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non encore satisfaits, envoyèrent contre le pape et contre les Romains ces compagnies de soldats bretons qui avaient déjà ravagé les provinces et les campagnes du patrimoine de Saint-Pierre et s'étaient emparés de plusieurs forteresses.

Le peuple romain dans le plus grand désordre alla à leur rencontre au pont Salario, où, vaincu et coupé en morceaux, il dut battre en retraite; mais la bataille s'étant renouvelée près de Marino, les Bretons furent tellement malmenés qu'à peine s'en sauva-t-il quelques-uns pour porter la nouvelle de la défaite. Ceux qui étaient restés dans les forteresses se défendirent pour quelque temps, entre autres le châtelain de Soriano, qui se rendit après beaucoup d'années au pape Martin.

Urbain VI, pour se venger de la reine Giovanna, appela en Italie Charles fils de Louis roi de Hongrie, qui avec 8000 chevaliers vint en Toscane et s'empara d'Arezzo en butte, depuis longtemps, aux partis des Guelfes et des Gibelins. Arrivé à Florence il y fut arrêté par Giovanni Aguto qui alors campait à Staggia. Mais les Florentins, craignant de ne pouvoir pas tenir tête à un roi si puissant, en achetèrent la paix moyennant 40,000 pièces en or.

Giovanni Aguto ayant été rappelé, il vendit Bagnacavallo à Nicola et Alberto Estensi qui s'ima

ginaient pouvoir ainsi mieux conserver Faenza, qu'ils perdirent peu de temps après à cause de la trahison d'Astorgio Manfredi.

Charles, après avoir visité le pape à Rome, s'achemina du côté du royaume de Naples où il vainquit les capitaines de la reine Giovanna et fit son entrée à Naples, qui capitula.

La reine Giovanna était assiégée à Castelnuovo, lorsque par une brusque sortie les Guelfes d'Arezzo obligèrent Giovanni Caracciolo, napolitain, ambassadeur du roi, à se renfermer dans la forteresse avec les Gibelins, quoiqu'il n'eût trempé ni dans l'un ni dans l'autre parti. Caracciolo appela à son aide Alberigo da Barbiano qui était près de Todi et pendant la nuit il le fit entrer dans la ville.

Mais ce dernier, tout en assujettissant les Guelfes, pillait aussi les biens des Gibelins. Un autre capitaine à la suite d'Alberigo, du nom de Ferebach, s'empara du peu que Barbiano avait laissé å Arezzo.

Pendant que ces événements se produisaient à Naples et à Arezzo, une nouvelle guerre éclata dans la malheureuse Italie, car Louis d'Anjou, issu du sang royal de France, arrivait en Italie avec 30,000 chevaliers et s'arrêtait à Bologne. Il y avait été poussé par l'antipape Clément, faisant semblant de venir au secours de la reine Giovanna,

mais en effet pour dépouiller par la force le pape Urbain de la dignitė pontificale.

A peine ces nouvelles parvinrent-elles à Charles, que celui-ci fit venir près de lui Barbiano et Ferebach. Louis, en traversant le territoire des Marses, parvint à Saint-Germain, car il y attendait 12,000 chevaliers que commandait un certain Adegramio et qui enfin entrèrent en Italie.

En touchant Plaisance, Lucques, Florence et Sienne, ils arrivèrent à Arezzo, dont les portes leur furent ouvertes par les Guelfes, et qu'ils saccagèrent. La forteresse était défendue par les Gibelins. Les Français y campèrent pendant quarante jours et ils s'en seraient emparés sans la mort de Louis d'Anjou.

Quand Adegramio eut appris la triste nouvelle, se rendant aux conseils des Aretins, assiégés dans la forteresse, il vendit la ville aux Florentins et passa tout de suite en France.

Les soldats français, ayant eu connaissance de la mort de Louis, ne sachant plus quel parti prendre, retournèrent dans leur pays par petits groupes, en mendiant sur leur route.

Dès que l'épouvante des Français se fut apaisée, Urbain partit pour Naples et demanda au roi de nommer son neveu prince de Capoue. N'ayant pu obtenir de celui-ci, qui était fort peu obligeant quoique toujours couvert d'un masque de bontė,

ce qu'il demandait, Urbain tâcha d'en venir à bout par les menaces; et le roi fut contraint de lui mettre à côté des gardiens bien aimables, qui ne lui permettaient pas de se montrer en public. Urbain, tout en feignant de ne pas s'apercevoir de l'outrage, demanda au roi la permission d'aller à Nocera pour éviter, disait-il, la chaleur. Aussitôt arrivé dans cette ville, sa première pensée fut de la fortifier; il nomma de nouveaux cardinaux et en emprisonna sept des anciens sous l'accusation d'avoir conjurẻ contre lui avec le roi et l'antipape.

Après avoir cité aussi le roi, il lui intenta un procès. Le roi répondit que bientôt il se serait rendu à Nocera pour se justifier, non par des paroles, mais par les armes, de ce dont on l'avait inculpé. En effet, il arriva à Nocera avec une armée considérable et y mit le siège.

Raimondo del Balzo, de la famille des Orsini, fils du comte de Nola et qui devint ensuite prince de Tarante, poussé par ce procédé indigne et confiant dans ses gens avec lesquels il s'était battu sous les ordres du roi, conduisit Urbain avec toute sa cour au bord de la mer et il l'embarqua sur les galères génoises qu'il avait fait venir exprès.

Le pape pendant qu'il faisait route pour Gênes fit enfermer dans des sacs cinq des sept cardi

naux emprisonnés à Nocera et les fit jeter à la mer.

En attendant, Louis roi de Hongrie mourut, et les barons de ce royaume appelèrent tout de suite Charles, qui s'y rendit sans retard. Mais pendant un parlement célèbre tenu en 1385 dans le but d'arranger les affaires de la Hongrie, il fut coupé en morceaux par l'instigation de la reine qui jusque-là avait dissimulé sa haine contre lui.

Urbain, après une année de séjour à Gênes, s'étant aperçu que les villes de l'Église tendaient, comme jadis, à reconquérir leur liberté, s'en alla à Lucques, de là à Sienne et enfin à Pẻrouse. Étant parvenu à assurer au Saint-Siège la fidélité de ces villes, il partit pour Ferentino ne pouvant pas résister au désir de revoir Naples. Mais le but caché du voyage était de chasser de ce royaume Ladislao, encore en bas âge et sa sœur Giovanna, tous deux fils de Charles. Et cela arrivait parce qu'un nombre considérable de barons qui avaient favorisé Louis d'Anjou donnaient une grande espérance à Urbain de posséder le royaume.

Pourtant les Gaetani, restés très fidèles à la famille royale, conservèrent la vie et le royaume à ces deux enfants.

Le pape donc, sans avoir pu réussir dans ses

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