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n'eût transporté la cour en France, produisant ainsi d'énormes dommages à Rome et à l'Italie tout entière; car durant l'éloignement du pontife on avait vu l'État de l'Église tombé au pouvoir de tyrans, Rome et l'Italie affligées par des fléaux continuels et les églises de Rome abandonnées et pour la plupart ruinées.

En apercevant le Saint-Siège ainsi rẻduit, les couvents et les lieux sacrés devenus le bercail des bestiaux, tout zèle religieux s'était refroidi dans la chrétienté qui jadis accourait en masse à Rome et qui maintenant n'allait plus visiter les tombeaux des martyrs. Il était donc nécessaire que le pape, ayant quitté sa patrie, résidât dans la ville que Saint Pierre avait choisie pour sa demeure. Ensuite les pasteurs de l'Église, se rappelant les préceptes de Jésus-Christ et les exemples de leurs prédécesseurs, devaient soigner les âmes des chrétiens et en même temps ne rien négliger pour reconquérir et conserver le patrimoine de Saint-Pierre qui s'étendait en Toscane, en Sabine, dans la Campanie, dans l'Ombrie, dans les Marches et dans les Romagnes et qui pendant l'absence des papes avait été occupé par plusieurs tyrans.

En outre, la dévotion des peuples s'était tellement affaiblie qu'ils ne se rendaient plus à Rome pour visiter les corps des saints.

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Impressionnés par cet ensemble de circonstances, les cardinaux répondirent qu'ils auraient élu une personne digne, qui, sans faire distinction d'individualitė ni de nationalitė, gouvernerait l'Église en suivant l'exemple du Sauveur, attirant à Rome l'affluence des fidèles et améliorant ainsi ses conditions. Le clergé et le peuple pouvaient donc se tranquilliser par la considėration que rien n'aurait été entrepris par les cardinaux qui ne fût en l'honneur de Dieu pour le bien de l'Église romaine et de la chrétienté.

Le Conclave était réuni près de Saint-Pierre et les portes du Vatican se trouvaient bien surveillées par un grand nombre de gardes et de soldats, qui devaient empêcher que quelque tumulte populaire ne troublât l'élection.

Mais pendant que le scrutin des votes allait commencer, une grave querelle s'éleva tout à coup parmi les cardinaux, par le fait qu'il y en avait treize français qui auraient désiré un des leurs, et quatre italiens, dont un Orsini, qui souhaitait vivement de réussir à la papauté. En même r temps, un différend encore plus accentué se manifestait parmi les cardinaux limousins et les autres français, les premiers comme les seconds voulant un pontife de leur parti.

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Le remède à tous ces maux c'était l'élection d'un pape italien.

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Cette dissension fut la cause que tous se décidèrent à en nommer un qui était absent et en dehors du Sacré Collège, c'est-à-dire Bartolomeo de Naples (ou de Pise suivant beaucoup d'autres), archevêque de Bari, et qu'ils appelèrent Urbain VI.

Cependant, avant de sortir du Conclave, les Français se prirent à médire de cette élection, l'appelant frauduleuse et voulue par force par les Romains qui, les armes au poing, avaient tout mis en œuvre pour aboutir à l'élection d'un pontife italien.

Lorsque les cardinaux sortirent du Conclave, une partie se cachèrent dans le château SaintAnge et les autres se réfugièrent aux montagnes pour se sauver de l'indignation et de l'insolence du peuple. Le cardinal Orsini s'en alla à Vicovaro, se flattant, grâce à ces discordes, d'arriver à ceindre la tiare.

Mais peu de temps après les cardinaux s'étant ravisés ils retournèrent à Rome où ils confirmèrent Urbain, lui rendant hommage comme au vrai pape légitime.

C'est ainsi, et pas autrement, que commença la série, pour quelque temps encore interrompue, des papes italiens, sans qu'on doive rechercher d'autre cause à l'explication de ce fait.

III.

Premiers effets.

Les cardinaux français, ayant compris que l'élection d'un pape italien aurait sanctionné la pragmatique, trois mois après l'avènement d'Urbain VI, sous prétexte de fuir la chaleur et la malaria, demandèrent au pape d'aller passer l'été à Anagni. Ils voulaient en vérité se soustraire à sa sévérité.

Le pontife leur avait, à plusieurs reprises, imposé de ne jamais rien recevoir en cadeau de ceux qu'ils auraient aidės, soit à gagner une cause, soit à acquérir un bénéfice, de renoncer au luxe, à la valetaille, aux chevaux superflus à leur grade et d'employer cet argent au secours des pauvres et à la réparation des églises qui tombaient en ruine. Aussi avait-il menacé de sévères punitions les simoniaques et les fauteurs de causes injustes. Il avait ajouté qu'il choisirait les bons, mais qu'il n'aurait point hésité à châtier les méchants s'ils n'avaient pas change leur conduite.

Un jour que les cardinaux français firent allusion au retour de la cour en France, Urbain déclara qu'il ne quitterait jamais la ville de Rome, où l'Église universelle avait été fondée

et d'où la foi du Christ s'était répandue dans le monde.

Voilà les raisons qui poussèrent les cardinaux français et surtout ceux qui, à la mort des papes, s'étaient emparés des trésors de l'Église et avaient gouverné le peuple à leur aise, à s'en aller d'abord à Anagni, ensuite à Fondi où ils débutèrent par calomnier Urbain en répandant le bruit qu'il était un faux pontife, élu et couronné par la force.

On insinuait aussi que les deux cérémonies s'étaient accomplies dans un endroit qui n'offrait aucune sûreté et avec la pression du peuple romain qui avait forcé le Sacré Collège à élire un pape italien plutôt que français, ajoutant que pour un acte aussi important, ce qu'il fallait tout d'abord c'était la liberté de la volonté et du suffrage.

Pour ces raisons ils déclarèrent que le SaintSiège était vacant, et huit cardinaux demeurės à Rome, avec l'aide de la reine Giovanna, nommèrent pape le cardinal de Genève, qui auparavant avait été envoyé en Italie en qualité de légat et qu'ils appelèrent Clément VII.

Il s'ensuivit un grand schisme qui se prolongea pour bien des années, attendu qu'une partie des princes chrétiens partageaient pour Urbain et les autres pour Clément. Pourtant ces cardinaux,

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