-Pierre assister aux réceptions du 17 février et à la fête du 19 du même mois. Au milieu de cette multitude se répandait l'enthousiasme de la foi, la poésie de la religion et la force des âmes entraînées par l'idéal de la sainte immortalité, et on avait le spectacle de tant de milliers de personnes, qui, inébranlables contre le scepticisme et l'incrédulité, étaient tout anxieuses, fanatiques de voir le chef de l'Église, de pouvoir saluer celui qui éclaire par sa parole avec la lumière de la foi, qui tranquillise les consciences et qui dirige les âmes au but que Dieu. a établi.

Des acclamations d'honnête jouissance en l'honneur du pape retentissaient sous les voûtes immenses du temple historique, et me trouvant entremêlé dans la foule j'entendis plus d'une fois répéter le cri: Vive le pape-roi!

Eh bien, chaque fois que ce cri s'élevait en l'air i ne trouvait pas d'écho. Au contraire, toutes les autres expressions qui fêtaient le pape et la foi étaient suivies d'un chorus interminable et bruyant.

Il est bon de noter que ce fait est arrivé également aux deux réunions que nous avons mentionnées ci-dessus. Cette particularité, qui semble

frivole de prime abord, a toutefois, je pense, une importance considérable; elle sert à raffermir mes études et à rendre plus forte ma conviction que la chute du pouvoir temporel est très à l'avantage du sentiment religieux de l'Église et qu'elle augmente l'éclat de la dignité spirituelle du pape et la force de son autorité morale. L'expression même de pape-roi porte en soi quelque chose d'obscur et de contestable dont la grande figure du pape reste amoindrie, car le pape est supérieur à tous les rois de la terre.

J'ai déjà dit que la chute du pouvoir temporel a fait et continue à faire beaucoup de bien à l'autorité morale de la papauté ainsi qu'à la puissance spirituelle du pontife. C'est un devoir pour moi d'insister sur ce point que ceux qui voient une source abondante de bénéfices et de satisfactions personnelles dans la principauté civile, croyant en même temps que cette principauté soit une arme d'indépendance, de splendeur et de dignité pour le Saint-Siège, ont beaucoup, sinon trop, débattu.

Avant 1870, le gouvernement pontifical était ordonné de manière que les pouvoirs civils, les emplois, les fonctions et les charges fussent tous entre les mains des ecclésiastiques, à l'exception des charges héréditaires qui appartenaient, par privilège, à la noblesse romaine. Or, qui a perdu

les hauts emplois et les charges si largement récompensés, ne peut certainement pas se déclarer satisfait des changements que le gouvernement italien a apportés, non plus que ceux qui, jouissant de privilèges et de prérogatives presque féodales, pouvaient maintenir l'opulence dans leurs familles et jouir de l'expansion de l'influence et du pouvoir. Tant les uns que les autres forment cet ensemble varié et étendu qui soupire après le retour du pouvoir temporel. Tout bien considéré, c'est une classe de personnes intéressées qui rêve la restauration et qui voudrait voir ressusciter l'ancien état de choses. Mais cette classe ou ce parti, quel qu'il soit, ne constitue qu'une minorité insignifiante vis-à-vis de la grande multitude de fidèles répandus sur toute la terre, qui conçoivent la papauté comme le régulateur suprême des consciences et non comme une institution mondaine distribuant des bienfaits et des faveurs.

La mondanité pratique, ou bien l'investiture des pouvoirs civils chez les ecclésiastiques, a été de tout temps une chose jugée sinistrement et même désavouée de ceux qui tiennent la foi et la mission de l'Église dans la plus haute considération, comme celle qui s'oppose opiniâtrément à la sainteté des devoirs et des fonctions religieuses, d'autant plus belles et agréables qu'elles

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