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l'agrément de tenir un tribunal, de garder des prisons, de percevoir des impôts. Et tout se réduit à un souci terrestre, qui enlève la paix et la sérénité de l'esprit à celui qui tient ce pouvoir, où tout est bas, misérable et vulgaire.

Au contraire, le pouvoir spirituel est d'une grandeur incomparable, grandeur qui s'accroît au fur et à mesure que le pape s'éloigne de la vulgarité du pouvoir temporel.

Un pape qui se tient seulement à la hauteur du pouvoir spirituel, c'est bien celui-là le pape qui règne sur tous les souverains et sur tous les gouvernements de la terre, chacun ayant besoin de lui à cause du grand empire qu'il a sur les consciences du monde chrétien. On ne saurait, en effet, rien imaginer de plus majestueux que cette république spirituelle dirigée par un pape te

ant les gens unis par la parole divine, leur apprenant l'amour et la paix et leur faisant comprendre à tous qu'ils sont des frères entre eux.

Si Léon XIII avait le pouvoir temporel, il n'aurait pas la moitié de l'influence considérable qu'il est dans le cas d'exercer. Il est vrai qu'aujourd'hui les sectes et le sémitisme, qui ont acquis beaucoup de puissance en Europe, s'étudient sans cesse de dresser des pièges à l'autorité du Saint-Siège, offrant une garantie personnelle bien restreinte au chef de l'Église. Mais il faut espérer

que ces forces secrètes, agissant publiquement et sans réserve, trouveront bien vite une main qui les réprime et cela pour la sûreté de la société tout entière qu'elles menacent.

Dans la situation présente les dérisions et les menaces ne vont seulement pas à l'adresse du pape, elles vont aussi à celle des rois, des gouvernants et des riches bourgeois, car les nouvelles sectes matérialistes que les anciennes ont engendrées considèrent comme ennemi le capital sous toutes ses formes de même que ceux qui le possèdent, et elles conjurent pour arriver à la ruine finale dont elles espèrent profiter pour en acquérir de la force, de la richesse, de la jouissance. C'est pourquoi la liberté individuelle est menacée chez tout le monde et, pour ainsi dire, personne n'est plus sûr.

Cependant, ce n'est pas là une raison pour s'occulter par des moyens tout spéciaux et exceptionnels; c'est un devoir, par contre, d'affronter le combat pour avoir raison de la malignité des sectes et sauver ainsi la société en lui rendant la paix dont elle a un si grand besoin. Plus qu'à la principauté temporelle, qui ne ferait qu'augmenter les dangers et les vexations, c'est à cela qu'il faut penser.

De toute façon, il reste entendu que le pouvoir temporel n'est pas compatible avec un pape

étranger, et que s'il l'est avec un pape italien, il ne convient pas à celui-ci de l'avoir, étant seulement au moyen du pouvoir spirituel qu'il peut donner au Saint-Siège l'influence et le prestige anciens et élargir l'action bienfaisante de l'Église auprès de tous les peuples de la terre.

V.

La politique de Léon XIII.

Léon XIII, en montant en 1878 sur le trône pontifical, prenait l'héritage d'une situation difficile et délicate, laissée par son prédécesseur aimant la politique bruyante et ne se souciant guère des puissances avec lesquelles il se tróuvait en relations de peu d'importance. Il était dans la nature de celui-ci de préférer les peuples aux gouvernements, confirmant d'une manière indirecte ce caractère aventureux d'où vint, en 1846, la première étincelle de la résurrection italienne. Avec ce système da politique purement subjective, qui méprisait aussi bien les intérêts temporels que les visées diplomatiques, il ne pouvait certainement pas désirer des interventions étrangères. S'il y en a eu de son temps, plus qu'à lui, c'est à la force des circonstances et aux conditions générales de la politique en Europe qu'elles

sont dues, c'est-à-dire à une politique sentimentale et bruyante à l'instar de celle qui a été suivie par Pie IX.

Léon XIII, par contre, a voulu faire succéder la politique de la froideur et de la prudence. Aimant passionnément l'étude et très savant, se connaissant en ce qui se rapporte à la diplomatie dont il a acquis une grande pratique dans les négociations entre les différentes puissances, il a inauguré une politique essentiellement diplomatique, visant à gagner la confiance des gouvernements, à renouer les relations abandonnées, å trouver aide et appui en faveur des affaires ecclésiastiques, à relever le Saint-Siège vis-à-vis de toutes les puissances, non seulement par les calculs de la pondération, mais encore par la diffusion de la culture scientifique. La réputation d'homme savant qu'il avait déjà lui en facilitait l'accomplissement. Personne n'ignore que la science a un prestige spécial et qu'elle donne à celui qui la possède une supériorité incontestable, s'imposant même aux souverains.

Léon XIII a atteint complètement son but et il a gagné au Christianisme l'entière faveur des hautes sphères. Il est vrai que l'enthousiasme populaire suscité par Pie IX a cessé pour lui, mais c'est dans son caractère de ne pas le désirer. Ses idées tendent à autre chose, et c'est par des

moyens tout différents qu'il a tàché d'obtenir l'exaltation de la papauté, laquelle a fait des progrès très remarquables, soit par l'impulsion donnée aux études et par les soins apportés à la propagation de la foi, soit par l'affermissement de la discipline et par l'esprit d'harmonie et de confiance répandu aussi bien dans l'épiscopat que dans les ordres religieux.

Nous pouvons ajouter aussi que seulement un pape comme lui était à même d'aboutir à un semblable résultat, en faisant usage de cette prudence et de cette pondération qui paraissaient contraires aux conditions d'un moment qui avait presque inspiré le prétexte de la revendication réparatrice, prétexte dont se serait emparé sans la moindre hésitation un pape étranger, mais qu'un pape italien devait écarter et suivre un plus sage avis. Une politique différente à celle qui a été adoptée par Léon XIII aurait occasionné à l'Église des préjudices incalculables.

Lorsque Léon XIII fut élu, tous les regards se fixèrent sur lui, l'anxiété étant dans tous les cœurs pour tâcher de deviner ce qu'il pensait à l'égard du pouvoir temporel et quel jugement il aurait porté sur les nouvelles conditions du Saint-Siège.

D'un côté, on mettait en avant des doutes de conciliation; de l'autre, des bruits relatifs au dé

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